À Antalya, la Chine entend défendre la coopération climatique internationale tout en dénonçant les barrières commerciales qui freinent, selon elle, la transition énergétique. Derrière ce discours se dessine une confrontation économique dont les conséquences concernent directement les pays en développement.
La Chine arrive à la COP31 avec un message soigneusement construit : face à la montée des tensions commerciales et aux incertitudes géopolitiques, la coopération internationale doit rester le fondement de la lutte contre le changement climatique. Le vice-président Han Zheng représentera Pékin à la conférence organisée à Antalya, en Turquie, du 9 au 20 novembre. Sa présence traduit la volonté chinoise de peser sur des négociations où les engagements environnementaux se mêlent désormais aux rivalités économiques entre grandes puissances.
Le discours chinois repose sur une idée difficilement contestable : aucun pays ne peut affronter seul le dérèglement climatique. Pékin appelle à renforcer l’application de l’Accord de Paris, à accélérer les réductions d’émissions et à améliorer le financement destiné aux économies les plus vulnérables. Mais cette défense du multilatéralisme s’accompagne d’une critique des mesures protectionnistes occidentales. Pour les autorités chinoises, les restrictions commerciales imposées aux technologies vertes risquent de ralentir leur diffusion et de renchérir le coût de la transition énergétique.
Le climat au cœur de la rivalité économique
La position chinoise n’est pas dénuée de contradictions. La Chine occupe une place majeure dans la fabrication de panneaux solaires, de batteries et de véhicules électriques, des secteurs devenus essentiels à la décarbonation de l’économie mondiale. Elle a donc tout intérêt à défendre des marchés ouverts pour ses exportations. Les États-Unis et l’Union européenne, de leur côté, cherchent à protéger leurs capacités industrielles face à une concurrence qu’ils jugent parfois déséquilibrée, notamment en raison des soutiens publics accordés aux entreprises chinoises.
Le débat dépasse ainsi la seule question environnementale. Faut-il privilégier l’accès aux équipements les moins coûteux pour accélérer la transition, ou protéger les industries nationales afin d’éviter de nouvelles dépendances stratégiques ? Les deux objectifs sont légitimes, mais leur conciliation devient de plus en plus difficile. Pékin présente les barrières commerciales comme un obstacle à l’action climatique. Ses partenaires rappellent, eux, qu’une transition durable ne saurait reposer sur la domination industrielle d’un seul pays.
Pour le Maroc, des opportunités et des risques
Cette confrontation concerne particulièrement les économies qui investissent dans les énergies renouvelables. Le Maroc, engagé dans le solaire, l’éolien et le développement de l’hydrogène vert, a besoin de technologies compétitives, de financements accessibles et de débouchés commerciaux stables. Une fragmentation accrue des marchés pourrait compliquer certains investissements. À l’inverse, la diversification des chaînes de production internationales peut ouvrir de nouvelles possibilités industrielles au Royaume, à condition de renforcer les compétences locales et la valeur ajoutée nationale.
La COP31 devra également répondre à une revendication ancienne des pays en développement : les promesses de financement climatique doivent se traduire par des ressources effectivement mobilisables. Sur ce terrain, les déclarations de principe ne suffisent plus. Les États africains ont besoin de mécanismes financiers adaptés à leurs capacités, sans alourdir excessivement leur endettement. Ils doivent aussi pouvoir accéder aux technologies nécessaires à leur transition, sans devenir de simples marchés d’importation pour les grandes puissances.
La Chine a raison de rappeler que le climat exige une coopération internationale. Mais la crédibilité de son discours dépendra également de ses propres efforts de réduction des émissions et de la transparence de ses engagements. Quant aux pays occidentaux, ils devront expliquer comment concilier leurs politiques industrielles avec l’urgence climatique qu’ils invoquent. À Antalya, le véritable enjeu ne sera pas de départager les défenseurs autoproclamés du multilatéralisme, mais de déterminer si les grandes puissances acceptent de faire passer une part de l’intérêt climatique collectif avant leurs rivalités commerciales.