Malgré l’abandon du controversé projet FIFA Forward Enterprise, le président de l’instance mondiale écarte toute perspective de démission. L’appui réaffirmé des confédérations africaine et asiatique renforce sa position, alors que l’UEFA exige toujours des explications sur la gouvernance de la FIFA.
Gianni Infantino refuse de céder à la pression. Mis en cause après l’échec de son projet d’ouverture des droits commerciaux de la FIFA à des investisseurs privés, le président de l’instance mondiale affirme conserver le soutien de la « très, très grande majorité » du football international. Une assurance affichée alors que l’UEFA réclame toujours des réponses sur les conditions dans lesquelles cette opération controversée avait été préparée.
Interrogé par BBC Sport à Bakou, en Azerbaïdjan, où se déroule la première Coupe du monde des moins de 15 ans, Infantino a accueilli avec un rire la question d’une éventuelle démission.
Sans répondre directement à cette hypothèse, il a invoqué la légitimité des 211 associations membres de la FIFA, estimant qu’une organisation mondiale devait accepter les divergences tout en respectant le choix de sa majorité.
Une crise de confiance née du projet FIFA Forward Enterprise
La controverse remonte à la fin du mois de juillet, lorsque la direction de la FIFA a présenté FIFA Forward Enterprise (FFE), un projet visant à faire entrer des investisseurs privés dans une structure liée à l’exploitation commerciale de ses grandes compétitions.
Cette initiative, qui concernait notamment des droits associés à la Coupe du monde, a immédiatement provoqué de vives réactions au sein des confédérations.
L’UEFA, la Confédération asiatique de football (AFC) et la Concacaf ont contesté le manque de consultation et de transparence entourant l’opération, dénonçant une rupture de confiance avec la présidence de la FIFA.
Face à l’opposition rencontrée, Infantino a annoncé le 31 juillet que le projet était abandonné.
Cette décision n’a toutefois pas suffi à apaiser les tensions. Lors de la réunion du Conseil de la FIFA du 15 octobre, le président de l’organisation a reconnu des erreurs dans la manière dont le dossier avait été présenté et discuté.
Les représentants européens ont jugé ces explications insuffisantes.
L’UEFA réclame des documents avant le 2 novembre
Le bras de fer institutionnel se poursuit désormais sur le terrain de la transparence.
Le secrétaire général de l’UEFA, Theodore Theodoridis, a demandé à la FIFA de transmettre, avant le 2 novembre, des réponses écrites et les documents nécessaires pour éclaircir les conditions d’élaboration du projet FFE.
Les interrogations européennes dépassent le seul dossier commercial. Elles concernent aussi des décisions de gouvernance, les mécanismes de contrôle internes et d’éventuels conflits d’intérêts.
Infantino assure être disposé à répondre aux questions dans la mesure où les procédures en cours le permettent.
La polémique soulève une question sensible pour les fédérations : jusqu’où la présidence de la FIFA peut-elle engager des réformes économiques majeures sans obtenir, au préalable, un consensus suffisamment large parmi ses membres ?
La CAF confirme son soutien, l’Asie se rallie à nouveau
Sur le plan des rapports de force, Infantino bénéficie néanmoins d’un soutien important.
La Confédération africaine de football (CAF) avait officiellement annoncé, le 29 avril dernier, que ses associations membres avaient décidé à l’unanimité de soutenir sa réélection pour la période 2027-2031.
Cet appui, qui inclut la Fédération royale marocaine de football au sein de la confédération africaine, constitue un élément central de l’assise politique du président de la FIFA.
Le 23 octobre, la Confédération asiatique a, à son tour, exprimé publiquement son soutien à Infantino lors d’un congrès extraordinaire à Tokyo.
Son président, Shaikh Salman bin Ebrahim Al Khalifa, a affiché la volonté de tourner la page des désaccords nés du projet FFE.
Ce revirement est particulièrement significatif : deux mois auparavant, l’AFC figurait parmi les organisations qui avaient sévèrement critiqué la gestion du dossier.
Il convient toutefois de distinguer les prises de position des confédérations du scrutin présidentiel lui-même, au cours duquel chaque association nationale éligible dispose de sa propre voix.
Vers un nouveau mandat en 2027 ?
L’élection du président de la FIFA est programmée en mars 2027. Les candidats souhaitant se présenter doivent déposer leur dossier avant le 18 novembre.
À ce stade, aucun adversaire d’Infantino n’a officiellement annoncé sa candidature.
Élu pour la première fois en 2016, puis reconduit en 2019 et 2023, le dirigeant suisse-italien entend poursuivre son mandat jusqu’en 2031.
Le soutien africain, confirmé depuis plusieurs mois, et le rapprochement récent avec l’Asie ont renforcé sa position face aux critiques venues d’Europe.
Mais le rétablissement des alliances politiques ne règle pas nécessairement les questions soulevées sur la gestion des droits commerciaux et le fonctionnement de la FIFA.
À quelques semaines de la clôture des candidatures, Gianni Infantino apparaît politiquement renforcé, tandis que l’UEFA maintient ses exigences de transparence. La bataille pour la présidence et le débat sur la gouvernance du football mondial suivent désormais deux trajectoires distinctes, sans que l’une puisse effacer l’autre.