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L’Iran plongé dans un black-out numérique depuis plus de 36 heures sur fond de contestation nationale

10 janvier 2026 - 12:39

La coupure quasi totale d’internet, en vigueur depuis jeudi soir, accompagne une vague de protestations qui secoue le pays depuis fin décembre. Les ONG dénoncent une stratégie délibérée de dissimulation des violations des droits humains et un durcissement autoritaire du pouvoir iranien.

À l’aube de ce samedi, alors que l’Iran se réveillait après « une nouvelle nuit de manifestations », les indicateurs de trafic confirmaient une réalité devenue exceptionnelle : le pays est privé d’accès à internet depuis plus de 36 heures. Selon la plateforme spécialisée NetBlocks, qui surveille la connectivité mondiale et les mécanismes de censure, la coupure affecte la quasi-totalité du territoire depuis jeudi, dans un contexte de mobilisations sociales en expansion.

Cette interruption massive de la connectivité intervient alors que les protestations, déclenchées le 28 décembre à Téhéran par des commerçants du Grand Bazar, se sont étendues à plus d’une centaine de villes. À l’origine du mouvement : la dégradation rapide de la situation économique, l’effondrement du rial, une inflation persistante et un sentiment croissant d’asphyxie sociale. Progressivement, les slogans ont dépassé les revendications économiques pour viser directement les institutions de la République islamique et le guide suprême, Ali Khamenei.

Pour les organisations de défense des droits humains, la coupure d’internet répond à une stratégie politique assumée. Rebecca White, chercheuse à Amnesty International, estime que les autorités iraniennes cherchent à empêcher la circulation d’informations et la documentation des abus commis lors de la répression. Elle rappelle que des restrictions similaires avaient déjà été mises en place lors des manifestations de 2022, dans le sillage du mouvement « Femme, vie, liberté ».

« Le blocage généralisé d’internet constitue en lui-même une violation grave des droits humains », souligne-t-elle, en insistant sur le fait que l’accès à l’information est un droit fondamental, particulièrement en période de crise. L’isolement numérique empêche les familles de vérifier la sécurité de leurs proches, entrave le travail des journalistes et favorise une opacité propice à l’impunité.

Selon l’ONG Iran Human Rights, au moins 51 personnes ont perdu la vie depuis le début des manifestations. Les forces de sécurité ont renforcé leur présence dans les grandes agglomérations, multipliant les contrôles et les dispersions musclées. Le pouvoir, confronté à une contestation diffuse mais persistante, semble privilégier un verrouillage informationnel plutôt qu’une réponse politique aux causes profondes du malaise.

Au-delà de la seule dimension technique, ce black-out numérique illustre la fragilité du contrat social iranien. Il révèle aussi la difficulté croissante des autorités à contenir une société connectée, consciente de ses droits et de plus en plus rétive à la fermeture autoritaire de l’espace public.

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