Un projet de réforme du Code de la route prévoit de sanctionner les piétons qui utilisent leur téléphone ou un autre écran en traversant la chaussée. Encore soumis à consultation publique, le texte s’inspire de l’expérience menée à Sassari, en Sardaigne, où une campagne de sensibilisation accompagnée de contrôles aurait contribué à réduire les accidents impliquant des piétons.
Regarder son téléphone en traversant la rue pourrait bientôt devenir une infraction spécifique en Italie. Un projet de réforme du Code de la route prévoit une amende minimale de 75 euros pour les piétons qui s’engagent sur la chaussée tout en consultant un smartphone, une tablette, un ordinateur portable ou tout autre appareil électronique susceptible de détourner leur attention.
La mesure n’est pas encore entrée en vigueur. Le projet reste soumis à consultation publique jusqu’au 13 septembre et pourra faire l’objet d’observations avant la poursuite de son parcours législatif.
Le texte ne se limite pas à interdire les écrans. Il prévoit également que le piéton doit s’assurer, avant de traverser lorsqu’un véhicule approche, que son conducteur l’a bien vu. Cette obligation pourrait modifier l’appréciation des responsabilités en cas d’accident, en reconnaissant explicitement qu’un comportement inattentif du piéton peut lui aussi créer une situation dangereuse.
Sassari, laboratoire des « zombies du smartphone »
Le projet national reprend l’esprit d’une expérience menée depuis plusieurs années à Sassari, dans le nord de la Sardaigne. En 2016, la police municipale avait recensé 94 accidents impliquant des piétons. Des observations effectuées dans les rues avaient montré qu’un nombre important de personnes traversaient tout en regardant leur téléphone.
Le commandant de la police locale, Gianni Serra, lança alors la campagne « Smartphone Zombie ». Selon lui, la démarche ne cherchait pas principalement à punir, mais à sensibiliser la population à un comportement devenu courant malgré ses dangers.
À partir de 2018, les policiers réalisèrent plusieurs vidéos de prévention. Dans l’une d’elles, une femme sort d’un salon de coiffure en consultant son téléphone et traverse sans regarder. Au moment où une voiture s’apprête à la percuter, un ange apparaît pour la sauver. Cette mise en scène annonçait le début des contrôles dans la ville.
Sassari ne disposant pas du pouvoir de modifier le Code de la route, les agents se sont appuyés sur son article 190, qui impose aux piétons de prêter l’attention nécessaire afin d’éviter les situations dangereuses pour eux-mêmes comme pour les autres.
Une personne surprise en train de traverser tout en utilisant son téléphone pouvait recevoir une amende de 19 euros, réduite de 30 % lorsqu’elle était réglée dans les cinq jours. Environ 150 contraventions auraient été dressées durant la première année d’application.
Une baisse des accidents à interpréter avec prudence
Selon les chiffres communiqués par la police municipale, le nombre d’accidents impliquant des piétons à Sassari est passé de 94 en 2016 à 82 en 2025, soit une diminution de 12,8 %. La baisse aurait atteint 18 % en 2022. La proportion des accidents ayant causé des blessures serait également passée de 23,4 % à 16,7 %.
Ces résultats soutiennent l’argument des promoteurs de la réforme, mais ils ne suffisent pas à établir que les sanctions expliquent à elles seules la diminution. Les campagnes de sensibilisation, l’évolution de la circulation, l’aménagement des rues ou les comportements des automobilistes peuvent également avoir joué un rôle.
La généralisation de la mesure soulève en outre des difficultés pratiques. Les agents devront distinguer un usage réellement dangereux d’une interaction très brève avec un appareil et appliquer la règle de manière suffisamment uniforme pour éviter les interprétations arbitraires.
Le projet autorise néanmoins les écouteurs et l’utilisation du haut-parleur, à condition qu’ils ne réduisent pas l’attention du piéton. Une exception susceptible de rendre les contrôles plus complexes.
Des sanctions renforcées contre les conducteurs
La réforme prévoit parallèlement de durcir les sanctions contre les automobilistes qui utilisent leur téléphone au volant. En cas de récidive, l’amende pourrait atteindre 2 558 euros et être accompagnée d’une suspension du permis allant d’un à trois mois.
Le projet tente ainsi de responsabiliser simultanément les conducteurs et les piétons. Ses défenseurs estiment que la sécurité routière ne peut ignorer les nouvelles formes de distraction créées par les appareils numériques. Les associations italiennes de familles de victimes de la route soutiennent le principe de la sanction, tout en reconnaissant les difficultés que son application pourrait poser.
La future règle ne saurait toutefois remplacer les autres politiques de prévention. La protection des piétons dépend également de la limitation effective de la vitesse, de la visibilité des passages, de l’éclairage, de l’aménagement des rues et du respect des priorités par les automobilistes.
L’expérience de Sassari a néanmoins permis de faire émerger un problème longtemps traité comme une simple imprudence individuelle. Si la réforme est adoptée, l’Italie ferait de la consultation d’un écran en traversant non plus seulement un comportement risqué, mais une infraction sanctionnée dans tout le pays.