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Après Caracas, Trump vise ouvertement le président Petro

04 janvier 2026 - 11:00

La séquence ouverte par l’opération américaine au Venezuela continue de produire des ondes de choc en Amérique latine. Après avoir revendiqué une action « à grande échelle » contre Caracas, le président des États-Unis, Donald Trump, a désigné un nouvel interlocuteur sous pression : le président de la Colombie, Gustavo Petro. En évoquant publiquement la possibilité que Petro puisse être « le prochain » visé, Washington a franchi un seuil discursif qui dépasse le simple échange diplomatique.

La déclaration, formulée depuis Mar-a-Lago, s’inscrit dans une rhétorique désormais assumée. Trump reproche à Bogotá un relâchement dans la lutte contre la production de cocaïne et laisse entendre que la politique antidrogue colombienne ne répond plus aux attentes américaines. Le propos, volontairement ambigu, mêle menace voilée et rappel d’autorité. Il rompt avec des décennies de coopération étroite entre les deux pays, durant lesquelles la Colombie fut l’allié stratégique par excellence des États-Unis en Amérique du Sud.

La réaction de Gustavo Petro a été mesurée mais ferme. Le président colombien a rejeté toute logique de tutelle et rappelé que son pays a payé un prix humain considérable dans la « guerre contre la drogue », sans que celle-ci n’ait permis d’éradiquer le phénomène. Sa stratégie, axée sur la substitution des cultures et la lutte contre les circuits financiers du narcotrafic, s’écarte de l’approche militarisée traditionnellement soutenue par Washington. Ce différend de méthode devient désormais un différend politique.

L’épisode révèle une inflexion plus large. Après le Venezuela, la Colombie apparaît comme un test supplémentaire dans une lecture américaine de la sécurité régionale fondée sur l’action directe et la dissuasion verbale. La lutte contre le narcotrafic sert ici de cadre justificatif, mais le message dépasse largement cette seule question. Il s’agit de rappeler que Washington se réserve le droit d’agir, y compris à l’égard de gouvernements élus, dès lors qu’ils sont jugés défaillants au regard de ses propres priorités.

En Amérique latine, cette posture réactive une mémoire lourde. Les interventions passées, directes ou indirectes, ont laissé des traces durables dans les relations avec les États-Unis. Le fait que la menace soit aujourd’hui adressée à un allié historique renforce le malaise. À Bogotá comme ailleurs, la crainte n’est pas seulement celle d’une escalade militaire, mais celle d’une normalisation de la pression extraterritoriale comme instrument politique.

L’Europe observe cette évolution avec prudence. La remise en cause implicite de la souveraineté d’un État partenaire, sur la base d’une appréciation unilatérale, pose des questions de fond sur le respect du droit international et sur la stabilité des cadres de coopération existants. Elle complique également toute tentative de médiation ou d’approche multilatérale.

L’événement vénézuélien modifie l’équation régionale. Il concerne la portée que Washington entend donner à sa nouvelle approche de la sécurité dans l’espace hémisphérique. Jusqu’où cette logique peut-elle s’étendre sans provoquer une rupture durable avec ses partenaires régionaux ? La réponse ne se jouera pas uniquement dans les déclarations, mais dans la capacité — ou l’incapacité — des acteurs concernés à fixer des limites à une doctrine qui, pour l’instant, avance par la mise à l’épreuve.

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