>

Washington écarte l’Afrique du Sud de l’AGOA : Pretoria dénonce une décision qui fragilise ses relations commerciales avec les États-Unis

03 novembre 2026 - 09:24

Les relations entre Washington et Pretoria connaissent une nouvelle dégradation. Les États-Unis ont annoncé leur intention d’exclure l’Afrique du Sud et le Rwanda de l’AGOA, le programme américain d’accès préférentiel au marché des États-Unis, à compter du 1er janvier 2027. Une décision vivement regrettée par le gouvernement sud-africain, qui intervient dans un climat de tensions politiques et diplomatiques croissantes entre les deux pays.

L’Afrique du Sud risque de perdre l’un des principaux avantages commerciaux dont bénéficient plusieurs économies subsahariennes dans leurs échanges avec les États-Unis.

Le représentant américain au Commerce, Jamieson Greer, a annoncé lundi 2 novembre que le président Donald Trump avait notifié au Congrès ainsi qu’aux gouvernements sud-africain et rwandais son intention de retirer ces deux pays du dispositif prévu par l’African Growth and Opportunity Act (AGOA).

Cette décision doit prendre effet le 1er janvier 2027, alors que le programme vient d’être prolongé jusqu’à la fin de l’année 2028.

Pretoria conteste les arguments de Washington

Dans un communiqué publié mardi, le ministère sud-africain du Commerce, de l’Industrie et de la Concurrence a regretté la décision américaine, affirmant avoir déployé des efforts importants pour répondre aux préoccupations exprimées par Washington.

Le gouvernement sud-africain estime notamment que les autorités américaines ont introduit de nouvelles exigences qui ne figuraient pas dans les discussions commerciales engagées en 2025.

Le ministre sud-africain du Commerce, Parks Tau, a néanmoins tenu à relativiser la portée de cette rupture.

Selon lui, si l’AGOA constitue un instrument important des échanges bilatéraux, elle ne résume pas l’ensemble des relations économiques entre les deux pays.

Pretoria affirme vouloir poursuivre le dialogue avec Washington, tout en annonçant des mesures de soutien aux secteurs susceptibles d’être affectés par la suppression des préférences tarifaires.

Des désaccords commerciaux aux tensions géopolitiques

L’administration Trump justifie sa décision par les conclusions de l’examen annuel des conditions d’éligibilité au programme AGOA.

Selon Jamieson Greer, l’Afrique du Sud et le Rwanda auraient adopté des pratiques incompatibles avec les critères américains, notamment des obstacles au commerce et à l’investissement ainsi que des comportements jugés contraires aux intérêts de sécurité nationale et de politique étrangère des États-Unis.

Ces accusations s’inscrivent dans un contentieux diplomatique plus large entre Washington et Pretoria.

En février 2025, Donald Trump avait suspendu l’aide américaine à l’Afrique du Sud, accusant son gouvernement de porter atteinte aux droits de la minorité afrikaner dans le cadre de sa politique foncière.

L’administration américaine avait ensuite proposé, en mai de la même année, un statut de réfugié à certains membres de cette communauté, en invoquant des persécutions que les autorités sud-africaines contestent catégoriquement.

Ces divergences ont contribué à détériorer les relations bilatérales, désormais marquées par une confrontation qui dépasse les seuls enjeux économiques.

Le Rwanda également concerné

L’exclusion annoncée touche aussi le Rwanda, autre partenaire africain des États-Unis.

Dans son cas, les tensions avec Washington se sont récemment accentuées autour du conflit dans l’est de la République démocratique du Congo.

Les autorités américaines ont annoncé des sanctions contre le ministère rwandais de la Défense et une entité financière, en raison d’un soutien présumé aux rebelles du Mouvement du 23 mars (M23).

La décision concernant Kigali montre que la révision des avantages commerciaux américains s’inscrit dans une politique plus large, où les considérations économiques, sécuritaires et diplomatiques sont étroitement associées.

L’AGOA, un instrument commercial devenu enjeu stratégique

Créée en 2000, l’AGOA permet à plusieurs pays d’Afrique subsaharienne d’exporter certains produits vers les États-Unis en bénéficiant d’exemptions de droits de douane, sous réserve de satisfaire aux conditions fixées par Washington.

Le programme a contribué au développement de filières exportatrices africaines, notamment dans les secteurs industriels, textiles et agricoles.

Sa prolongation jusqu’au 31 décembre 2028 témoigne de son importance dans les relations économiques entre les États-Unis et le continent.

Mais l’exclusion annoncée de deux pays africains souligne également le caractère conditionnel de ces avantages commerciaux.

Pour Pretoria, le défi consiste désormais à préserver ses débouchés américains tout en limitant les conséquences économiques d’une décision qui risque de peser sur certains secteurs exportateurs.

Plus largement, cette nouvelle séquence révèle la place grandissante des instruments commerciaux dans les rapports de force diplomatiques entre Washington et ses partenaires africains.

Partager l'article

Partagez vos idées

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *