La 38e édition du Festival international de photojournalisme réunit 27 expositions consacrées aux guerres, aux crises humanitaires, au narcotrafic et au changement climatique. En cette année marquant le bicentenaire de la photographie, la manifestation réaffirme la valeur du terrain, de la vérification et de l’éthique face aux images falsifiées ou générées par l’intelligence artificielle.
Le Festival international de photojournalisme Visa pour l’Image ouvre ce samedi à Perpignan sa 38e édition. Jusqu’au 13 septembre, les différents espaces de la ville accueilleront 27 expositions, ainsi que des rencontres, des débats, des projections et des lectures de portfolios.
La programmation 2026 accorde une place centrale aux conflits et aux crises humanitaires. Gaza, l’Ukraine et le Liban figurent parmi les principaux terrains documentés par des photographes qui travaillent au plus près des populations civiles.
Le photographe espagnol Diego Ibarra Sánchez, installé au Liban, présente notamment «La dernière guerre – Liban 2015-2026». L’exposition rassemble une décennie de reportages réalisés principalement pour le New York Times et retrace les transformations d’un pays confronté aux crises politiques, économiques et militaires.
Drogues, climat et fractures sociales
Le festival élargit son regard à d’autres formes de violence. La crise du fentanyl aux États-Unis et les conséquences humaines du trafic de cocaïne sont au cœur de plusieurs séries.
Dans «Sang blanc: la géographie de la cocaïne», le photographe danois Mads Nissen suit le parcours de la drogue entre la Colombie, le Mexique et l’Europe. Son travail montre les effets d’une économie mondiale qui relie zones de production, réseaux criminels, politiques répressives et marchés de consommation.
D’autres expositions abordent le changement climatique et ses conséquences sur les territoires et les populations.
Un hommage à Raymond Depardon
La manifestation consacre également une importante rétrospective à Raymond Depardon, photographe, cinéaste et cofondateur de l’agence Gamma. La sélection revient sur plusieurs décennies de reportages en France et à l’étranger et permet de mesurer la singularité de son regard sur les événements contemporains.
Le photographe français d’origine catalane Étienne Montès fait, lui aussi, l’objet d’une exposition monographique intitulée «Quinze ans de photos et puis s’en va!». Une autre exposition accompagne le bicentenaire du journal Le Figaro.
Le réel face aux images artificielles
L’édition 2026 coïncide avec les deux cents ans des premières expériences photographiques de Nicéphore Niépce. Cet anniversaire intervient alors que la prolifération des contenus synthétiques brouille de plus en plus la frontière entre document, illustration et manipulation.
Visa pour l’Image défend à cet égard une conception exigeante du photojournalisme: présence sur le terrain, identification des sources, contextualisation, vérification des faits et responsabilité envers les personnes photographiées.
Face à l’intelligence artificielle non contrôlée, le festival ne revendique donc pas seulement la force esthétique de la photographie. Il rappelle qu’une image journalistique vaut aussi par les conditions dans lesquelles elle a été produite et par la confiance qu’elle peut établir avec le public.