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Maroc : six sociétés régionales pour réduire les intermédiaires et agir sur les prix alimentaires dès 2027

25 octobre 2026 - 09:49

Le projet de loi de finances 2027 prévoit de réorganiser la distribution des produits agricoles dans six grands bassins de production. Objectif : renforcer le pouvoir de négociation des agriculteurs, améliorer la transparence des prix et limiter les pratiques spéculatives. Mais l’impact sur le panier des ménages reste à démontrer.

Pourquoi les prix des produits alimentaires restent-ils élevés alors que le Maroc dispose d’importants bassins de production agricole ? C’est notamment à cette question que le gouvernement entend répondre à travers une réforme des circuits de commercialisation inscrite dans le projet de loi de finances (PLF) 2027.

La mesure phare consiste à lancer la création de six sociétés régionales de distribution dans le Souss, le Tadla, le Gharb, le Loukkos, Doukkala-Abda et l’Oriental.

Le principe est de donner aux producteurs davantage de moyens pour accéder directement aux marchés, sans dépendre systématiquement d’une succession d’intermédiaires. Une réorganisation présentée comme un levier pour améliorer la concurrence et contenir les prix payés par les consommateurs.

Six sociétés régionales, mais pas six nouveaux monopoles

Le dispositif envisagé ne prévoit pas de confier à ces sociétés l’achat et la revente des récoltes dans une situation de monopole.

Leur rôle serait avant tout logistique : regrouper les productions, organiser le tri, le conditionnement, le stockage frigorifique et le transport vers les différents circuits de vente.

Les agriculteurs et les coopératives pourraient ainsi commercialiser leurs produits auprès de plusieurs acheteurs, par contrats ou par ventes aux enchères, au lieu de dépendre d’un débouché unique.

Les futures structures devraient fonctionner selon un cahier des charges commun, avec un audit annuel et des obligations de transparence concernant les tarifs et les redevances.

L’objectif est de renforcer la capacité de négociation des producteurs tout en favorisant la concurrence entre circuits directs, circuits courts et marchés de gros.

Reste une inconnue importante : le PLF ne précise pas encore le capital de ces sociétés, leur statut juridique détaillé ni les moyens financiers nécessaires à leur déploiement. Leur création doit être engagée en 2027, sans calendrier individuel d’ouverture annoncé à ce stade.

Marchés de gros : une réforme attendue du système de commercialisation

La création de ces sociétés s’accompagnerait d’une réforme du fonctionnement des marchés de gros.

Le gouvernement prévoit un nouveau cadre législatif destiné à revoir leurs modalités de création et de gestion, à clarifier le rôle des collectivités territoriales et à réexaminer le régime des mandataires.

Autre changement envisagé : dissocier la fiscalité locale de l’obligation de faire transiter physiquement les marchandises par les marchés de gros.

Cette évolution pourrait faciliter des formes de commercialisation plus directes, en évitant certains passages imposés par l’organisation actuelle.

La modernisation des infrastructures doit également se poursuivre. Le complexe régional de Rabat-Salé-Skhirat-Témara, doté d’une enveloppe de 1 milliard de dirhams, fait partie des projets devant être préparés à la mise en exploitation.

D’autres complexes sont prévus ou en préparation à Casablanca, Berkane, Meknès, Marrakech, Agadir et Béni Mellal, dans la perspective d’un réseau national de douze plateformes régionales.

Tomates, oignons, sardines : sept produits sous surveillance

La réforme ne concerne pas uniquement les circuits de distribution. Elle prévoit aussi un suivi renforcé de sept catégories de produits alimentaires jugées prioritaires :

  • Les céréales ;
  • Les pommes de terre ;
  • Les oignons ;
  • Les tomates ;
  • Les viandes rouges ;
  • La sardine ;
  • L’huile d’olive.

À partir de 2027, des plans d’approvisionnement saisonniers devraient permettre de comparer les besoins du marché intérieur aux prévisions de production, aux stocks disponibles et aux exportations déjà contractualisées.

En cas de risque de pénurie, les pouvoirs publics pourraient mobiliser des stocks, soutenir la production ou organiser des importations temporaires.

Le projet prévoit également la possibilité d’encadrer provisoirement certaines exportations lors de tensions exceptionnelles sur l’approvisionnement intérieur, sous réserve du respect des engagements commerciaux.

Un suivi des prix du producteur jusqu’au consommateur

L’une des mesures les plus significatives concerne la création d’un système national d’information sur les marchés alimentaires.

Celui-ci doit suivre les prix à trois étapes : à la production, sur les marchés de gros et au détail.

Il intégrerait également les données relatives aux stocks et aux flux de marchandises, avec des mécanismes d’alerte en cas de hausse anormale des marges commerciales ou de difficultés d’approvisionnement.

L’enjeu est de mieux identifier l’origine des augmentations : baisse de la production, coûts logistiques, tensions sur les stocks ou éventuelles pratiques anticoncurrentielles.

Le gouvernement prévoit, en parallèle, de renforcer les contrôles contre le stockage spéculatif, les fraudes sur les quantités ou la qualité et les pratiques commerciales abusives.

La facturation numérique et la traçabilité devraient progressivement compléter ces dispositifs.

Des contrats directs avec les grandes surfaces

Le PLF 2027 entend également encourager les contrats d’approvisionnement entre agriculteurs, coopératives, commerces de détail, grandes surfaces et établissements de restauration collective.

Ces accords préciseraient les quantités, les normes de qualité, les délais de livraison et de paiement ainsi que les modalités de révision des prix.

Pour les producteurs, l’intérêt serait de sécuriser leurs débouchés. Pour les distributeurs, il s’agirait de disposer d’un approvisionnement plus prévisible.

Les marchés de quartier, les souks hebdomadaires et les circuits de proximité doivent aussi être concernés par la modernisation annoncée.

La chaîne du froid renforcée dans six ports

La réforme prévoit enfin le lancement de nouvelles capacités de stockage frigorifique dans six ports de pêche artisanale : Larache, Al Hoceïma, Safi, Tan-Tan, Laâyoune et Dakhla.

Ces équipements, proposés à des tarifs incitatifs, doivent permettre aux pêcheurs de mieux conserver leurs captures et de ne pas être contraints de les vendre immédiatement lorsque les conditions de stockage sont insuffisantes.

La modernisation de la commercialisation du poisson et des viandes rouges comprend également des mesures de traçabilité, de numérisation des ventes et d’amélioration du transport frigorifique.

Les prix vont-ils réellement baisser ?

C’est la principale question que soulève cette réforme.

La réduction des contraintes logistiques, la multiplication des débouchés commerciaux et une meilleure surveillance des marges peuvent contribuer à rendre la distribution plus efficace.

Mais la création de six sociétés régionales ne garantit pas, à elle seule, une diminution des prix alimentaires.

L’effet sur le pouvoir d’achat dépendra notamment des coûts réels des nouveaux services, du degré de concurrence entre acheteurs, des conditions de production agricole et de la capacité des autorités à faire appliquer les règles de transparence.

Le gouvernement devra aussi préciser le financement et le fonctionnement des futures sociétés, ainsi que les échéances de leur déploiement.

Avec le PLF 2027, l’exécutif entend agir sur les mécanismes de formation des prix plutôt que sur leurs seuls effets. Reste à savoir si cette réorganisation annoncée de la distribution se traduira, à terme, par des prix plus accessibles pour les ménages et une meilleure rémunération des producteurs.

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