À la veille du scrutin du 25 octobre, les deux candidats ont multiplié les démonstrations de force dans les rues de Rio de Janeiro, São Paulo et Belo Horizonte. Deux derniers sondages placent Flávio Bolsonaro à 51 % des intentions de vote valides contre 49 % pour Lula, un écart situé dans la marge d’erreur.
Le Brésil s’apprête à départager, dimanche 25 octobre, deux visions profondément opposées de son avenir politique. Le président Luiz Inácio Lula da Silva et le sénateur conservateur Flávio Bolsonaro ont rassemblé samedi des dizaines de milliers de sympathisants lors d’une ultime journée de mobilisation, à l’issue d’une campagne marquée par les tensions politiques, les accusations réciproques et une forte polarisation de l’électorat.
À quelques heures du second tour, les instituts Datafolha et Quaest ont publié des résultats identiques : 51 % des intentions de vote valides pour Flávio Bolsonaro et 49 % pour Lula.
Cette différence de deux points demeure comprise dans la marge d’erreur des enquêtes. Les deux candidats se trouvent donc en situation d’égalité statistique.
Le scrutin s’annonce d’autant plus disputé que le fils de l’ancien président Jair Bolsonaro avait devancé Lula au premier tour, le 4 octobre, avec 47,03 % des suffrages exprimés, contre 45,16 % pour le chef de l’État sortant.
À Copacabana, Lula défend la souveraineté du Brésil
Le président brésilien a choisi le front de mer de Copacabana, à Rio de Janeiro, pour l’une de ses dernières apparitions de campagne.
Une foule vêtue de rouge, couleur du Parti des travailleurs, l’a accompagné le long de la célèbre plage. Installé à l’arrière d’un véhicule, Lula a salué ses partisans sous les drapeaux et les chants.
À quelques jours de son 81ᵉ anniversaire, le dirigeant de gauche a placé la souveraineté nationale au centre de son discours.
Il a notamment opposé sa conception de l’indépendance du Brésil aux liens politiques entretenus par la famille Bolsonaro avec les États-Unis de Donald Trump.
Selon Lula, l’élection engage non seulement l’avenir économique et social du pays, mais aussi sa capacité à défendre ses intérêts face aux pressions étrangères.
Après Rio de Janeiro, il s’est rendu à São Paulo, où une nouvelle foule de sympathisants l’attendait sur l’avenue Paulista.
Cette mobilisation s’inscrit dans l’effort de la gauche pour élargir son électorat après un premier tour remporté par son adversaire.
Flávio Bolsonaro rassemble ses partisans dans le Minas Gerais
Son rival, le sénateur Flávio Bolsonaro, a choisi Belo Horizonte, capitale du Minas Gerais, pour une importante mobilisation matinale.
Des milliers de sympathisants, souvent vêtus du maillot jaune de la sélection brésilienne, ont participé à une manifestation accompagnée d’un cortège de motocyclistes.
Plusieurs personnalités de la droite brésilienne étaient présentes, notamment le gouverneur de São Paulo, Tarcísio de Freitas, et le député Nikolas Ferreira.
Le candidat conservateur s’est ensuite rendu à Barra da Tijuca, quartier de Rio de Janeiro associé à l’histoire politique et familiale des Bolsonaro.
Entouré de ses partisans, il a mis en avant ses priorités : renforcement de la lutte contre la criminalité, défense de l’entreprise privée et rapprochement avec les États-Unis.
Sa candidature s’inscrit dans la continuité politique de son père, Jair Bolsonaro, condamné à 27 ans de prison dans l’affaire de tentative de coup d’État liée à sa défaite électorale de 2022.
Un dernier débat marqué par une polémique
Les deux candidats s’étaient affrontés vendredi soir lors d’un dernier débat télévisé sur TV Globo.
Si les questions économiques et sociales ont occupé une place importante, une attaque personnelle de Flávio Bolsonaro a provoqué une vive controverse.
Le sénateur a fait allusion au doigt perdu par Lula dans un accident du travail lorsqu’il était jeune ouvrier métallurgiste, en utilisant une formule sur ses « neuf doigts ».
Le président sortant a dénoncé ces propos et rappelé les circonstances de cet accident. Son adversaire a finalement présenté ses excuses.
L’incident a illustré la tension d’une campagne où les désaccords sur les programmes se sont fréquemment accompagnés de confrontations personnelles.
Washington et les réseaux sociaux au cœur des tensions
La relation avec les États-Unis constitue l’une des différences les plus visibles entre les candidats.
Lula présente la défense de la souveraineté brésilienne comme une priorité et reproche à l’administration Trump des pressions sur la politique intérieure du pays.
Flávio Bolsonaro défend, au contraire, une coopération plus étroite avec Washington, notamment dans les domaines économique et diplomatique.
Le rôle des plateformes numériques est également devenu un sujet de controverse.
Le camp du président a accusé Meta de favoriser certaines expressions politiques au détriment de la gauche. L’entreprise américaine a contesté les accusations d’ingérence, tout en reconnaissant l’existence de problèmes techniques susceptibles d’avoir affecté la visibilité de certains contenus.
Ces différends montrent la place prise par les réseaux sociaux dans une campagne où les deux partis ont cherché à mobiliser simultanément leurs électeurs dans les rues et sur les plateformes numériques.
Le verdict des urnes attendu dimanche
Le second tour opposera deux projets politiques distincts.
Lula cherche à obtenir un quatrième mandat présidentiel non consécutif en défendant son bilan social et économique ainsi qu’une politique étrangère fondée sur l’autonomie du Brésil.
Flávio Bolsonaro entend ramener au pouvoir la droite conservatrice associée à son père, en privilégiant la sécurité, les réformes économiques favorables au secteur privé et un partenariat renforcé avec les États-Unis.
Le scrutin se déroulera dimanche de 8 h à 17 h, heure de Brasilia, avant le dépouillement et la publication progressive des résultats officiels.
Malgré les foules mobilisées samedi et les écarts numériques observés dans les sondages, aucune des deux candidatures ne dispose d’une avance statistiquement établie. Le résultat du second tour dépendra du vote effectif des électeurs brésiliens.