Le chef de la diplomatie marocaine considère que la mission onusienne n’est plus adaptée aux évolutions politiques et sécuritaires du dossier du Sahara. Il pointe notamment le maintien de la référence au référendum et les limites de la surveillance du cessez-le-feu depuis 2020.
Le ministre des Affaires étrangères, de la Coopération africaine et des Marocains résidant à l’étranger, Nasser Bourita, a estimé que la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (MINURSO) était devenue un mécanisme dépassé, dont le mandat et les modalités d’intervention ne correspondent plus aux évolutions du dossier du Sahara marocain.
Intervenant samedi soir sur la chaîne de télévision 2M, le chef de la diplomatie marocaine a développé une analyse critique du fonctionnement de cette mission, créée en 1991, en soulignant le décalage entre son cadre initial et les transformations politiques et sécuritaires intervenues depuis lors.
Une référence au référendum jugée obsolète
Pour Nasser Bourita, la première contradiction réside dans le maintien de la référence au référendum dans l’appellation même de la mission, alors que cette option n’a pas pu être mise en œuvre et que les efforts diplomatiques se sont progressivement orientés vers la recherche d’une solution politique négociée.
Le ministre a notamment évoqué les difficultés du processus référendaire, relevées dans le cadre des travaux des Nations unies, ainsi que la réduction des effectifs chargés de cette question au sein de la mission.
Selon lui, le maintien d’un dispositif conçu autour du référendum apparaît en décalage avec la dynamique internationale favorable à l’initiative marocaine d’autonomie sous souveraineté nationale.
Cette contradiction est d’autant plus significative, à ses yeux, que la résolution 2797, adoptée par le Conseil de sécurité en octobre 2025, avait expressément retenu la proposition marocaine d’autonomie comme base des négociations en vue d’un règlement politique mutuellement acceptable.
La surveillance du cessez-le-feu remise en question
Le deuxième volet de la critique du ministre concerne les missions opérationnelles de la MINURSO, particulièrement la surveillance du cessez-le-feu.
Nasser Bourita a rappelé que le Front Polisario avait annoncé en novembre 2020 ne plus respecter l’accord de cessez-le-feu conclu en 1991.
Or, selon le ministre, une mission de surveillance repose sur l’existence d’engagements dont elle peut vérifier l’application sur le terrain. La remise en cause de ces engagements par l’une des parties affecte, à ses yeux, la pertinence et l’équilibre du dispositif.
Il a également évoqué les restrictions pesant sur les déplacements des observateurs et les limites de leur capacité de déploiement, estimant que ces contraintes réduisaient l’efficacité de la mission.
Dans ces conditions, Bourita considère que la MINURSO a progressivement perdu une partie de sa vocation initiale et qu’elle ne constitue plus un instrument pleinement adapté à la situation actuelle.
Une mission devenue, selon Rabat, un facteur d’immobilisme
Au-delà des difficultés opérationnelles, le ministre a développé une critique plus générale de l’architecture institutionnelle de la mission.
À ses yeux, la MINURSO a fini par s’inscrire dans une logique de gestion du statu quo plutôt que de contribuer efficacement à la recherche d’une solution.
Cette appréciation repose sur deux constats avancés par le chef de la diplomatie : l’inadéquation de la référence référendaire avec l’orientation actuelle du processus politique et l’affaiblissement des conditions nécessaires à la surveillance du cessez-le-feu.
Bourita a ainsi défendu la nécessité d’une révision du dispositif onusien afin de l’adapter aux réalités politiques et sécuritaires.
Le non-renouvellement du mandat ouvre une nouvelle phase
Ces déclarations interviennent dans un contexte diplomatique exceptionnel. Le 30 octobre, le Conseil de sécurité des Nations unies n’est pas parvenu à adopter une résolution prolongeant le mandat de la MINURSO, arrivé à expiration le 31 octobre.
Le projet américain, favorable à une réorientation de la mission et à une place centrale de l’initiative marocaine d’autonomie, s’est heurté au veto russe. Une proposition alternative présentée par Moscou n’a pas davantage été adoptée.
Nasser Bourita a indiqué qu’une révision du nom et du cadre de référence de la mission avait été envisagée, sans pouvoir aboutir en raison de l’absence de consensus au Conseil.
La non-reconduction du mandat entraîne désormais l’engagement d’un processus de liquidation administrative et opérationnelle de la MINURSO.
Il convient toutefois de distinguer cette expiration du mandat d’une décision formelle du Conseil de sécurité modifiant le statut du territoire ou adoptant un nouveau mécanisme de règlement.
Vers une nouvelle approche du dossier du Sahara
Pour Rabat, la disparition progressive de la MINURSO marque la fin d’un dispositif considéré comme inadapté aux transformations du dossier du Sahara.
Elle intervient alors que le Maroc entend consolider la dynamique diplomatique autour de son initiative d’autonomie, présentée comme une solution réaliste et durable au différend régional.
Sur le plan international, les Nations unies maintiennent néanmoins leur engagement en faveur d’une solution politique négociée, sous l’impulsion de l’envoyé personnel du secrétaire général, Staffan de Mistura.
La nouvelle étape qui s’ouvre pose ainsi une double question : celle de l’avenir des mécanismes de prévention des tensions sur le terrain et celle de la capacité du processus politique à progresser en l’absence de la mission qui accompagnait le dossier depuis trente-cinq ans.
Pour Nasser Bourita, une chose apparaît désormais essentielle : les instruments de gestion du conflit doivent évoluer pour correspondre aux nouvelles réalités politiques et diplomatiques.