À Algésiras, plusieurs conducteurs marocains se sont vu infliger des amendes immédiates de 300 à 400 euros pour avoir dépassé la limite de 200 litres de carburant autorisée dans leurs réservoirs, une pratique qui alimente la colère du secteur du transport international.
Selon des sources professionnelles relayées par la presse marocaine, les autorités espagnoles appliquent avec régularité un accord bilatéral signé au début des années 1990, qui fixe à 200 litres la quantité maximale de carburant qu’un camion marocain peut transporter en entrant sur le territoire espagnol. Toute réserve supérieure est considérée comme du « trafic de carburant » et sanctionnée sur place.
Les routiers affirment que cette réglementation, réactivée en 2020, pénalise lourdement les entreprises de transport international. Pour eux, la mesure répond moins à une logique douanière qu’à une volonté implicite de stimuler les stations-service espagnoles. « Dépasser le seuil peut coûter des milliers de dirhams et nous contraint à faire le plein en Espagne, ce qui affecte directement nos marges et nos devises », expliquent des représentants du secteur.
Le différend touche au cœur de la compétitivité des transporteurs marocains qui cherchent à optimiser leurs coûts dans un contexte de concurrence accrue. En privilégiant les pleins effectués sur le sol national, ils espèrent soutenir l’économie locale et réduire leur dépendance aux devises étrangères. L’application stricte d’un accord vieux de plus de trente ans leur apparaît aujourd’hui comme un frein à cette stratégie et une source de tensions récurrentes aux points de passage frontaliers.
Le sujet revient ainsi dans l’agenda des relations hispano-marocaines, à l’heure où les échanges commerciaux entre les deux rives atteignent des niveaux records. Pour les professionnels, l’urgence est d’ouvrir un dialogue qui permette d’adapter un dispositif pensé dans un autre contexte économique, afin d’éviter que des pratiques jugées obsolètes ne se transforment en obstacles structurels pour l’intégration logistique régionale.