À l’appel des principales organisations syndicales, la France connaît ce jeudi une nouvelle journée de grèves et de manifestations. Pouvoir d’achat, revalorisation des salaires et défense des services publics cristallisent la contestation, tandis que la CFDT et la CGT refusent de reporter leurs revendications à l’élection présidentielle de 2027.
Paris, le 5 novembre 2026. — À quelques mois de l’élection présidentielle, la contestation sociale ne faiblit pas en France. Les principales organisations syndicales entendent faire de la journée de mobilisation de ce jeudi une nouvelle démonstration de force face à un gouvernement fragilisé politiquement et confronté à une situation budgétaire difficile.
Quelque 250 manifestations sont annoncées sur l’ensemble du territoire, accompagnées de mouvements de grève susceptibles de perturber notamment les transports et l’enseignement.
Pour les syndicats, l’approche de la présidentielle ne saurait justifier l’immobilisme de l’exécutif. Les difficultés quotidiennes des salariés, à commencer par l’érosion de leur pouvoir d’achat, exigent des réponses immédiates.
La bataille des salaires au cœur de la mobilisation
Marylise Léon, secrétaire générale de la CFDT, espère voir près de 800 000 manifestants descendre dans les rues. Invitée sur BFMTV, elle a affiché sa confiance dans la capacité du mouvement social à mobiliser largement.
Sa position repose sur une conviction : les salariés ne peuvent attendre le prochain cycle politique pour obtenir des améliorations de leurs conditions de vie.
« Le pouvoir d’achat ne peut pas attendre six mois », a-t-elle fait valoir, en appelant le gouvernement à engager de véritables négociations salariales.
La responsable syndicale réclame notamment une revalorisation du salaire minimum, dont le principe aurait été annoncé par l’exécutif sans qu’un montant précis ait encore été communiqué aux organisations représentatives.
La CGT défend une ligne plus offensive. Sa secrétaire générale, Sophie Binet, exige une augmentation de 10 % du salaire minimum et l’indexation de l’ensemble des rémunérations sur l’inflation.
Au-delà de leurs différences d’approche, les deux centrales partagent un même diagnostic : les revenus du travail doivent redevenir une priorité de l’action publique.
Un gouvernement sous pression politique et budgétaire
La mobilisation intervient dans un contexte particulièrement délicat pour les autorités françaises.
À la fragilité parlementaire de l’exécutif s’ajoutent des finances publiques dégradées, qui réduisent les marges budgétaires disponibles.
Les syndicats contestent toutefois l’idée selon laquelle cette situation empêcherait toute initiative avant l’élection présidentielle prévue au printemps 2027.
Marylise Léon estime que le gouvernement conserve la responsabilité de négocier et d’agir, même si son horizon politique est désormais limité.
Elle dénonce également une conception trop verticale des relations sociales durant les années de présidence d’Emmanuel Macron.
Pour les organisations syndicales, la question dépasse donc les seules augmentations salariales. Elle concerne aussi la place accordée aux partenaires sociaux dans l’élaboration des décisions économiques et sociales.
Des restrictions aux manifestations vivement contestées
Les tensions portent également sur les conditions d’organisation des rassemblements.
À Paris, la préfecture de police a refusé le parcours initialement proposé entre la Bastille et la place de la Concorde, lui substituant un itinéraire reliant République à Nation.
Les autorités invoquent la nécessité de prévenir de nouveaux débordements, après les violences et dégradations survenues lors des précédentes mobilisations.
Cette décision suscite la colère des responsables syndicaux.
Sophie Binet dénonce des mesures qu’elle juge attentatoires aux libertés publiques, tandis que Marylise Léon reproche aux autorités d’avoir tardé à communiquer leur décision, compliquant ainsi les préparatifs.
Les premiers incidents ont été signalés jeudi matin à la porte de Vincennes, où des manifestants et des policiers se sont affrontés.
Une contestation qui dépasse les revendications salariales
La journée de mobilisation s’inscrit dans un mouvement de mécontentement plus large, nourri par les difficultés économiques et les inquiétudes concernant l’avenir des services publics.
L’éducation occupe une place importante dans cette contestation. Depuis la fin septembre, plusieurs établissements scolaires ont connu des blocages étudiants, contribuant à élargir la mobilisation.
Le mouvement traduit ainsi une accumulation de frustrations liées aux conditions de vie, aux inégalités et au fonctionnement des services collectifs.
Cette nouvelle journée constitue néanmoins un test pour les organisations syndicales, après le recul de la participation constaté lors des manifestations du samedi précédent.
La capacité à mobiliser durablement sera déterminante pour peser sur les décisions gouvernementales.
Le rapport de force se poursuit
Les stratégies syndicales divergent sur les suites à donner au mouvement.
Sophie Binet prévient que de nouvelles actions seront organisées si les revendications restent sans réponse.
Marylise Léon adopte une position plus prudente, estimant que le gouvernement devra désormais prendre ses responsabilités.
Une réunion intersyndicale est prévue après cette journée afin d’évaluer la mobilisation et d’envisager les prochaines étapes.
À six mois de la présidentielle, le pouvoir exécutif se trouve confronté à une équation difficile : répondre à des revendications sociales pressantes tout en maîtrisant des finances publiques sous tension.
Pour les syndicats, une chose est acquise : le calendrier électoral ne doit pas devenir un prétexte pour différer les réponses aux attentes des salariés.