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Télécommunications : Pékin dénonce une nouvelle offensive américaine contre ses géants du numérique

30 octobre 2026 - 17:08

La Chine s’oppose fermement au projet américain visant à priver trois de ses principaux opérateurs d’un accès direct aux numéros de téléphone des États-Unis. Derrière cette nouvelle initiative réglementaire se dessine un affrontement plus large sur la sécurité des réseaux, la souveraineté technologique et les règles de concurrence dans l’économie numérique mondiale.

Les tensions technologiques entre Washington et Pékin connaissent une nouvelle escalade. La Chine a vivement dénoncé, vendredi 30 octobre, le projet des autorités américaines de restreindre davantage les activités de ses grandes entreprises de télécommunications sur le territoire des États-Unis.

Au cœur de cette nouvelle confrontation figurent China Mobile, China Telecom et China Unicom, trois acteurs majeurs du secteur chinois, dont l’accès direct aux numéros de téléphone américains pourrait prochainement être interdit.

La Commission fédérale des communications (FCC), l’autorité américaine de régulation des télécommunications, a annoncé qu’elle soumettrait cette proposition au vote le 19 novembre.

Pour Pékin, cette initiative constitue une nouvelle utilisation abusive des arguments de sécurité nationale à des fins de restriction économique.

Le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Guo Jiakun, a accusé Washington d’instrumentaliser la puissance publique pour exercer des pressions injustifiées sur les entreprises chinoises.

Il a estimé que cette politique entravait les échanges économiques normaux entre les deux pays et nuisait également aux intérêts des entreprises et des consommateurs américains.

La diplomatie chinoise a assuré qu’elle prendrait les mesures nécessaires pour défendre ses droits et ses intérêts légitimes.

Une restriction technique aux conséquences économiques

La mesure envisagée par la FCC porte sur l’accès direct à la numérotation téléphonique américaine.

Cette possibilité permet notamment à certains fournisseurs de services de téléphonie sur internet d’obtenir des numéros directement, sans devoir systématiquement passer par les mêmes intermédiaires.

Pour les opérateurs concernés, cette faculté représente un avantage en matière de coûts, de souplesse technique et de développement de nouveaux services.

La proposition américaine vise donc un mécanisme précis du fonctionnement des télécommunications. Elle ne signifie pas que les communications téléphoniques entre les États-Unis et la Chine seraient purement et simplement interdites.

Washington avait déjà retiré aux trois groupes chinois certaines autorisations nécessaires à la fourniture de services internationaux de télécommunications sur son territoire.

La nouvelle initiative s’inscrit ainsi dans un processus de durcissement réglementaire engagé depuis plusieurs années.

La cybersécurité comme argument central

Les autorités américaines justifient ces restrictions par les risques liés à la protection des réseaux et aux activités frauduleuses.

Le président de la FCC, Brendan Carr, considère que le contrôle renforcé de l’accès aux numéros américains contribuerait à lutter contre les appels automatisés illégaux et les acteurs malveillants.

Washington invoque également des préoccupations plus larges concernant les risques d’espionnage et l’accès à des données de télécommunications sensibles.

Ces inquiétudes ont été renforcées par des affaires de cyberespionnage dans lesquelles les autorités américaines ont mis en cause des acteurs liés à la Chine.

Pékin rejette régulièrement ces accusations et considère que les restrictions américaines constituent une forme de discrimination économique.

Deux lectures s’opposent ainsi : celle de Washington, qui privilégie la protection de ses infrastructures stratégiques, et celle de Pékin, qui dénonce des entraves à la concurrence sous couvert de sécurité nationale.

Huawei et ZTE restent dans le viseur américain

L’offensive réglementaire américaine pourrait également toucher d’autres segments de l’industrie numérique.

La FCC envisage de restreindre l’accès à la numérotation pour les fournisseurs de services utilisant des équipements provenant d’entreprises figurant sur sa liste de risques pour la sécurité nationale.

Huawei et ZTE, deux groupes chinois déjà concernés par plusieurs limitations américaines, figurent parmi les entreprises visées par ce dispositif.

Parallèlement, les États-Unis ont adopté de nouvelles restrictions concernant les laboratoires chinois chargés de tester et de certifier les équipements électroniques destinés au marché américain. Leur application est prévue à partir de décembre 2028.

Ces décisions témoignent de la volonté de Washington d’étendre ses contrôles à différents maillons de la chaîne technologique, depuis les équipements jusqu’aux services de communication.

Vers une fragmentation de l’économie numérique mondiale ?

L’affrontement entre les deux puissances dépasse désormais les seuls échanges commerciaux traditionnels.

Il concerne aussi les semi-conducteurs avancés, les infrastructures de télécommunications, les données sensibles et les capacités industrielles indispensables au développement des technologies de nouvelle génération.

Dans ce contexte, les décisions réglementaires deviennent de véritables instruments de politique économique et stratégique.

Le risque est celui d’une fragmentation progressive des écosystèmes technologiques, avec des normes, des fournisseurs et des conditions d’accès aux marchés de plus en plus différenciés.

Une telle évolution pourrait compliquer les stratégies des entreprises internationales, renchérir certains investissements et accentuer les incertitudes entourant les chaînes d’approvisionnement.

Pour les économies émergentes, notamment le Maroc, qui entretiennent des relations commerciales avec les États-Unis et la Chine, cette rivalité souligne l’importance de la diversification des partenaires et de l’évaluation des dépendances technologiques.

Il ne s’agit pas de considérer que les mesures annoncées auront nécessairement un effet direct sur les télécommunications marocaines, mais de constater que les choix des deux grandes puissances contribuent à redéfinir l’environnement mondial dans lequel se développent les infrastructures numériques.

Une décision attendue le 19 novembre

La proposition américaine doit encore être soumise au vote de la FCC le 19 novembre prochain.

Son adoption éventuelle préciserait les nouvelles obligations imposées aux opérateurs concernés.

De son côté, Pékin n’a pas détaillé les mesures qu’il pourrait prendre en réaction, se limitant pour l’instant à dénoncer la décision envisagée et à promettre de défendre ses entreprises.

Au-delà du différend sur les numéros téléphoniques, cette nouvelle confrontation illustre une évolution majeure des relations sino-américaines : les infrastructures numériques sont devenues un terrain central de rivalité stratégique, où les impératifs de sécurité et les intérêts économiques s’entremêlent de plus en plus étroitement.

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