Cinq personnes ont été arrêtées pour avoir organisé des traversées clandestines entre la ville occupée de Sebta et le sud de l’Espagne. Dans une autre affaire, une organisation acheminant des migrants depuis Alicante vers la France a également été démantelée.
La police espagnole a annoncé le démantèlement de plusieurs filières soupçonnées d’avoir organisé le transport clandestin de migrants en situation irrégulière entre Sebta et la péninsule Ibérique, ainsi qu’entre l’Espagne et la France.
Dans le premier volet de l’opération, cinq personnes ont été arrêtées au cours de deux enquêtes menées parallèlement à Sebta et à La Línea de la Concepción, dans la province de Cadix. Elles sont soupçonnées d’avoir fait traverser le détroit de Gibraltar à des migrants contre des sommes pouvant atteindre 9 000 euros par personne, soit environ 10 500 dollars.
Selon la police espagnole, quatre des suspects appartenaient à une organisation qui accueillait les migrants dans des logements, des garages ou d’autres lieux servant d’abris temporaires à Sebta, avant d’organiser leur transfert par voie maritime vers les côtes andalouses.
Les membres du réseau faisaient appel à des pilotes sélectionnés pour leur connaissance du détroit, leur expérience de la navigation rapide et leur capacité à effectuer des manœuvres destinées à échapper aux contrôles des forces de sécurité.
Deux suspects ont été interpellés à Sebta et deux autres à La Línea de la Concepción. Ils sont poursuivis pour appartenance présumée à une organisation criminelle et aide à l’immigration irrégulière.
Un cinquième homme a été placé en détention provisoire dans le cadre d’une enquête distincte. Il est soupçonné d’avoir exigé jusqu’à 8 000 euros pour chaque traversée.
La police lui reproche notamment d’avoir tenté, dans la nuit du 14 août, de transporter sept migrants à bord d’une embarcation d’à peine cinq mètres, ne disposant pas des conditions minimales de sécurité. Les passagers auraient été entassés dans le bateau sans gilets de sauvetage, au mépris des risques liés aux courants particulièrement dangereux du détroit de Gibraltar.
Ces interpellations interviennent quelques semaines après l’arrivée massive de migrants à Sebta, les 30 et 31 juillet. Environ 72 000 personnes avaient alors tenté de gagner la ville depuis le territoire marocain, à pied ou à la nage, dans des circonstances chaotiques ayant fait des dizaines de morts, selon les bilans communiqués par les autorités espagnoles et marocaines. Une partie des personnes entrées dans la ville y est restée bloquée, créant un terrain favorable aux réseaux proposant, contre paiement, un passage vers la péninsule Ibérique.
Une autre filière entre Alicante et la France
Dans une affaire distincte, la police espagnole a également annoncé le démantèlement d’une organisation soupçonnée d’avoir assuré plus d’une vingtaine de transports clandestins de migrants entre la province d’Alicante et la France.
L’enquête, menée en coordination avec les autorités françaises, a permis d’identifier trois personnes impliquées dans cette filière. Deux d’entre elles ont été placées en détention provisoire, tandis qu’une troisième fait l’objet de poursuites.
Le réseau utilisait principalement le poste-frontière de La Jonquera-Le Perthus, entre la Catalogne et le sud de la France. Les migrants étaient transportés à bord de véhicules particuliers depuis Alicante, moyennant environ 200 euros par personne.
Les investigations ont commencé à partir d’informations transmises par les autorités françaises, qui avaient observé des passages répétés de la frontière par un véhicule lié au principal suspect. Entre mai et juin 2026, celui-ci aurait effectué au moins sept déplacements sur le même itinéraire.
L’analyse de ses mouvements et les échanges d’informations entre les services espagnols et français ont ensuite permis d’attribuer à l’organisation plus de vingt opérations de transport irrégulier. Chaque véhicule pouvait accueillir cinq à six migrants.
D’après les estimations de la police, l’ensemble des activités du réseau lui aurait rapporté près de 100 000 euros. Ce montant correspond toutefois à l’évaluation globale des enquêteurs et ne peut être déduit des seules traversées déjà documentées.
Dans le cadre d’un ordre européen d’enquête délivré par la justice française, les policiers ont perquisitionné le domicile du principal suspect à Alicante et examiné ses opérations financières.
La perquisition a permis la saisie de 3 190 euros en espèces, de documents d’identité, de papiers relatifs à plusieurs véhicules et de cartes proposant des services de taxi sur lesquelles figurait le numéro de téléphone utilisé par le suspect.
Celui-ci a finalement été arrêté alors qu’il tentait de franchir la frontière à bord de l’un de ses véhicules, en compagnie de plusieurs personnes en situation irrégulière.
Ces opérations mettent en lumière la diversité des itinéraires exploités par les réseaux de passeurs. Sebta constitue une porte d’entrée vers la péninsule Ibérique, tandis que les axes routiers reliant le sud et l’est de l’Espagne à la frontière française servent d’étape vers d’autres pays européens.