Alors que la question du Sahara marocain connaît une nouvelle dynamique diplomatique, le débat se déplace progressivement des positions de principe vers les modalités concrètes d’un règlement politique durable. Dans cette tribune publiée par alyaoum24.com, Abdelali Hamidine analyse les évolutions du processus onusien et les perspectives ouvertes par l’initiative marocaine d’autonomie. Entre redéfinition du rôle de la MINURSO, place du référendum, participation des populations sahraouies et recherche d’un consensus régional, l’auteur explore les conditions politiques, juridiques et institutionnelles susceptibles de transformer une longue gestion du conflit en véritable dynamique de règlement.
Le rapport du Secrétaire général de l’ONU du 1er octobre 2026 et le document relatif à l’avenir de la mission onusienne témoignent d’une attention croissante portée à l’initiative d’autonomie marocaine et à la nécessité de passer d’un échange de positions politiques à une discussion sur les conditions institutionnelles, juridiques et pratiques d’une solution politique mutuellement acceptable.
Depuis l’adoption par le Conseil de sécurité de la résolution 2797, le 31 octobre 2025, et les mesures politiques et négociations qui ont suivi entre les parties, la question du Sahara est entrée dans une nouvelle phase.
Dès lors, comment parvenir à un règlement viable, fondé sur un cadre de négociation clair, garantissant la participation de la population sahraouie à la détermination de son avenir, tout en bénéficiant d’un consensus régional et de garanties internationales ?
Cinq évolutions interdépendantes se dégagent :
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Le renforcement de la place de l’initiative d’autonomie marocaine dans les négociations ;
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La réévaluation du rôle pratique du référendum ;
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La révision de l’avenir de la MINURSO et de son mandat ;
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L’élargissement des consultations afin d’inclure les voix sahraouies extérieures aux organes de négociation existants ;
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La recherche d’une formule qui conjugue le cadre onusien et les arrangements régionaux.
L’initiative marocaine d’autonomie est devenue le cadre central d’une solution
Marquant un tournant significatif dans le processus politique, la résolution 2797 du Conseil de sécurité des Nations unies (2025) a établi la proposition marocaine comme base de négociation, appelant toutes les parties à s’engager sans conditions préalables. L’objectif est de parvenir à une solution politique définitive et mutuellement acceptable, étant entendu qu’une véritable autonomie représente l’issue la plus réaliste.
L’importance de cette évolution réside dans le passage d’une approche fondée sur l’adhésion mutuelle à des positions finales opposées à une approche négociée visant à établir un cadre institutionnel viable. Ce cadre oriente le débat vers les modalités de l’autonomie, notamment les limites des pouvoirs régionaux, la nature des institutions régionales et leurs relations avec les autorités centrales, ainsi que les garanties pour l’exercice des pouvoirs et l’exploitation des ressources.
L’autonomie se mesure à l’aune de la clarté des pouvoirs conférés aux institutions locales, de leur capacité à les exercer, des garanties qui les protègent et des mécanismes qui assurent leur responsabilité envers la population.
Par conséquent, qualifier l’autonomie de « véritable » implique de définir les domaines de compétence régionale, les ressources financières nécessaires à leur exercice, les relations entre les autorités locales et centrales, les garanties des droits et libertés, les mécanismes de contrôle judiciaire et les modalités de résolution des différends relatifs à l’interprétation et à la mise en œuvre de l’accord.
Toutefois, le fait d’adopter l’autonomie comme base de négociation ne signifie pas que tous ses détails ont été réglés ni que les parties se sont déjà entendues sur la formule de règlement définitive. De plus, l’établissement de ce cadre ne dispense pas de s’entendre sur les mécanismes qui garantiront la participation de la population à la ratification de l’accord.
La place du référendum dans le processus
Le référendum représente l’une des questions les plus sensibles de l’histoire du conflit, compte tenu de son lien avec la création de la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (MINURSO).
La mission a été créée en 1991 dans le cadre du plan de règlement, qui prévoyait l’organisation d’un référendum, en plus des tâches liées au cessez-le-feu. Cependant, cette approche n’a pas permis de surmonter les désaccords concernant les conditions de tenue du référendum. Face à l’impasse persistante, la communauté internationale s’est convaincue de l’impossibilité de l’organiser, et le processus de règlement s’est orienté vers la recherche d’une solution politique négociée, acceptable pour toutes les parties.
Dans ce contexte, le dernier rapport doit être analysé en distinguant trois niveaux : le référendum comme élément du contexte historique justifiant la création de la mission ; le référendum comme mécanisme spécifique de détermination du statut final de la région ; et la consultation de la population comme élément de la légitimité du règlement politique.
La résolution 2797 de 2025 n’a pas aboli le principe d’autodétermination et n’a pas non plus résolu définitivement toutes les questions de procédure relatives à l’exercice de ce droit. Elle a plutôt fait de la proposition d’autonomie la base des négociations, tout en soulignant la nécessité de parvenir à une solution politique finale et mutuellement acceptable.
