Pékin confirme des échanges en vue d’une rencontre tripartite avec Moscou et Washington. Entre guerre en Ukraine, désarmement nucléaire et rivalités stratégiques, cette initiative soulève une question essentielle : les grandes puissances cherchent-elles à restaurer le dialogue ou à redéfinir entre elles les équilibres internationaux ?
La perspective d’une rencontre entre Xi Jinping, Vladimir Poutine et Donald Trump commence à prendre forme sur le terrain diplomatique, même si rien n’est encore définitivement arrêté. La Chine a confirmé mercredi maintenir des contacts avec les parties concernées en vue d’un éventuel sommet tripartite, qui pourrait se tenir les 18 et 19 novembre à Shenzhen, à l’occasion d’une réunion de l’APEC. Moscou évoque également des préparatifs en cours, tandis que le président américain s’est déclaré disposé à participer. L’annonce reste prudente, mais l’hypothèse d’une telle rencontre suffit déjà à attirer l’attention des chancelleries.
Au-delà du caractère spectaculaire que pourrait revêtir la présence des trois dirigeants autour d’une même table, l’enjeu est considérable. Les États-Unis, la Russie et la Chine entretiennent des relations traversées par des rivalités militaires, économiques et technologiques, tout en demeurant incontournables dans la gestion de plusieurs crises internationales. Leur capacité à dialoguer peut contribuer à limiter les risques d’escalade. Mais elle pose aussi une question plus délicate : jusqu’où ces puissances peuvent-elles discuter de conflits qui concernent directement d’autres États sans associer ces derniers aux décisions ?
L’Ukraine, révélateur des limites de la diplomatie des puissances
Selon des informations attribuées à des sources par le Wall Street Journal, Vladimir Poutine souhaiterait profiter de cette éventuelle rencontre pour discuter des conditions russes d’un règlement de la guerre en Ukraine. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a déjà exprimé ses réserves face à une initiative qui ne prévoirait pas la participation de son pays. Son objection touche au cœur du problème : un dialogue entre grandes puissances peut faciliter une désescalade, mais il ne saurait, à lui seul, produire une paix légitime et durable.
La question dépasse le seul cas ukrainien. Elle renvoie à une tension ancienne dans les relations internationales, entre la recherche de compromis entre États influents et le respect de la souveraineté des pays directement concernés. L’histoire diplomatique montre que les arrangements négociés au sommet peuvent parfois réduire les tensions immédiates, sans pour autant résoudre les causes profondes des conflits. Si la réunion se concrétise, sa crédibilité dépendra donc autant de sa capacité à ouvrir des perspectives que de la place laissée aux acteurs concernés.
Le désarmement nucléaire, une ambition difficile
Donald Trump souhaiterait, de son côté, placer la question du désarmement nucléaire au centre des discussions. L’idée d’associer la Chine à un nouveau dispositif de contrôle des armements répond à une préoccupation réelle : les mécanismes internationaux de limitation des arsenaux se sont progressivement affaiblis, tandis que les tensions stratégiques se multiplient. Un dialogue entre Washington, Moscou et Pékin pourrait constituer un premier pas utile, à condition qu’il dépasse les déclarations politiques.
Les obstacles restent pourtant considérables. Les arsenaux américains et russes sont sans commune mesure avec celui de la Chine, et les trois pays ne partagent ni les mêmes priorités sécuritaires ni les mêmes conceptions des obligations de désarmement. Définir des plafonds, accepter des inspections et établir des mécanismes de vérification supposeraient des négociations longues et complexes. La perspective d’un traité tripartite mérite donc d’être examinée avec sérieux, mais sans confondre l’ouverture d’un dialogue avec la conclusion prochaine d’un accord.
Une recomposition observée bien au-delà de Washington
Pour les pays africains, et notamment le Maroc, cette évolution diplomatique ne relève pas d’un débat lointain. Les relations entre les trois puissances influencent les marchés énergétiques, les investissements, les échanges commerciaux et les équilibres sécuritaires. Une détente pourrait améliorer la visibilité économique internationale, tandis qu’une aggravation de leurs rivalités risquerait d’accentuer les pressions sur les pays dépendants des importations d’énergie ou des chaînes d’approvisionnement mondiales.
Le Royaume entretient des relations avec Washington, Pékin et Moscou, dans des domaines et selon des intensités différentes. Cette diversité constitue un atout, à condition de préserver une capacité d’appréciation autonome des crises internationales. Le retour éventuel d’une diplomatie directe entre grandes puissances rappelle que les États de taille intermédiaire ont intérêt à défendre les règles multilatérales, plutôt qu’à dépendre exclusivement des compromis conclus entre acteurs dominants.
Il serait néanmoins prématuré de présenter cette possible réunion comme le prélude à un nouvel ordre mondial. Les intérêts des trois dirigeants restent profondément divergents et les dossiers évoqués ne relèvent pas d’une négociation unique. La guerre en Ukraine, le contrôle des armements et la rivalité sino-américaine obéissent à des logiques distinctes, même si elles se croisent dans les calculs stratégiques des capitales.
Un sommet entre Xi, Poutine et Trump pourrait constituer un signal important de reprise du dialogue. Mais sa valeur ne dépendra ni du prestige des participants ni de la portée symbolique de la rencontre. Elle se mesurera à sa capacité à réduire les tensions sans consacrer l’idée que les grandes puissances peuvent décider seules du sort des autres nations.