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Allemagne : le triomphe de l’AfD en Saxe-Anhalt fragilise Friedrich Merz

07 septembre 2026 - 09:30

Avec environ 44 % des suffrages, l’Alternative pour l’Allemagne réalise le meilleur résultat régional de son histoire et relègue très loin derrière elle la CDU, tombée autour de 18 %. Au-delà de la Saxe-Anhalt, le scrutin constitue un sévère avertissement pour le chancelier Friedrich Merz et place les conservateurs face à une question devenue incontournable : jusqu’où pourra tenir le cordon sanitaire face à une extrême droite devenue la première force politique du Land ?

L’Allemagne s’est réveillée lundi devant un paysage politique profondément bouleversé. L’Alternative pour l’Allemagne (AfD) a remporté dimanche les élections régionales en Saxe-Anhalt avec environ 44 % des voix, contre 20,8 % en 2021.

La CDU subit, elle, une débâcle. Créditée d’environ 18 %, elle perd près de la moitié du score de 37,1 % obtenu cinq ans auparavant. L’AfD signe ainsi son meilleur résultat dans une élection régionale depuis sa création.

Le symbole est considérable. La CDU gouvernait ce Land de l’est du pays depuis 2002 et avait longtemps dominé sa vie politique. Cette fois, elle est reléguée très loin derrière l’extrême droite.

Merz directement atteint

Même si le scrutin était régional, il est difficile pour Friedrich Merz d’en circonscrire les conséquences à la seule Saxe-Anhalt. Le mécontentement envers le gouvernement fédéral a fortement pesé sur le vote : selon Reuters, 87 % des électeurs du Land se disent insatisfaits de son action. Pour le chancelier, le résultat est d’autant plus embarrassant qu’il avait fait du durcissement de la politique migratoire l’un des moyens de reconquérir l’électorat passé à l’AfD.

Or le scrutin de dimanche montre que cette stratégie n’a, jusqu’ici, nullement endigué sa progression. Il remet ainsi au centre du débat allemand une question que connaissent plusieurs démocraties européennes : reprendre une partie des thèmes de l’extrême droite permet-il réellement de lui reprendre des électeurs, ou contribue-t-il à imposer son agenda au cœur du débat politique ?

Le scrutin de Saxe-Anhalt ne suffit pas à trancher cette question. Il rend néanmoins beaucoup plus difficile de l’éluder.

Première force, mais sans majorité

La victoire spectaculaire de l’AfD ne signifie pas automatiquement qu’Ulrich Siegmund dirigera la Saxe-Anhalt. Le parti n’a pas obtenu la majorité absolue dont il aurait eu besoin pour gouverner seul et devra trouver des soutiens. Or les principales formations représentées au Parlement régional continuent de refuser une coalition avec lui. C’est précisément là que commence la seconde bataille.

Depuis des années, la CDU défend une « Brandmauer », un pare-feu politique excluant toute coopération avec l’AfD. Mais lorsqu’un parti recueille plus de quatre voix sur dix, maintenir ce principe devient politiquement plus complexe. La direction de l’AfD affirme désormais disposer d’un mandat clair pour gouverner.

Une onde de choc européenne

L’ampleur du résultat dépasse enfin les frontières allemandes. Paris a déjà exprimé son inquiétude : plusieurs responsables français ont présenté cette progression comme un signal préoccupant pour l’Europe. Il serait néanmoins réducteur d’expliquer le vote par la seule immigration. En Allemagne orientale se superposent difficultés économiques, sentiment de déclassement, frustrations liées aux transformations consécutives à la réunification et rapport historiquement différent à la Russie.

L’AfD a réussi à agréger une partie de ces mécontentements autour d’un discours nationaliste, anti-immigration et profondément critique envers les élites politiques traditionnelles. La Saxe-Anhalt marque ainsi un changement d’échelle. L’extrême droite allemande n’est plus seulement une force de protestation que les autres partis peuvent observer depuis les marges du système. Elle gagne désormais des élections avec plus de 40 % des voix. Et c’est peut-être là, davantage encore que dans la défaite de la CDU, que réside la portée historique du scrutin du 6 septembre.

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