La contestation contre la gestion espagnole de la crise migratoire a connu une nouvelle escalade jeudi soir sur la plage Benítez, où des abris de fortune ont été détruits et incendiés. Le même jour, douze personnes, dont neuf victimes du drame migratoire récent, ont été enterrées au cimetière Sidi Embarek après l’impossibilité de transférer leurs dépouilles au Maroc.
La tension s’est aggravée jeudi 27 août à Sebta occupée, au troisième jour consécutif de manifestations contre la gestion de la crise migratoire. Une partie des protestataires a quitté le terrain de la contestation politique pour s’en prendre directement aux migrants installés sur la plage Benítez.
Des abris de fortune ont été détruits, tandis que plusieurs structures et parasols en paille ont été incendiés. Des images recueillies sur place montrent des migrants quittant précipitamment la plage alors que des manifestants jetaient à la mer les débris de leurs installations, au milieu de slogans exigeant leur départ.

Certains protestataires ont également tenté d’empêcher des véhicules de la Croix-Rouge d’accéder à la plage pour distribuer de la nourriture et de l’eau. Cette obstruction de l’aide humanitaire marque un durcissement du mouvement, initialement déclenché pour dénoncer l’utilisation d’équipements publics comme centres d’accueil temporaires.
La mobilisation visait au départ la politique du gouvernement espagnol et la présence prolongée de milliers de migrants dans la ville. Les incidents de jeudi montrent toutefois que la colère d’une partie des participants se dirige désormais contre les personnes migrantes elles-mêmes.
Douze inhumations au cimetière Sidi Embarek
Dans ce contexte tendu, douze personnes ont été inhumées jeudi au cimetière musulman Sidi Embarek. Selon le journal espagnol El Faro de Ceuta, neuf d’entre elles avaient péri lors du récent drame migratoire, tandis que deux autres étaient mortes dans des incidents distincts. Une douzième victime figurait également parmi les personnes enterrées.
Les identités de tous les défunts étaient connues. Leur identification avait été établie grâce aux empreintes digitales ou à des analyses ADN, avant que la Garde civile espagnole n’en informe les familles.
D’après la même source, les dépouilles ont été enterrées à Sebta faute d’avoir pu être transférées au Maroc. Les circonstances exactes ayant empêché leur rapatriement n’ont toutefois pas fait l’objet d’une explication publique détaillée des autorités marocaines.
Parmi les personnes inhumées figure Mohamed Saïd, décédé à l’hôpital quelques jours après avoir franchi la frontière lors de l’arrivée collective de migrants. Sa famille souhaitait l’enterrer à M’diq et a finalement assisté à ses funérailles à Sebta.
El Faro de Ceuta affirme que son cercueil avait été acheminé jusqu’au passage frontalier, mais que le véhicule funéraire n’avait pas été autorisé à entrer sur le territoire marocain. Cette version reste attribuée au journal espagnol, en l’absence de communication officielle marocaine sur cet épisode.

Youssef El Hayti, mort quelques semaines auparavant sur la plage du Chorrillo, ainsi qu’un autre jeune décédé le 25 juillet, figurent également parmi les personnes enterrées. Selon la presse locale, ces deux décès ne sont pas liés au drame survenu dans la zone du Tarajal.
Les neuf victimes identifiées de cette tragédie sont Ayoub Kallout, Abdessalam El Hassani, Noureddine Tabkout, Salma Maghouh, Ibrahim El Houngari, Abdelmoumen Zerioul, Younes Ihouf, Yassine Oustan et Mounir Douch.
Ces inhumations interviennent alors que les familles et les organisations de défense des droits humains réclament des informations transparentes sur l’identification des victimes, la conservation des prélèvements ADN et les raisons ayant empêché le transfert des corps au Maroc.