Le président américain a accusé l’ONU de « sabotage » après une série de problèmes logistiques lors de son discours à New York. Derrière l’anecdote se dessine une stratégie politique qui vise à délégitimer l’institution et à renforcer sa rhétorique nationaliste.
Donald Trump a trouvé dans la 80ᵉ Assemblée générale des Nations Unies une nouvelle tribune pour sa confrontation permanente avec le multilatéralisme. Ce qui aurait pu rester une suite d’incidents techniques — escalier mécanique bloqué, téléprompteur en panne et coupure de son — s’est transformé, sous sa plume et dans ses déclarations, en « triple sabotage ». Le président a exigé une enquête immédiate et l’arrestation de responsables supposés, adressant une lettre officielle au secrétaire général António Guterres.
L’ONU a tenté de désamorcer l’affaire. Son porte-parole a expliqué que l’arrêt de l’escalier pouvait provenir d’une activation involontaire par un membre de la délégation américaine, et que la Maison-Blanche elle-même gérait le téléprompteur présidentiel. Ces arguments techniques n’ont pas suffi à freiner Trump, qui a choisi de transformer l’incident en symbole d’hostilité à son encontre. L’essentiel n’était pas l’explication, mais le récit, utile pour renforcer sa posture de leader assiégé.
L’attaque contre l’ONU dépasse la simple logistique. Trump a accusé l’organisation de financer l’immigration illégale et de transformer l’Occident en « enfer », tout en reprochant à Guterres de ne pas soutenir ses initiatives sur Gaza et l’Ukraine. Dans sa rhétorique, la scène de New York devient preuve de la corruption d’un système mondial incapable de défendre la souveraineté américaine.
Depuis son premier mandat, Trump fait de l’ONU un adversaire commode, incarnation d’un ordre international perçu comme contraignant et partial. En dramatisant des incidents mineurs, il consolide l’image d’un président en lutte contre des forces hostiles, ce qui nourrit la ferveur de sa base électorale. Chaque détail devient prétexte pour délégitimer le multilatéralisme.
Pour l’Europe, et particulièrement pour l’Espagne, la scène de New York sonne comme un avertissement. Le gouvernement de Pedro Sánchez répète que la coopération multilatérale est indispensable face aux crises migratoires, aux conflits ou au changement climatique. La vision trumpiste agit alors comme un contre-modèle : un nationalisme agressif qui réduit les forums internationaux à des théâtres de confrontation.
En affirmant que la panne de l’escalier aurait pu se transformer en « catastrophe », Trump a volontairement dramatisé un épisode banal. Cette mise en scène lui permet d’affirmer que même au cœur de l’ONU, il est la cible d’un système qu’il dénonce depuis des années. L’objectif est de prouver à ses partisans que le président combat un appareil mondial hostile, et que toute critique contre lui confirme la justesse de son combat.
Au-delà de la comédie technique, l’enjeu reste sérieux. L’ONU, avec ses limites et ses blocages, demeure un pilier central de la gouvernance mondiale. La capacité de l’institution à résister aux attaques répétées de leaders nationalistes décidera en partie de son avenir. L’affaire de la « panne » new-yorkaise illustre comment un incident ordinaire peut être recyclé en arme politique, fragilisant encore un multilatéralisme déjà contesté.