Ancienne maire d’Al Hoceïma, ex-députée et membre de la direction collégiale du Parti authenticité et modernité (PAM), Fatima Saadi a construit sa carrière entre engagement associatif, gestion municipale et responsabilités nationales. Au lendemain des législatives du 23 septembre 2026, son parcours illustre la place des femmes dans les instances dirigeantes des partis marocains, mais aussi les rapports complexes entre le PAM et le Rif.
Née en 1969 à Al Hoceïma, Fatima Saadi appartient à cette génération de responsables politiques dont l’engagement a d’abord pris forme dans le tissu associatif. Après des études de lettres arabes et de linguistique à Fès et à Oujda, puis un cursus supérieur à Rabat, elle s’investit dans l’action sociale au sein de sa ville natale.
En 1994, elle rejoint l’Association de solidarité et d’action sociale d’Al Hoceïma. Cette expérience lui permet de se familiariser avec les réalités sociales de la province et les difficultés rencontrées par ses habitants. Elle constitue également le point de départ d’un engagement qui la conduira progressivement vers la vie politique.
La première femme à la tête d’Al Hoceïma
En 2008, Fatima Saadi rejoint le Mouvement pour tous les démocrates, qui précède la création du Parti authenticité et modernité. Elle intègre rapidement les structures du PAM et participe à son implantation dans la région.
L’année suivante, elle est élue présidente du conseil communal d’Al Hoceïma. Elle devient ainsi la première femme à diriger cette ville du nord du Maroc, une responsabilité qu’elle exercera jusqu’en 2015.
Son mandat municipal est notamment marqué par des initiatives en faveur des coopératives, de la jeunesse et de l’intégration de l’approche genre dans la gestion des affaires locales. Cette expérience lui permet d’acquérir une connaissance directe des enjeux territoriaux d’une province confrontée à des difficultés économiques et sociales persistantes.
En 2015, elle est élue au conseil de la région Tanger-Tétouan-Al Hoceïma. Un an plus tard, elle accède à la Chambre des représentants sur la liste nationale réservée aux femmes. Au Parlement, elle siège notamment au sein de la commission de l’Éducation, de la Culture et de la Communication.
Parallèlement, elle poursuit son ascension au sein du PAM, où elle exerce plusieurs responsabilités, notamment celles de membre du bureau politique et de secrétaire générale adjointe.
Une place dans la direction collégiale du PAM
Le 19 octobre 2024 marque une nouvelle étape dans son parcours. Fatima Saadi est élue membre de la direction collégiale du PAM, en remplacement de Salaheddine Aboulghali, écarté de ses responsabilités à la suite d’une procédure disciplinaire interne qu’il a contestée devant la justice.
Elle rejoint ainsi Fatima-Zahra El Mansouri et Mehdi Bensaïd à la tête du parti. Avec deux femmes parmi ses trois dirigeants, le PAM présente alors une configuration encore peu courante dans le paysage partisan marocain.
Cette nomination permet également à une ancienne élue d’Al Hoceïma d’accéder à l’un des principaux centres de décision du parti, dans une région où les rapports entre les formations politiques nationales et la population ont été profondément marqués par les mobilisations sociales de ces dernières années.
Le Hirak du Rif, un dossier toujours sensible
Originaire d’Al Hoceïma et ancienne maire de la ville, Fatima Saadi entretient un rapport particulier avec les questions sociales et politiques du Rif.
En juillet 2026, elle exprime publiquement son souhait de voir s’ouvrir une nouvelle phase d’apaisement autour du dossier du Hirak, le mouvement de protestation né à Al Hoceïma en 2016. Elle évoque notamment la nécessité de dépasser les conséquences de l’incarcération de ses militants et de répondre aux revendications économiques et sociales de la région.
Elle affirme également que son parti a reconnu la légitimité des revendications sociales exprimées lors de ces mobilisations. Une position qui s’inscrit dans un débat toujours ouvert sur les réponses institutionnelles apportées au mouvement et sur les perspectives de développement de la province.
Pour Fatima Saadi, l’emploi des jeunes, l’accès à la formation et la création d’opportunités économiques figurent parmi les enjeux prioritaires d’Al Hoceïma.
Une ouverture sur l’Espagne et la culture amazighe
Le parcours de Fatima Saadi comporte également une dimension universitaire et culturelle. Elle a consacré une partie de ses études aux échanges interculturels entre le Maroc et l’Espagne et engagé des recherches sur l’influence arabe dans la civilisation andalouse.
Polyglotte, elle maîtrise notamment l’amazigh, l’arabe, le français et l’espagnol. Elle s’est également prononcée en faveur d’une plus grande présence de la langue amazighe dans le système éducatif marocain.
Cette double sensibilité, à la fois régionale et interculturelle, constitue un autre aspect de son profil politique, dans une région historiquement liée à l’Espagne et marquée par une forte identité amazighe.
Une nouvelle séquence politique après les législatives
À l’approche des élections législatives du 23 septembre 2026, Fatima Saadi participe activement à la campagne du PAM. Le 1er septembre, elle intervient au nom de la direction collégiale lors de la présentation du programme électoral du parti, en insistant sur la nécessité de restaurer la confiance des citoyens et de répondre aux défis économiques et sociaux du pays.
Au lendemain du scrutin, qui place le PAM en tête selon les résultats provisoires, elle prend également part à la communication de la direction du parti sur les résultats électoraux et les perspectives de la prochaine législature.
De l’engagement associatif dans sa ville natale à la mairie d’Al Hoceïma, du Parlement à la direction nationale du PAM, Fatima Saadi a progressivement élargi son champ de responsabilités. Son parcours réunit aujourd’hui trois dimensions de la vie politique marocaine : la représentation féminine, l’ancrage territorial et la participation à la direction d’un parti appelé à jouer un rôle central dans les discussions sur la formation du prochain gouvernement.