Le président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva et le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus, ont exhorté ce lundi les dirigeants du G7 à faire de la finalisation de l’Accord mondial sur les pandémies une priorité politique absolue.
Dans une lettre ouverte adressée aux chefs d’État et de gouvernement réunis au sommet du G7 à Évian, en France, les deux responsables demandent un engagement clair en faveur de l’adoption du système PABS (Accès aux agents pathogènes et partage des bénéfices), dernière composante manquante avant l’entrée en vigueur complète du traité.
Invité au sommet, Lula intervient alors que les négociations internationales sont entrées dans une phase décisive, marquée par des divergences persistantes entre pays industrialisés et pays en développement.
Le dernier obstacle
Adopté en 2025 par l’Assemblée mondiale de la santé, l’Accord sur les pandémies devait constituer l’une des principales réformes du système sanitaire international depuis la crise du Covid-19.
Toutefois, les États membres de l’OMS ne sont toujours pas parvenus à un consensus sur le mécanisme PABS, souvent qualifié par Tedros de « dernière pièce du puzzle ».
Ce dispositif vise à garantir un partage rapide des agents pathogènes et des séquences génétiques présentant un potentiel pandémique, en échange d’un accès équitable aux vaccins, traitements, diagnostics et technologies développés grâce à ces données.
Tirer les leçons du Covid-19
Pour Lula et Tedros, l’expérience de la pandémie a démontré les limites du système actuel.
Durant la crise sanitaire mondiale, de nombreux pays du Sud ont dénoncé l’accaparement des vaccins par les nations les plus riches, tandis que des millions de personnes restaient privées d’accès aux produits médicaux essentiels.
« Aujourd’hui encore, les règles relatives au partage des agents pathogènes et des bénéfices qui en découlent sont souvent improvisées au cœur des crises », soulignent-ils.
Une menace toujours présente
Les deux responsables rappellent que les scientifiques estiment à près de 25 % la probabilité qu’une nouvelle pandémie survienne au cours de la prochaine décennie.
Ils demandent donc aux membres du G7 d’envoyer un signal politique fort avant la prochaine session de négociations prévue à Genève du 6 au 17 juillet.
« La solidarité demeure notre meilleure immunité », écrivent-ils, estimant que les derniers blocages ne pourront être levés sans une impulsion politique directe des chefs de gouvernement.
Répondre aux inquiétudes sur la souveraineté
Face aux critiques affirmant que l’accord renforcerait excessivement les pouvoirs de l’OMS, Lula et Tedros rappellent que le texte garantit explicitement la souveraineté nationale.
L’organisation ne pourra ni imposer des confinements, ni décréter des restrictions de voyage, ni rendre obligatoires des campagnes de vaccination.
Toutes ces décisions resteront du ressort exclusif des États membres.
Des négociations encore difficiles
Les discussions sur le système PABS reflètent les tensions persistantes entre le Nord et le Sud.
Les pays en développement réclament des garanties juridiquement contraignantes concernant l’accès aux vaccins, aux traitements et aux transferts de technologies, tandis que plusieurs États disposant d’importantes industries pharmaceutiques privilégient des mécanismes plus souples.
L’OMS espère qu’un compromis pourra être trouvé dans les prochains mois afin d’éviter un nouveau report d’un accord jugé essentiel pour mieux préparer le monde aux futures crises sanitaires.
Plus de cinq ans après la pandémie de Covid-19, la question demeure centrale : comment garantir que les inégalités observées lors de la dernière crise ne se reproduisent pas lors de la prochaine ?