Cette formulation révèle un changement d’orientation de l’attention internationale : d’une conception du référendum comme mécanisme central déterminant le statut final, on privilégie désormais la recherche d’un règlement politique incluant d’autres modalités d’expression de la volonté de la population.
D’où la nécessité de distinguer la moindre importance accordée au référendum dans le processus de négociation de son abolition explicite et définitive. La première se déduit du renforcement de la place de l’autonomie dans les négociations, tandis que la seconde requiert un fondement clair dans les résolutions et documents adoptés. Un simple changement des priorités de négociation ou une modification du mandat de la mission de l’ONU ne suffisent pas à le prouver.
Cette distinction est d’autant plus cruciale au regard de l’initiative marocaine de 2007, qui stipulait que le plan d’autonomie devait être présenté à la population concernée lors d’un référendum libre.
Par conséquent, toute discussion sur l’avenir du référendum doit différencier la formule de l’initiative marocaine, le mécanisme dont les parties pourraient convenir dans le cadre d’un règlement final et le cadre onusien relatif au principe d’autodétermination.
Si les négociations ont effectivement progressé vers l’élaboration d’un plan d’autonomie détaillé, la question centrale devient : comment ce plan sera-t-il présenté à la population sahraouie ?
Le changement le plus significatif réside donc dans l’orientation des discussions vers la recherche d’un lien concret entre un accord négocié et le consentement populaire. La nature de cette relation demeure l’une des questions que les négociations doivent résoudre, et aucune réponse définitive n’a encore émergé.
De « MINURSO » à « MINUSO »… ou la redéfinition du rôle de la mission de l’ONU
Le débat autour de l’avenir de la mission onusienne a des implications qui dépassent le simple changement de nom. La MINURSO, initialement créée dans le cadre d’un plan prévoyant l’organisation d’un référendum, s’inscrit désormais dans un cadre plus large de gestion de la situation sur le terrain, de surveillance du cessez-le-feu et de soutien aux efforts politiques menés par l’ONU.
Selon le projet de résolution, le mandat de la mission sera prolongé jusqu’au 31 octobre 2027 et son nom sera modifié, à compter du 1er novembre 2026, pour devenir « Mission des Nations unies au Sahara occidental » (MINUSO). Le Secrétaire général sera chargé de soumettre des propositions concernant la réduction des effectifs en uniforme, la fermeture ou la fusion de certains sites d’intervention, la révision des ressources et des modalités de rédaction des rapports, la surveillance du cessez-le-feu et le soutien au processus politique.
Si ces dispositions sont définitivement adoptées par le Conseil de sécurité à la fin du mois, nous assisterons à un changement institutionnel majeur, marquant un recentrage de la mission sur une phase de négociation axée sur le soutien au processus politique et le suivi de la situation sur le terrain, plutôt que sur le maintien de son appellation initiale de mission référendaire.
Cela souligne l’importance de l’examen stratégique demandé par le Conseil de sécurité dans sa résolution 2797, qui lie l’avenir de la mission à l’issue du processus politique. Il est donc nécessaire de redéfinir sa fonction pour l’aligner sur le règlement politique attendu et d’identifier les tâches qui demeureront essentielles pendant la phase de transition.
Ces tâches pourraient inclure le suivi du cessez-le-feu, la facilitation de la communication entre les parties, le soutien aux efforts diplomatiques et la contribution à la fourniture d’informations de terrain nécessaires à l’évaluation de la situation. La nature et la portée de ces nouvelles tâches devront être définies par les résolutions de l’ONU adoptées, lesquelles restent tributaires de l’issue des négociations.
L’élargissement du champ des pourparlers et l’inclusion des voix sahraouies indépendantes constituent une avancée significative
L’Envoyé personnel du Secrétaire général a demandé la consultation d’un large éventail d’acteurs et d’interlocuteurs sahraouis, y compris des personnes extérieures aux parties négociatrices, que ce soit sur le territoire, dans les camps de réfugiés ou au sein de la diaspora. Les conclusions de ces consultations seront intégrées aux rapports du Secrétaire général.
Cette démarche est importante, car elle place la question de la représentation politique au cœur du processus de règlement. Le conflit ne se limite pas aux positions des gouvernements et des dirigeants politiques ; il concerne aussi l’avenir de groupes de population qui subissent une division géographique et politique prolongée et dont les visions d’une solution possible divergent.
Limiter les pourparlers aux seules parties négociatrices ne reflète pas les aspirations des différentes composantes de la société sahraouie. L’intérêt politique de cette démarche réside dans la distinction qu’elle établit entre la représentation officielle chargée de parvenir à un accord et une représentation plus large de la société civile, qui contribue à évaluer l’acceptabilité et la faisabilité sociale de la formule proposée.
