À chaque échéance électorale, Al Hoceïma semble redevenir le théâtre d’un même rituel discursif: l’annonce de grands projets censés transformer durablement la région. Liaison ferroviaire, voie express, relance de l’aéroport, redynamisation du port de pêche, amélioration du secteur de la santé… les promesses se succèdent avec une régularité presque mécanique. Mais une question s’impose, avec une acuité de plus en plus pressante: s’agit-il de projets réels appelés à se concrétiser sur le terrain, ou d’engagements politiques destinés à réapparaître à chaque cycle électoral sans traduction effective?
L’exemple de la voie express reliant Al Hoceïma à Taza illustre parfaitement cette problématique. Ce chantier, aujourd’hui présenté comme une avancée majeure, a connu un parcours semé d’hésitations, de reports et de blocages administratifs. Évoqué dès le passage de Karim Ghellab au ministère de l’Équipement et du Transport, il avait alors été écarté au motif d’un manque de ressources financières. Plus tard, sous Aziz Rabbah, le projet est resté enlisé dans l’indécision, jusqu’à ce qu’une impulsion royale directe, dans un contexte de fortes attentes locales, permette enfin son lancement.
Cette réalité mérite d’être rappelée: les grandes infrastructures structurantes dont bénéficie la province ne sont pas toujours nées de l’initiative des élus locaux ni de programmes électoraux cohérents. Elles sont souvent le résultat d’une pression sociale durable, d’une attente accumulée et, dans certains cas, d’une intervention au plus haut niveau de l’État.
À l’inverse, le bilan des représentants locaux reste, pour une large partie de la population, largement en deçà des attentes. Après plusieurs années de présence dans les institutions, les résultats visibles demeurent limités. L’impression dominante est celle d’une crise de la représentation politique: présence institutionnelle sans impact concret sur la vie quotidienne des habitants.
Le contraste avec d’autres régions du nord est, à cet égard, particulièrement révélateur. À Tétouan, les interventions parlementaires ont contribué à renforcer la connectivité de l’aéroport Sania Ramel avec plusieurs villes d’Espagne, de France, des Pays-Bas et de Belgique. Cette dynamique démontre qu’un travail parlementaire sérieux peut produire des effets tangibles lorsqu’il s’inscrit dans une logique de suivi et de plaidoyer constant.
À Al Hoceïma, la situation de l’aéroport Chérif Al Idrissi reste symptomatique d’un potentiel sous-exploité. Malgré son statut international, il fonctionne presque à minima, avec un nombre réduit de liaisons et une activité loin de refléter son importance stratégique pour la région et sa diaspora.
Le constat est tout aussi préoccupant dans le secteur de la pêche maritime, pilier historique de l’économie locale. Les difficultés liées à la raréfaction des ressources, à la baisse des débarquements et à l’absence de solutions claires pour certaines espèces traduisent une crise structurelle profonde. Le port, autrefois moteur économique, donne aujourd’hui le sentiment d’une activité en perte de vitesse.
Or, la réponse ne peut se limiter à des discours conjoncturels. Elle exige des décisions courageuses, fondées sur des études scientifiques rigoureuses: périodes de repos biologique, contrôle renforcé contre la surexploitation, mesures temporaires d’interdiction dans certaines zones sensibles afin de restaurer l’équilibre des ressources halieutiques.
Le dossier de la santé constitue sans doute l’aspect le plus sensible de cette réalité. Malgré l’existence de l’hôpital provincial Mohammed VI, les habitants continuent de subir une véritable épreuve lorsqu’ils doivent accéder à des soins spécialisés. Le déficit en chirurgie cardiovasculaire, en neurochirurgie ou en chirurgie pédiatrique oblige encore de nombreux patients à se déplacer vers Tanger, Fès ou Rabat.
Cette situation alimente un sentiment d’abandon territorial qui dépasse la seule question des infrastructures. Elle renvoie à une interrogation plus large sur la justice territoriale et l’égalité d’accès aux services publics.
Au fond, Al Hoceïma ne manque pas de projets annoncés; elle manque de continuité institutionnelle, de suivi politique et d’une véritable culture du résultat.
L’enjeu n’est plus de multiplier les annonces, mais de restaurer la confiance entre les citoyens et leurs représentants. Sans cela, chaque nouvelle promesse risque d’être perçue non comme une perspective de développement, mais comme l’écho d’un cycle politique déjà trop connu.