Le mouvement Al Adl Wal Ihsane a annoncé qu’il boycotterait les élections législatives marocaines du 23 septembre 2026 et appelé les citoyens à ne pas participer au scrutin. Dans un communiqué au ton très critique, l’organisation estime que les élections, dans leur configuration actuelle, ne permettent ni une véritable alternance politique ni l’émergence d’institutions élues disposant, selon elle, d’un pouvoir de décision effectif.
À moins de deux semaines des élections législatives, Al Adl Wal Ihsane (Justice et Bienfaisance) a officiellement choisi le boycott. Le mouvement a annoncé mercredi qu’il ne participerait pas au scrutin du 23 septembre et a invité les électeurs marocains à adopter la même position.
Dans son communiqué, l’organisation justifie cette décision par une critique globale du fonctionnement du système politique marocain. Elle considère que plusieurs décennies d’élections n’ont pas permis, selon elle, de conduire le pays vers le niveau de « démocratie, de liberté et de justice » auquel elle aspire.
Al Adl Wal Ihsane affirme également que le processus électoral contribue à reproduire ce qu’elle qualifie d’« autoritarisme » et de « corruption ». Le mouvement établit un lien entre cette situation et la progression de l’abstention ainsi que le désengagement d’une partie des Marocains vis-à-vis de la vie politique.
Une critique qui dépasse les seules élections
Pour Al Adl Wal Ihsane, le problème ne réside pas uniquement dans les modalités d’organisation du scrutin. Le mouvement remet en cause plus largement l’architecture institutionnelle et estime que les institutions issues des urnes ne disposent pas du pouvoir politique réel nécessaire à l’exercice de leurs responsabilités.
Il considère également que les élections ne débouchent pas sur une véritable alternance au pouvoir et dénonce ce qu’il présente comme des restrictions aux libertés publiques, l’absence de conditions garantissant une compétition politique pleinement libre et équitable ainsi que des poursuites visant des opposants et des militants.
Il s’agit ici de la lecture politique défendue par Al Adl Wal Ihsane dans son communiqué, et non d’un constat institutionnel établi. Cette distinction est importante dans une campagne électorale où participation, abstention et crédibilité des institutions constituent déjà des sujets majeurs du débat public.
Le mouvement appelle ainsi à l’ouverture d’un « nouvel horizon politique », fondé sur une volonté populaire libre et sur des institutions élues dotées de prérogatives effectives. Il estime qu’une réforme politique substantielle devrait aller au-delà d’un simple ajustement des mécanismes électoraux et toucher aux règles qui structurent le système dans son ensemble.
Le boycott comme choix politique
La décision d’Al Adl Wal Ihsane n’est pas anodine. Le mouvement, qui ne participe traditionnellement pas au jeu électoral institutionnel, dispose néanmoins d’une capacité de mobilisation sociale et militante qui lui confère une place particulière dans le paysage politique marocain.
Son appel intervient surtout dans un contexte où la participation sera elle-même l’un des principaux enjeux du scrutin du 23 septembre. Au-delà du rapport de forces entre partis et de la future composition de la Chambre des représentants, le niveau de mobilisation des électeurs donnera une indication importante sur la relation qu’entretiennent les citoyens avec les institutions représentatives.
Le choix du boycott pose cependant une autre question, rarement absente de ce débat : l’abstention peut exprimer un rejet politique, mais sa capacité à modifier concrètement le rapport de forces institutionnel reste discutée. À l’inverse, la participation ne suffit pas, à elle seule, à répondre aux critiques portant sur la confiance, la représentativité ou l’efficacité des institutions élues.
À treize jours du scrutin, la prise de position d’Al Adl Wal Ihsane ajoute ainsi une nouvelle dimension à la campagne : parallèlement à la compétition entre les formations qui briguent les 395 sièges de la Chambre des représentants, une autre bataille se joue autour d’une question plus fondamentale — combien de Marocains choisiront finalement de se rendre aux urnes ?