La rencontre prévue ce jeudi 1er octobre à Rabat entre Fatima Ezzahra El Mansouri et la direction du Parti de la justice et du développement n’aura pas lieu dans les conditions annoncées. Abdelilah Benkirane refuse de se rendre au siège du PAM et assure qu’aucun responsable du PJD ne représentera le parti au rendez-vous programmé à 17 heures. Derrière ce désaccord apparemment protocolaire sur le lieu de la rencontre se dessine aussi la relation politique particulière entre les deux formations, au moment où la cheffe du gouvernement désignée poursuit ses consultations.
Un rendez-vous inscrit à l’agenda des consultations gouvernementales s’est transformé, avant même d’avoir lieu, en premier accroc politique entre Fatima Ezzahra El Mansouri et Abdelilah Benkirane. Le secrétaire général du PJD a annoncé mercredi soir que ni lui ni aucun membre de la direction de son parti ne se rendrait ce jeudi au siège du Parti authenticité et modernité (PAM), à Rabat, pour rencontrer la cheffe du gouvernement désignée.
La rencontre figurait pourtant au programme communiqué pour cette deuxième journée de consultations. Après des entretiens prévus dans la matinée avec l’Union constitutionnelle puis le Mouvement démocratique et social, El Mansouri devait recevoir la direction du PJD à 17 heures au siège du PAM, avenue du 16-Novembre, dans le quartier d’Agdal.
Benkirane conteste cependant qu’un accord définitif ait été conclu sur les modalités de ce rendez-vous. Dans une vidéo diffusée mercredi soir, l’ancien chef du gouvernement a livré sa version des échanges ayant précédé la rencontre.
Un désaccord sur le lieu, plus que sur le principe du dialogue
Selon Benkirane, Fatima Ezzahra El Mansouri l’avait appelé pour lui faire part de son souhait de le rencontrer dans le cadre des consultations engagées après sa désignation. Le secrétaire général du PJD affirme avoir accueilli favorablement cette démarche et s’être déclaré disposé à la recevoir.
C’est le choix du lieu qui a ensuite provoqué le désaccord. El Mansouri lui aurait indiqué qu’elle recevait les dirigeants des partis politiques au siège de sa formation. Benkirane lui a répondu qu’il n’entendait pas se déplacer au siège du PAM et qu’il était prêt, en revanche, à l’accueillir chez lui.
Pour justifier sa position, l’ancien chef du gouvernement s’est référé à sa propre expérience. Lorsqu’il avait été chargé de former un gouvernement, a-t-il rappelé, il s’était lui-même déplacé pour rencontrer plusieurs anciens chefs de gouvernement et responsables politiques. À ses yeux, celui qui prend l’initiative d’une rencontre peut donc se déplacer auprès de son interlocuteur.
Les informations disponibles divergent légèrement sur l’existence d’un rendez-vous formellement arrêté entre les deux parties. Alors que le programme des consultations annonçait bien une rencontre avec le PJD ce jeudi à 17 heures, Benkirane affirme qu’aucun accord définitif n’avait été conclu sur le lieu et les modalités de l’entretien.
Le poids d’une longue rivalité PAM-PJD
L’incident prend une dimension particulière en raison de l’histoire des relations entre le PAM et le PJD. Pendant des années, les deux formations ont incarné deux pôles antagonistes de la scène politique marocaine, avec des affrontements particulièrement marqués lorsque Benkirane dirigeait le gouvernement.
Le refus du secrétaire général du PJD de se rendre au siège du PAM peut ainsi difficilement être réduit à une simple question logistique. Il intervient au moment où El Mansouri conduit ses premières consultations en tant que cheffe du gouvernement désignée tout en étant issue du parti arrivé en tête des élections.
Benkirane a toutefois pris soin de ne pas fermer la porte au dialogue. Il s’est dit disposé à rencontrer El Mansouri ultérieurement et a présenté son désaccord comme portant sur les conditions de la rencontre plutôt que sur son principe.
Le PJD a déjà choisi l’opposition
Une autre donnée réduit la portée du rendez-vous dans les négociations pour constituer la future majorité : le PJD a déjà décidé de rester dans l’opposition. Benkirane a de nouveau présenté ce choix comme acquis, ce qui signifie que la rencontre avec El Mansouri ne devait pas constituer une négociation sur une éventuelle participation de son parti au prochain gouvernement.
L’entretien aurait donc revêtu avant tout une dimension de dialogue politique dans le cadre des consultations menées avec les différentes formations représentées sur la scène nationale.
Ce jeudi, El Mansouri doit poursuivre ses rencontres avec les partis. Mais à 17 heures, le fauteuil réservé au PJD au siège du PAM devrait rester vide si aucun nouvel arrangement n’intervient d’ici là.
Ce premier incident ne signifie pas une rupture entre les deux formations. Il révèle néanmoins que, dès les premiers jours de la formation du nouvel exécutif, le protocole peut lui aussi devenir politique.