L’épidémie d’Ebola qui frappe la République démocratique du Congo continue de devancer les efforts déployés pour l’endiguer. Près de 5 000 infections et plus de 2 300 décès ont désormais été recensés dans six provinces, selon l’Organisation mondiale de la santé, qui redoute une nouvelle extension nationale et transfrontalière.
« Nous devons être francs : l’épidémie est loin d’être sous contrôle », a averti, mardi 18 août, le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé, Tedros Adhanom Ghebreyesus.
S’exprimant à l’ouverture de la deuxième réunion du Comité d’urgence du Règlement sanitaire international consacrée à cette crise, le responsable de l’OMS a reconnu que le virus disposait d’une avance considérable sur les opérations sanitaires.
« L’épidémie a pris une grande longueur d’avance et nous essayons toujours de la rattraper », a-t-il déclaré. La maladie se propage actuellement plus rapidement que lors de toutes les précédentes flambées d’Ebola, a-t-il ajouté dans son intervention officielle.
Six provinces et 55 zones sanitaires touchées
Près de 5 000 personnes ont été infectées et plus de 2 300 sont décédées dans six provinces congolaises et 55 zones sanitaires. Ces données provisoires portent sur les cas recensés par les structures de surveillance et peuvent encore évoluer à mesure que les résultats de laboratoire sont consolidés.
Dans son dernier bilan détaillé arrêté au 12 août, l’OMS faisait état de 4 686 cas confirmés : 4 665 en RDC, 20 en Ouganda et un cas en France. Deux patients diagnostiqués en RDC ont également été pris en charge en Allemagne. À cette date, 2 186 décès avaient été enregistrés, dont deux en Ouganda, tandis qu’au moins 986 malades avaient guéri. L’OMS publie régulièrement l’évolution de ces chiffres.
La différence entre ce bilan détaillé et les chiffres plus récents annoncés par Tedros s’explique par l’accumulation rapide de nouveaux cas au cours des derniers jours.
Une souche sans vaccin homologué
L’épidémie actuelle est provoquée par le virus Ebola de l’espèce Bundibugyo, identifié pour la première fois en 2007 en Ouganda. Elle a été officiellement déclarée le 15 mai 2026 en RDC et en Ouganda.
Contrairement à la souche Zaïre, responsable de plusieurs précédentes épidémies congolaises, il n’existe actuellement aucun vaccin homologué ni traitement antiviral spécifique contre la souche Bundibugyo. Des vaccins et des traitements expérimentaux sont à l’étude, mais la prise en charge repose encore principalement sur les soins intensifs de soutien, notamment la réhydratation et le traitement des symptômes.
Cette absence d’outil médical homologué complique considérablement les opérations de riposte. L’OMS a néanmoins inscrit en juillet un premier test de diagnostic du virus Bundibugyo sur sa liste d’utilisation d’urgence, afin d’accélérer la détection des malades.
Des décès en dehors des centres de traitement
Pour l’OMS, l’un des signaux les plus préoccupants réside dans le nombre élevé de personnes qui meurent à domicile ou au sein de leur communauté, sans avoir été admises dans un centre spécialisé.
Une grande partie des nouveaux malades ne figure pas non plus sur les listes de contacts déjà surveillés. Cela indique que plusieurs chaînes de transmission échappent toujours aux équipes sanitaires.
Au début du mois d’août, seuls 75 % des contacts identifiés faisaient l’objet d’un suivi régulier, contre un objectif opérationnel d’au moins 95 %. Or, retrouver rapidement les personnes ayant été exposées à un malade est indispensable pour interrompre la circulation du virus.
Les enterrements effectués sans précautions adaptées représentent également un risque majeur, le corps d’une personne décédée d’Ebola restant particulièrement contagieux.
Les conflits et les déplacements aggravent la crise
La propagation du virus est favorisée par l’insécurité chronique dans l’est et le nord-est de la RDC. La présence de groupes armés, les déplacements forcés de populations et la faiblesse des infrastructures sanitaires compliquent l’accès aux communautés touchées.
L’intense circulation des personnes le long des routes, des cours d’eau et des axes miniers facilite également le passage du virus d’une zone sanitaire à une autre. La méfiance envers les autorités et les équipes médicales entraîne parfois le refus des tests, des soins ou des enterrements sécurisés.
En juillet, l’OMS avait déjà indiqué que plus de 80 % des nouveaux cas étaient détectés en dehors des listes de contacts connus et qu’environ deux tiers des décès survenaient dans les communautés plutôt que dans les centres de traitement.
Une urgence sanitaire de portée internationale
Le 17 mai, le directeur général de l’OMS avait déclaré l’épidémie « urgence de santé publique de portée internationale ». Cette qualification constitue le niveau d’alerte le plus élevé prévu par le Règlement sanitaire international — et non le deuxième niveau, comme l’indiquent certains comptes rendus.
Le risque sanitaire est évalué comme « très élevé » en RDC et « élevé » à l’échelle régionale, notamment en Ouganda et dans les autres pays voisins. Il demeure en revanche considéré comme « faible » dans le reste de l’Afrique et à l’échelle mondiale.
La détection de cas en Ouganda ainsi que de cas importés ou pris en charge en France et en Allemagne confirme néanmoins la possibilité d’une diffusion au-delà de la zone initiale.
Pas de transmission par voie aérienne
Ebola ne se transmet pas par l’air comme la grippe ou la Covid-19. La contamination survient principalement par contact direct avec le sang ou les autres liquides biologiques d’une personne malade ou décédée, ainsi qu’avec des objets souillés.
Une personne infectée ne devient généralement contagieuse qu’après l’apparition des symptômes. Ceux-ci comprennent notamment une forte fièvre, une fatigue intense, des douleurs musculaires, des vomissements et des diarrhées. Des hémorragies peuvent survenir dans certains cas.
Le taux moyen de létalité des maladies à virus Ebola se situe autour de 50 %, mais il peut varier de 25 à 90 % selon la souche, l’accès aux soins et la rapidité de la prise en charge.
Le bilan le plus lourd jamais enregistré en RDC
Avec plus de 2 300 décès annoncés, la flambée actuelle devient la plus meurtrière jamais enregistrée en République démocratique du Congo. Elle dépasse désormais celle de 2018-2020, qui avait fait 2 299 morts parmi 3 481 cas recensés dans l’est du pays.
Elle constitue aussi la deuxième plus importante épidémie d’Ebola documentée dans le monde. La plus grave reste celle qui avait frappé l’Afrique de l’Ouest entre 2013 et 2016, principalement la Guinée, le Liberia et la Sierra Leone. Plus de 28 000 cas et 11 300 décès avaient alors été enregistrés.
La vitesse de progression actuelle inquiète particulièrement l’OMS : l’épidémie congolaise de 2018-2020 avait mis plus de dix mois pour dépasser les 2 000 cas, tandis que la flambée de 2026 a franchi ce seuil en deux mois environ. Pour l’agence onusienne, seule une mobilisation plus rapide, associant surveillance sanitaire, participation des communautés et coordination transfrontalière, peut encore empêcher une extension durable de la crise.