Face aux tensions commerciales, le secrétaire général de l’ONU invite les économies africaines à développer davantage leurs activités de transformation. L’enjeu dépasse l’attraction des investisseurs : il s’agit de conserver sur le continent une plus grande part des emplois, des compétences et des revenus.
Selon le compte rendu publié par Alyaoum24, António Guterres a souligné les atouts d’un marché africain évalué à 3 000 milliards de dollars, porté par ses ressources humaines, ses richesses naturelles et ses possibilités de développement dans les énergies renouvelables. Son message invite à passer d’une logique d’affaires réalisées en Afrique à des partenariats construits avec ses acteurs économiques.
Cette orientation rejoint celle affichée par les organisateurs du forum : conclure des transactions, lancer des véhicules d’investissement et développer les infrastructures permettant de conserver davantage de valeur sur le continent.
L’enjeu est industriel autant que commercial. Une économie qui exporte principalement des matières premières capte une part limitée des revenus associés aux produits finis. Développer leur transformation locale peut créer des emplois, faire émerger des fournisseurs et renforcer les compétences techniques. Encore faut-il disposer d’électricité fiable, de transports efficaces, de financements accessibles et de débouchés.
Les tensions commerciales internationales rendent cette transformation plus urgente, sans la rendre automatique. Elles peuvent ouvrir des possibilités de diversification des partenaires et de développement des échanges africains. Elles peuvent aussi renchérir les équipements importés et fragiliser les entreprises dépendantes de marchés extérieurs.
Dans cette perspective, la Zone de libre-échange continentale africaine constitue un levier potentiel : un marché plus intégré peut permettre aux producteurs de trouver des clients au-delà de leurs frontières nationales. Mais les accords doivent se traduire par une circulation plus fluide des marchandises et une réduction des obstacles pratiques rencontrés par les entreprises.
Le solaire, illustration d’un potentiel encore à convertir
L’énergie montre l’écart entre ressources disponibles et capacités productives. Dans son rapport Africa Energy Outlook 2022, l’Agence internationale de l’énergie estimait que l’Afrique concentrait 60 % des meilleures ressources solaires mondiales, mais seulement 1 % des capacités photovoltaïques installées à cette date. Cette formulation concerne les ressources les plus favorables à l’exploitation solaire, et non 60 % de l’énergie solaire produite dans le monde.
Déployer davantage d’installations renouvelables peut ainsi répondre à deux besoins : améliorer l’accès à l’électricité et fournir aux activités industrielles une énergie compétitive. Les retombées dépendent aussi de la place accordée aux entreprises locales dans la construction, la maintenance et les services associés.
António Guterres a également mis en avant les technologies numériques, la finance et les industries culturelles. Ces secteurs offrent d’autres voies de création de valeur, au-delà de l’exploitation des ressources naturelles.
Le secrétaire général de l’ONU a renouvelé son appel à réformer l’architecture financière internationale, à accroître les financements climatiques et à soutenir les jeunes et les femmes. Le défi sera de traduire ces orientations en projets viables et accessibles aux acteurs africains. La réussite se mesurera aux capacités de production développées et aux emplois créés, autant qu’aux montants d’investissement annoncés.