Cette consultation pourrait inclure des acteurs de la société civile, des élus locaux, des acteurs économiques, des femmes, des jeunes, des universitaires, des militants des droits humains et des représentants des générations n’ayant pas connu les origines historiques du conflit, ainsi que les Sahraouis vivant dans les camps et au sein de la diaspora.
Cette question revêt une importance accrue dans le contexte des discussions sur le retour volontaire et la réintégration des réfugiés. Ces processus ne peuvent aboutir par la simple conclusion d’accords administratifs ; ils requièrent des garanties concernant la liberté de choix, le regroupement familial, la protection des droits et la mise en place des conditions nécessaires à la stabilité économique et sociale.
Dans ce contexte, l’enregistrement précis des réfugiés et l’évaluation de leurs besoins, ainsi que des garanties de liberté de circulation et d’accès humanitaire, sont essentiels.
Élargir le champ des pourparlers, s’ils sont menés sérieusement et de manière équilibrée, pourrait contribuer à transformer le règlement, d’un simple accord entre dirigeants, en un processus bénéficiant d’une plus large légitimité sociale.
Vers une solution qui concilie le cadre international et les arrangements régionaux
L’avenir du conflit au Sahara occidental est indissociable du contexte régional dans lequel il se déroule, notamment des relations maroco-algériennes, de la position de la Mauritanie et des rapports de force au Sahel et au Maghreb. Si les négociations menées par l’ONU offrent le cadre international nécessaire à un règlement, leur mise en œuvre requiert une volonté politique régionale pour que les accords potentiels se traduisent par une réalité stable.
La présence de l’Algérie dans ce processus de négociation demeure cruciale, compte tenu de son rôle dans le conflit et de ses liens avec le Front Polisario. Par conséquent, le succès des négociations dépend non seulement de la capacité du Maroc et du Front Polisario à concilier leurs positions, mais aussi de la volonté de l’Algérie de s’engager dans un règlement viable et de la capacité de toutes les parties à aborder leurs différends dans le cadre d’un processus politique structuré.
Bien entendu, l’idée d’une entente régionale ne saurait être interprétée comme une condition préalable à tout progrès international, ni se réduire à un accord bilatéral entre le Maroc et l’Algérie qui se substituerait à la volonté des parties concernées. Il est plutôt nécessaire d’articuler l’accord autour de trois niveaux : un accord politique entre les parties concernées, des garanties internationales pour sa mise en œuvre et un environnement régional propice à sa pérennité.
Dans ce contexte, la Mauritanie revêt une importance particulière, non seulement en raison de sa position dans le processus diplomatique, mais aussi parce que la stabilité de la région est liée à ses intérêts économiques et sécuritaires.
Les intérêts économiques partagés peuvent favoriser l’instauration d’un climat de confiance s’ils sont abordés par le dialogue et la coopération concrète, plutôt que d’être instrumentalisés dans des différends de souveraineté ou pour alimenter des conflits. Un règlement politique durable ne se limite pas à la détermination du statut juridique du territoire ; il peut également ouvrir la voie à la reconstruction des liens économiques et sociaux fragilisés par la poursuite du conflit.
Au niveau international, le rôle continu des Nations unies demeure essentiel pour conférer une légitimité procédurale aux négociations, garantir le respect des engagements et suivre la situation sur le terrain. L’implication des États-Unis dans la facilitation des pourparlers témoigne de l’importance de la médiation internationale pour combler les divergences de positions, mais n’exonère pas les parties de leur responsabilité de parvenir à un accord et d’en accepter les conséquences.
En conclusion
Les développements d’octobre 2026, tels que révélés dans les documents en attente d’une résolution du Conseil de sécurité, indiquent un changement significatif dans l’approche de la question du Sahara marocain. L’initiative d’autonomie est devenue un axe central des négociations, et de nouvelles questions ont émergé concernant son cadre institutionnel, l’avenir du référendum, la redéfinition du rôle de la mission de l’ONU, l’élargissement des consultations avec la population sahraouie et la nécessité de créer un environnement régional propice à un règlement durable.
Cependant, ces développements ne permettent pas d’affirmer que le conflit est résolu ni que toutes les parties se sont entendues sur la formule définitive de l’autonomie. Les progrès réalisés dans la définition du cadre des négociations ne valent pas accord sur ses modalités, et la modification du mandat de la mission ne dispense pas de la nécessité de résoudre les questions juridiques et politiques liées à la solution.
En définitive, ce qui importe le plus, c’est la capacité des parties à mettre fin à un conflit prolongé, à bâtir des institutions stables, à garantir les droits et à transformer leurs intérêts économiques et géographiques communs en un socle de coopération et d’interdépendance régionales, dans le cadre d’un Grand Maghreb qui demeure l’espoir et l’aspiration des peuples de la région.