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Climat et santé : six mesures pourraient éviter 1,6 million de décès par an, selon l’OMS

04 novembre 2026 - 10:01

À l’approche de la COP31, l’Organisation mondiale de la santé appelle les gouvernements à considérer la lutte contre le changement climatique comme un investissement sanitaire majeur. Des interventions relativement peu coûteuses pourraient sauver des vies tout en générant des bénéfices économiques considérables.

Le changement climatique ne représente plus seulement une menace environnementale à long terme. Ses conséquences se manifestent déjà dans les hôpitaux, les villes confrontées aux vagues de chaleur et les régions où l’accès à l’eau potable devient plus difficile. Dans un rapport présenté mercredi à Genève, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) estime que six interventions associant santé publique et action climatique pourraient éviter 1,6 million de décès chaque année. Une perspective qui invite à reconsidérer la place accordée à la santé dans les politiques environnementales.

Publié à quelques jours de la COP31, prévue du 9 au 20 novembre à Antalya, en Turquie, le document chiffre les bénéfices économiques annuels potentiels de ces mesures à 3 900 milliards de dollars, auxquels s’ajouteraient 5 400 milliards de dollars de bénéfices fiscaux. Ces montants reposent sur des modélisations et doivent être interprétés comme des estimations, non comme des économies déjà réalisées. Ils illustrent néanmoins l’ampleur des gains possibles lorsque la prévention sanitaire devient une composante des stratégies climatiques.

Des solutions concrètes, au-delà des engagements

La première mesure concerne les systèmes d’alerte sanitaire en période de chaleur extrême. Leur efficacité repose sur une combinaison d’informations météorologiques, de dispositifs de prévention et de réponses adaptées aux populations les plus exposées. L’OMS estime que chaque dollar investi dans ces mécanismes pourrait produire jusqu’à 835 dollars de bénéfices. Ce rendement particulièrement élevé rappelle que certaines politiques de prévention peuvent protéger efficacement les populations sans nécessiter des infrastructures aussi coûteuses que celles de grands projets industriels.

L’accès à une eau potable résiliente face aux aléas climatiques constitue une autre priorité. Sécheresses, inondations et dégradation des réseaux fragilisent la sécurité sanitaire de millions de personnes. Le rapport recommande également d’investir dans l’assainissement, l’hygiène et les équipements permettant le lavage des mains. Ces interventions, souvent considérées comme des politiques de développement classiques, prennent une importance nouvelle à mesure que les phénomènes climatiques extrêmes accentuent les vulnérabilités existantes.

Les deux autres axes portent sur l’utilisation de combustibles moins polluants pour la cuisson et le chauffage domestiques, ainsi que sur la tarification des énergies fossiles. L’OMS préconise notamment de revoir certaines subventions inefficaces et d’intégrer davantage les coûts sanitaires de la pollution dans les prix. Selon ses projections, ces politiques tarifaires pourraient éviter 1,2 million de décès par an et générer quelque 3 000 milliards de dollars de bénéfices annuels. Leur mise en œuvre devra toutefois tenir compte du pouvoir d’achat des ménages et des réalités sociales propres à chaque pays.

Une question de justice sanitaire et climatique

Pour les pays en développement, l’intérêt de ces propositions est évident, mais leur réalisation demeure étroitement liée à la disponibilité des financements. Les populations les plus vulnérables disposent souvent des systèmes de santé les moins bien équipés pour faire face aux épisodes climatiques extrêmes. Il ne suffit donc pas de démontrer qu’une intervention est économiquement rentable à long terme. Encore faut-il que les gouvernements puissent mobiliser les ressources initiales, former les personnels nécessaires et assurer la continuité des services publics.

Cette problématique concerne également le Maroc, confronté à des épisodes de chaleur intense et à une pression persistante sur ses ressources hydriques. Le renforcement de la prévention sanitaire, la sécurisation de l’approvisionnement en eau et l’amélioration des services de proximité constituent des enjeux qui dépassent le seul cadre environnemental. La transition climatique ne produira des bénéfices durables que si elle contribue aussi à réduire les inégalités territoriales et à protéger les catégories les plus exposées.

L’OMS estime que les six interventions pourraient éviter des émissions équivalentes à 16,7 milliards de tonnes de dioxyde de carbone, soit environ 31 % des émissions mondiales annuelles de gaz à effet de serre, hors certaines activités liées à l’utilisation des terres. Le rendement économique global serait de 24 dollars pour chaque dollar investi. Ces résultats donnent une dimension supplémentaire aux négociations climatiques, longtemps dominées par les objectifs de réduction des émissions et les engagements énergétiques.

À Antalya, le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, souhaite que la protection de la santé occupe une place centrale dans les discussions internationales. L’enjeu sera de dépasser les déclarations de principe pour obtenir des engagements financiers et des politiques réellement applicables. Car la réussite de l’action climatique ne se mesurera pas uniquement à la baisse des émissions, mais aussi à sa capacité à prévenir les décès, à protéger les plus vulnérables et à améliorer concrètement les conditions de vie.

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