Le procureur général du Roi près la Cour de cassation et président du ministère public, Hicham Balaoui, a présenté à Rabat les principales réalisations de son institution depuis son indépendance en 2017, ainsi que ses orientations stratégiques pour la période 2026-2028. Réduction du recours à la détention provisoire, développement des peines alternatives, protection de l’enfance, transformation numérique et coopération judiciaire internationale figurent parmi les grands axes annoncés.
Intervenant lundi 2 novembre 2026 lors de la 160e rencontre organisée par la Fondation diplomatique à Rabat, en présence de plusieurs ambassadeurs et représentants des missions diplomatiques accréditées au Maroc, Hicham Balaoui a dressé un bilan des transformations institutionnelles engagées au sein du ministère public.
Cette rencontre a permis de présenter aux partenaires internationaux l’évolution du système judiciaire marocain, notamment depuis le transfert, le 7 octobre 2017, de la présidence du ministère public à une autorité indépendante du pouvoir exécutif.
Selon Hicham Balaoui, cette réforme a constitué une étape déterminante dans la consolidation de l’indépendance du pouvoir judiciaire, en permettant au ministère public d’exercer ses prérogatives dans un cadre fondé sur la responsabilité, l’autonomie institutionnelle et le respect de la loi.
Détention provisoire et peines alternatives : les priorités de la réforme
Pour la période 2026-2028, la présidence du ministère public entend renforcer une gestion fondée sur des objectifs mesurables et améliorer l’application de la politique pénale.
L’une des priorités annoncées concerne la rationalisation du recours à la détention provisoire, question centrale dans les débats sur la réforme de la justice et la protection des libertés individuelles.
L’institution prévoit également de soutenir davantage l’application des peines alternatives à l’emprisonnement, de renforcer les mécanismes légaux de réduction des peines et d’élargir le recours à la justice restaurative, notamment à travers la conciliation et la médiation.
Ces orientations visent à favoriser une réponse pénale plus proportionnée, tout en maintenant les exigences de sécurité publique et de lutte contre la criminalité.
La mise en œuvre de ces objectifs constituera un indicateur important de l’efficacité des réformes annoncées, particulièrement en matière de réduction de la population carcérale et de prévention des détentions prolongées.
Protection de l’enfance : plus de 29 000 élèves réintégrés dans le système scolaire
La protection des enfants et des personnes vulnérables occupe une place importante dans le bilan présenté par le président du ministère public.
Selon les chiffres communiqués, les interventions menées dans le cadre de la lutte contre le décrochage scolaire ont contribué au retour de 29 221 élèves dans les établissements d’enseignement, dont 37 % de filles.
L’institution fait également état de l’inscription de 2 493 enfants sur les registres de l’état civil, une démarche essentielle pour garantir leur accès à l’identité juridique et aux droits fondamentaux.
Autre donnée significative : le ministère public indique avoir présenté 9 783 réquisitions défavorables à des demandes d’autorisation de mariage de mineures, auxquelles les juridictions ont donné suite.
Ces résultats mettent en évidence le rôle du parquet dans la protection de l’enfance, au-delà de ses missions traditionnelles de poursuite des infractions.
Ils soulignent également l’importance de la coordination entre les autorités judiciaires, les administrations et les acteurs sociaux pour lutter contre la déscolarisation et les situations de vulnérabilité.
Numérisation et intelligence artificielle au service des justiciables
La modernisation des services judiciaires constitue un autre volet majeur de la stratégie présentée.
Hicham Balaoui a notamment indiqué que la dématérialisation des échanges de documents permettait de réaliser une économie annuelle estimée à un million de dirhams au niveau des juridictions du Royaume.
Le développement de plateformes numériques destinées au traitement des plaintes s’est également accompagné de l’envoi de plus de deux millions de SMS pour informer les usagers de l’évolution de leurs procédures judiciaires.
L’institution a par ailleurs commencé à intégrer des outils d’intelligence artificielle dans ses services, notamment à travers la mise en place d’un assistant conversationnel automatisé destiné à faciliter l’accès à l’information.
Cette transformation s’accompagne d’une volonté de renforcer la communication institutionnelle, illustrée par la création de la fonction de porte-parole officiel du ministère public.
L’enjeu sera désormais de mesurer l’impact de ces dispositifs sur les délais de traitement, l’accessibilité des services et la qualité de l’information fournie aux citoyens, tout en garantissant la confidentialité des données judiciaires.
Criminalité transfrontalière : renforcer les capacités d’enquête
Face à l’évolution des formes de criminalité, notamment celles présentant une dimension internationale, la présidence du ministère public prévoit de moderniser ses moyens de recherche et d’investigation.
Les orientations présentées comprennent notamment le renforcement des procédures de vérification d’identité, le recours aux techniques de livraison surveillée et l’amélioration des capacités institutionnelles de lutte contre les réseaux criminels.
Hicham Balaoui a insisté sur la nécessité de développer les échanges d’informations et d’expertises entre les autorités judiciaires des différents pays.
Cette coopération apparaît particulièrement importante dans la lutte contre les trafics internationaux, la criminalité organisée et les infractions dont les auteurs ou les victimes se trouvent dans plusieurs juridictions.
Rabat, pôle de coopération judiciaire africaine
Le président du ministère public a également mis en avant la place du Maroc dans le développement de la coopération judiciaire sur le continent africain.
Il a rappelé que Rabat accueille le siège permanent de l’Association des procureurs africains, mis à disposition par le Royaume à la suite de l’élection du Maroc au secrétariat général de cette organisation.
Cette implantation doit permettre de renforcer les échanges entre les parquets africains, de faciliter le partage des expériences et de favoriser des réponses coordonnées face à la criminalité transnationale.
La présidence du ministère public participe également à plusieurs réseaux internationaux, notamment l’Association internationale des procureurs, dont elle est membre depuis le 29 novembre 2018, ainsi qu’au bureau de l’Association des procureurs généraux arabes.
De son côté, Abdelati Habek, président de la Fondation diplomatique, a souligné l’intérêt que suscite l’expérience marocaine de réforme judiciaire auprès de plusieurs partenaires internationaux.
Il a notamment mis en avant les efforts engagés pour consolider l’indépendance de la justice, renforcer les garanties des droits fondamentaux et promouvoir les principes de bonne gouvernance et d’État de droit.
Des ambitions dont les résultats devront être évalués
Au-delà du bilan institutionnel, la stratégie 2026-2028 ouvre une nouvelle phase dans la modernisation du ministère public marocain.
La réduction effective de la détention provisoire, l’application des peines alternatives, la protection des mineurs et l’amélioration de l’accès à la justice constitueront autant de critères permettant d’apprécier les progrès réalisés.
La réussite de ces orientations dépendra non seulement des moyens mobilisés, mais aussi de leur traduction concrète dans les pratiques judiciaires et de leur impact sur les droits des citoyens.