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Marocains expulsés d’Algérie en 1975 : le CIMEA-75 prépare une nouvelle étape judiciaire contre l’oubli

09 septembre 2026 - 07:41

Cinquante et un ans après l’expulsion de milliers de Marocains d’Algérie, le Collectif international de soutien aux familles d’origine marocaine expulsées en 1975 veut porter le dossier plus loin sur le terrain juridique et international. Réuni le 7 septembre, son Bureau exécutif a annoncé la poursuite de son plaidoyer auprès des mécanismes onusiens et l’exploration de voies de recours susceptibles d’engager la responsabilité de responsables algériens pour les violations alléguées commises lors de cette expulsion.

Le dossier des Marocains expulsés d’Algérie en 1975 revient sur le devant de la scène. Plus d’un demi-siècle après les faits, le Collectif international de soutien aux familles d’origine marocaine expulsées d’Algérie – 1975 (CIMEA-75) entend maintenir la pression sur les instances internationales afin d’obtenir reconnaissance, réparation et préservation de la mémoire.

Réuni lundi 7 septembre, le Bureau exécutif du Collectif a fait le point sur les actions engagées au cours de l’année écoulée et sur les prochaines étapes de son plaidoyer. Au cœur de cette stratégie figure le rapport présenté à Genève à l’occasion du cinquantième anniversaire de l’expulsion, consacré aux violations subies par les familles marocaines contraintes de quitter l’Algérie en décembre 1975.

Le Collectif affirme vouloir désormais franchir une nouvelle étape. En coordination avec l’Organisation marocaine des droits de l’Homme, il indique avoir saisi le Rapporteur spécial des Nations unies sur les droits de l’Homme des migrants et travailler parallèlement sur les possibilités offertes par ce qu’il qualifie de contentieux stratégique.

L’objectif est d’examiner les voies judiciaires susceptibles d’être mobilisées devant certaines juridictions internationales ou étrangères afin d’établir d’éventuelles responsabilités individuelles dans les graves violations alléguées lors des expulsions.

De la mémoire au contentieux

La démarche marque une évolution importante. Pendant longtemps, ce dossier a principalement relevé de la mémoire des victimes, du témoignage familial et du plaidoyer associatif. Le CIMEA-75 cherche désormais à lui donner une dimension juridique plus structurée, en articulant recherche historique, documentation et mécanismes internationaux de protection des droits humains.

Des documents déjà soumis aux mécanismes onusiens ont fait état d’expulsions massives de Marocains établis légalement en Algérie, accompagnées de séparations familiales, d’abandons forcés de biens et, selon plusieurs témoignages, de détentions préalables dans des conditions difficiles. Des archives de presse de décembre 1975 confirmaient déjà l’arrivée au Maroc de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants contraints de quitter précipitamment le territoire algérien.

La question du nombre exact de victimes reste toutefois à manier avec précision. Certaines associations ont avancé le chiffre de 45.000 familles, tandis que des travaux documentaires plus récents évoquent environ 45.000 personnes recensées en 1976. Cette différence n’est pas secondaire et mérite d’être distinguée lorsqu’il s’agit d’établir historiquement les faits.

Le 8 décembre comme date de mémoire

Le Collectif a également décidé de commémorer le 8 décembre par la publication d’un ouvrage regroupant son rapport et les documents qui l’accompagnent. Cette publication doit ensuite être présentée lors de plusieurs rencontres organisées avec ses partenaires.

Le choix de cette date renvoie au début de la vague d’expulsions de décembre 1975, dans un contexte de très forte tension entre Rabat et Alger autour du Sahara. Le CIMEA-75 entend faire de cette commémoration un moment de transmission autant qu’un outil de plaidoyer.

Le Collectif revendique plusieurs objectifs : une reconnaissance officielle par l’Algérie des violations commises, la restitution des biens confisqués, la réparation des préjudices matériels et moraux ainsi que la réunification des familles séparées.

Un contentieux humain au-delà du différend politique

Vu du Maroc, le dossier garde une charge historique et émotionnelle considérable. Mais sa force tient précisément au fait qu’il peut être défendu autrement que comme un simple épisode du contentieux maroco-algérien.

Les victimes ne devraient pas être réduites à une variable de la rivalité entre deux États. La question porte d’abord sur des familles, des biens perdus, des liens brisés et des droits individuels dont les conséquences se prolongent plusieurs décennies après les faits.

C’est sur ce terrain que la démarche du CIMEA-75 peut gagner en crédibilité : documenter les violations, identifier précisément les victimes, distinguer les faits établis des accusations encore à démontrer et soumettre le dossier aux mécanismes compétents plutôt que l’enfermer dans la seule confrontation politique entre Rabat et Alger.

Le mot d’ordre choisi par le Collectif, « Non à l’oubli », résume ainsi une stratégie qui cherche désormais à passer de la mémoire à la reconnaissance et, éventuellement, de la reconnaissance à la justice.

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