Récompensé pour L’Inconnue du quai de Javel, Philippe Jaenada a révélé avoir eu recours à l’intelligence artificielle à trois reprises pendant la préparation de son roman. Une confidence qui interroge la place des nouveaux outils numériques dans l’écriture, sans remettre en cause l’attribution du prix littéraire.
L’intelligence artificielle s’invite désormais jusque dans les coulisses des plus prestigieuses distinctions littéraires. Quelques heures après avoir reçu le prix Goncourt 2026, Philippe Jaenada a reconnu avoir utilisé ChatGPT à trois reprises au cours de son travail sur L’Inconnue du quai de Javel, publié chez Flammarion.
L’écrivain de 62 ans, récompensé le 3 novembre à Paris, a livré cette confidence le lendemain sur France Inter. Loin de revendiquer une écriture automatisée, il a expliqué avoir employé l’outil dans des circonstances précises, notamment pour effectuer des recherches et introduire un jeu littéraire avec ses lecteurs.
Une phrase de ChatGPT dissimulée dans le roman
L’une des utilisations les plus singulières concerne une phrase produite par ChatGPT que Jaenada affirme avoir volontairement glissée dans son ouvrage. Il en aurait révélé l’emplacement aux membres du jury Goncourt.
L’auteur a également expliqué s’être servi de l’intelligence artificielle pour souligner certaines de ses réponses absurdes, tout en reconnaissant son utilité ponctuelle dans le travail documentaire.
Sa position repose sur une distinction essentielle : l’IA peut constituer un instrument de recherche ou d’expérimentation, sans devenir pour autant le véritable auteur d’une œuvre.
Cette approche soulève une interrogation de plus en plus présente dans les milieux littéraires : où se situe la frontière entre assistance technologique et délégation de la création ?
Un roman fondé sur une enquête historique
Le Goncourt 2026 récompense le treizième roman de Philippe Jaenada, une enquête littéraire de 528 pages consacrée à Louise Cansot, une jeune femme de 29 ans retrouvée morte à Paris en septembre 1949.
Spécialiste des affaires criminelles anciennes, l’écrivain y poursuit un travail fondé sur les archives judiciaires, les témoignages et la reconstitution des trajectoires individuelles.
Son œuvre, marquée par les digressions et une écriture très personnelle, interroge la mémoire des victimes et les injustices qui peuvent subsister bien après la clôture d’une enquête.
Le jury lui a attribué six voix, contre trois à Sylvain Prudhomme.
L’intelligence artificielle face à la notion d’auteur
La révélation de Jaenada intervient dans un contexte de sensibilité croissante du monde littéraire à l’usage de l’IA. En 2025, l’Académie Goncourt avait notamment écarté de sa sélection un roman de Thélyson Orélien à la suite d’accusations de plagiat et de recours à l’intelligence artificielle, contestées par l’auteur.
Les situations ne sont toutefois pas comparables : aucune accusation de fraude ne vise le lauréat de 2026.
L’édition actuelle soulève par ailleurs une autre question, celle de la concentration éditoriale, puisque les quatre romans finalistes provenaient de maisons appartenant au groupe Madrigall.
Entre innovation technologique, exigence d’originalité et puissance des grands groupes d’édition, le Goncourt 2026 révèle ainsi plusieurs transformations profondes du paysage littéraire français.
L’enjeu dépasse la seule présence de ChatGPT dans un roman : il concerne désormais la définition même du travail de création et la transparence des pratiques d’écriture.