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Vox durcit son offensive contre le Maroc et réclame une rupture diplomatique

01 septembre 2026 - 18:20
Pepa Millán, porte-parole de Vox au Congrès des députés, lors de sa conférence de presse du 1er septembre 2026 à Madrid.

Pepa Millán, porte-parole de Vox au Congrès des députés, lors de sa conférence de presse du 1er septembre 2026 à Madrid.

La formation d’extrême droite demande au gouvernement espagnol de rappeler son ambassadeur à Rabat, de convoquer le représentant marocain à Madrid et de suspendre le Traité d’amitié entre les deux pays. Cette offensive repose sur l’accusation, non démontrée à ce stade, selon laquelle le Maroc aurait organisé l’entrée massive de migrants à Sebta.

Vox poursuit son offensive politique contre le Maroc. Le parti dirigé par Santiago Abascal a demandé au gouvernement de Pedro Sánchez de rompre les relations diplomatiques avec Rabat si le Royaume « persiste dans la situation d’invasion et d’attaque contre la souveraineté de l’Espagne ».

La porte-parole du groupe au Congrès des députés, Pepa Millán, a réclamé mardi le rappel de l’ambassadeur espagnol au Maroc et la convocation de l’ambassadeur marocain à Madrid.

Cette demande figure dans une proposition non législative déposée au Parlement espagnol. Le texte exige également de Rabat une déclaration publique, expresse et sans ambiguïté reconnaissant la souveraineté et l’intégrité territoriale de l’Espagne.

Sebta et Melilla au cœur de l’initiative

La proposition de Vox rejette toute revendication marocaine concernant Sebta, Melilla, les îles Zaffarines, le rocher de Badis, l’îlot Leïla ainsi que les îles et le rocher d’Al Hoceïma.

Pour le parti d’extrême droite, la souveraineté sur ces territoires ne pourrait faire l’objet ni d’une négociation bilatérale ni d’un quelconque dialogue susceptible d’aboutir à leur transfert au Maroc.

Madrid considère Sebta et Melilla comme deux villes autonomes faisant partie intégrante du territoire espagnol. Rabat les présente, pour sa part, comme des présides occupés hérités de la période coloniale. Cette divergence demeure l’un des principaux contentieux historiques entre les deux voisins, même si les gouvernements marocain et espagnol ont généralement évité de l’inscrire au centre de leur coopération quotidienne.

Vox accuse directement le Maroc d’avoir utilisé les flux migratoires pour exercer une pression sur l’Espagne lors de l’entrée massive enregistrée à Sebta les 30 et 31 juillet. La formation reprend le terme d’« invasion » et présente les événements comme une opération dirigée contre la souveraineté espagnole.

Les informations rendues publiques jusqu’à présent n’établissent toutefois pas que les autorités marocaines aient organisé cette mobilisation. Le gouvernement espagnol affirme ne disposer d’aucune preuve permettant d’attribuer à Rabat la préparation de l’entrée massive, tout en reconnaissant que les circonstances du relâchement initial des contrôles marocains n’ont pas été entièrement clarifiées.

Suspension du Traité d’amitié

Vox demande également la suspension du Traité d’amitié, de bon voisinage et de coopération signé en 1991 entre le Maroc et l’Espagne. Le parti conditionne le rétablissement de cet accord à une reconnaissance marocaine explicite de la souveraineté espagnole et à une coopération jugée effective dans le rapatriement des ressortissants marocains entrés irrégulièrement en Espagne.

Ce traité constitue l’un des principaux cadres juridiques de la relation bilatérale. Il organise le dialogue politique et la coopération dans les domaines économique, sécuritaire, culturel et migratoire. Sa suspension dépasserait donc largement la seule gestion de la frontière de Sebta.

Pepa Millán a estimé qu’aucun intérêt économique ni aucune convenance diplomatique ne pouvait justifier ce qu’elle qualifie de « silence » ou d’« ambiguïté » du gouvernement espagnol face aux revendications marocaines.

Une campagne dans les institutions espagnoles

La proposition déposée au Congrès s’inscrit dans une stratégie nationale de Vox. Le parti entend présenter des initiatives similaires dans l’ensemble des parlements régionaux et des institutions locales où il dispose d’élus.

Cette campagne vise également à placer le Parti populaire sous pression. Vox demande notamment au PP de rompre les accords conclus avec le Parti socialiste au sein des institutions de Sebta et cherche à imposer la question marocaine au centre du débat politique espagnol.

La proposition non législative n’a pas de caractère contraignant pour le gouvernement. Elle constitue avant tout un instrument de pression parlementaire et de mobilisation politique. Sa transformation en politique officielle nécessiterait le soutien d’autres formations, notamment celui du Parti populaire.

L’initiative intervient alors que les relations entre Rabat et Madrid sont devenues un enjeu majeur de la politique intérieure espagnole. Depuis la crise de Sebta, Vox a également réclamé l’exclusion du Maroc de l’organisation de la Coupe du monde 2030, la construction d’un mur frontalier et le renforcement des expulsions.

La rupture diplomatique réclamée par le parti aurait cependant des conséquences importantes sur la coopération migratoire, sécuritaire et antiterroriste, ainsi que sur les échanges commerciaux entre les deux pays. Le Maroc constitue l’un des principaux partenaires économiques de l’Espagne en Afrique, tandis que Madrid est un partenaire commercial essentiel pour Rabat.

Au-delà de sa portée immédiate, la proposition illustre surtout la volonté de Vox de transformer la crise de Sebta en procès global de la relation hispano-marocaine. À ce stade, elle relève davantage de la confrontation politique interne espagnole que d’une évolution imminente de la diplomatie de Madrid.

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