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Maroc : une fortification vieille de 4 000 ans à Oued Beht éclaire d’un jour nouveau l’histoire du Maghreb

01 novembre 2026 - 18:25

Vestiges du système défensif d’Oued Beht, dans la province de Khémisset. Les fouilles ont révélé des aménagements datant de 3 500 à 4 000 ans. Crédit de la photographie officielle : Giulio Lucarini / Archives OBAP.

Dans la province de Khémisset, une équipe internationale associant des archéologues marocains a identifié le plus ancien système défensif de grande ampleur actuellement connu en Afrique du Nord, hors vallée du Nil. Une découverte majeure qui révèle la complexité des sociétés préhistoriques marocaines et leurs liens avec le monde méditerranéen.

Le sous-sol marocain continue de livrer des témoignages exceptionnels sur l’histoire ancienne de l’Afrique du Nord. À Oued Beht, dans la province de Khémisset, des archéologues ont mis au jour les vestiges d’un système défensif monumental construit il y a environ 3 500 à 4 000 ans, révélant des capacités d’organisation collective jusqu’ici peu documentées pour cette période au Maghreb.

Les résultats, publiés dans la revue scientifique Libyan Studies, constituent une avancée importante pour la compréhension des sociétés ayant occupé le Maroc durant le deuxième millénaire avant notre ère.

L’étude est issue des travaux de l’Oued Beht Archaeological Project (OBAP), une collaboration scientifique associant notamment l’Institut national des sciences de l’archéologie et du patrimoine (INSAP) du Maroc, le Conseil national de la recherche italien (CNR), l’association ISMEO et l’Université de Cambridge.

Le projet est codirigé par les archéologues Youssef Bokbot, Giulio Lucarini et Cyprian Broodbank.

Une énigme archéologique vieille de près d’un siècle

Situé sur une hauteur dominant l’oued dont il porte le nom, le site d’Oued Beht avait déjà attiré l’attention des archéologues dans les années 1930.

À cette époque, des structures murales et des aménagements de terrain avaient été interprétés comme les éléments possibles d’un dispositif défensif.

Mais leur origine et leur ancienneté demeuraient incertaines.

Les nouvelles fouilles, menées notamment en 2023, ont permis d’identifier sous les constructions visibles un ensemble plus ancien composé d’un fossé, d’un rempart de terre et de plusieurs phases d’aménagement.

Le dispositif barrait un passage étroit entre la rivière et un ravin, protégeant ainsi l’extrémité méridionale d’une crête naturellement difficile d’accès.

Grâce à 17 nouvelles datations au radiocarbone, les chercheurs ont pu situer les premières grandes constructions entre le début et le milieu du deuxième millénaire avant notre ère.

Cette chronologie en fait le plus ancien système défensif de cette ampleur actuellement documenté en Afrique du Nord en dehors de la vallée du Nil.

Une précision mérite toutefois d’être soulignée : le mur de pierre encore visible a connu des reconstructions médiévales. Il ne faut donc pas confondre cet ouvrage tardif avec les aménagements préhistoriques découverts dans les couches inférieures.

Des communautés capables de grands travaux collectifs

Au-delà de l’ancienneté des vestiges, la découverte renseigne sur les capacités techniques et sociales des populations du Maghreb préhistorique.

Creuser un fossé important, aménager un rempart et organiser la protection d’un site exigeaient une mobilisation de main-d’œuvre, une planification et une coordination entre plusieurs groupes.

Ces réalisations suggèrent l’existence de communautés structurées, capables de transformer durablement leur environnement.

Les chercheurs restent cependant prudents quant à la fonction exacte du dispositif.

Sa configuration correspond à une architecture probablement défensive, mais aucune preuve ne permet encore d’identifier les menaces auxquelles ses constructeurs auraient voulu répondre.

Il pourrait s’agir de tensions liées au contrôle des terres agricoles, des ressources ou des voies de circulation.

Oued Beht, un centre agricole majeur du Maroc préhistorique

L’importance du site ne se limite pas à ses fortifications.

Des recherches antérieures avaient déjà révélé à Oued Beht un vaste ensemble d’occupation néolithique, couvrant environ dix hectares et remontant principalement à la période comprise entre 3400 et 2900 avant notre ère.

Les archéologues y ont découvert des indices d’une agriculture développée, notamment la culture de céréales, ainsi que des traces d’élevage et de production artisanale.

Des milliers d’outils en pierre polie, des poteries et des fosses de stockage témoignent de l’intensité des activités humaines.

Ces découvertes montrent que le nord-ouest du Maroc abritait, plusieurs millénaires avant notre époque, des communautés agricoles disposant de savoir-faire diversifiés.

La fortification récemment datée appartient à une phase ultérieure de l’histoire du site. Elle permet donc d’observer des transformations dans l’occupation du territoire sur une longue durée.

Le Maroc au cœur des échanges méditerranéens

Les résultats apportent également un éclairage nouveau sur les relations anciennes entre l’Afrique du Nord et la péninsule Ibérique.

Les recherches menées à Oued Beht ont révélé des ressemblances entre certaines productions matérielles marocaines et celles de communautés établies de l’autre côté du détroit de Gibraltar.

Ces indices alimentent l’hypothèse de contacts et d’échanges entre les deux rives de la Méditerranée occidentale durant la Préhistoire récente.

Ils invitent à dépasser une lecture de l’histoire ancienne qui présenterait le Maghreb comme un espace périphérique par rapport aux grandes évolutions méditerranéennes.

Le Maroc apparaît au contraire comme un territoire participant à des dynamiques agricoles, artisanales et sociales plus larges, dont l’ampleur reste encore à préciser.

Un patrimoine scientifique à mieux connaître

Le site d’Oued Beht présente enfin une autre particularité : il a été réoccupé bien après la Préhistoire.

Les chercheurs ont identifié des traces d’activités médiévales, notamment des réaménagements défensifs, des installations rurales et un espace funéraire.

Cette succession d’occupations illustre l’intérêt stratégique durable du lieu.

La découverte souligne ainsi l’importance des recherches archéologiques conduites au Maroc et des collaborations scientifiques internationales pour mieux documenter les périodes encore peu connues de son histoire.

Plus qu’une fortification ancienne, Oued Beht offre désormais un témoignage majeur sur l’organisation des communautés préhistoriques du Maghreb et sur leur place dans l’histoire de la Méditerranée.

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