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Tennessee : Christa Pike survit aux deux doses prévues pour son exécution

01 octobre 2026 - 08:33

Ce qui devait être la première exécution d’une femme au Tennessee depuis plus de deux siècles s’est achevé par une situation sans précédent. Christa Gail Pike, 50 ans, était toujours en vie après l’administration des deux doses de pentobarbital prévues par le protocole. Évacuée en ambulance vers un hôpital, elle a survécu à la procédure, tandis que le gouverneur Bill Lee suspendait les exécutions restantes de 2026 et ordonnait une enquête indépendante.

Le Tennessee devait entrer dans l’histoire mercredi en exécutant une femme pour la première fois depuis plus de 200 ans. Il y est entré d’une tout autre manière. Christa Gail Pike a survécu à son exécution par injection létale après avoir reçu les deux doses prévues par le protocole de l’État, avant d’être transportée depuis la prison de haute sécurité de Riverbend, à Nashville, vers un établissement médical.

Le Département correctionnel du Tennessee affirme que toutes les étapes du protocole légal ont été respectées. Mais un scénario que celui-ci ne semblait pas avoir prévu s’est alors produit : après la deuxième administration du produit, Pike était toujours en vie.

Le gouverneur Bill Lee a ordonné une enquête indépendante et suspendu l’exécution qui restait programmée cette année dans l’État.

Toujours en vie après la deuxième dose

L’exécution avait déjà connu un parcours judiciaire chaotique. Prévue initialement dans la matinée, elle avait été suspendue environ une heure avant l’heure fixée par une cour fédérale d’appel souhaitant examiner un recours de la défense.

Quelques heures plus tard, la Cour suprême des États-Unis a levé ce sursis et autorisé le Tennessee à procéder à l’exécution.

Lorsque les rideaux de la chambre d’exécution se sont ouverts à 19 h 27, les journalistes choisis comme témoins ont découvert Pike attachée à une civière. Encore consciente, elle a prononcé ce qui devait être ses dernières paroles, affirmant être en paix. Elle a ensuite relevé la tête et demandé aux responsables pénitentiaires si la sensation qu’elle éprouvait dans un bras était normale.

La procédure s’est poursuivie.

Les témoins ont décrit une respiration bruyante, des halètements puis des ronflements. À 20 h 26, la deuxième dose de pentobarbital avait été administrée. Pike respirait pourtant toujours.

Les journalistes ont continué à entendre ses ronflements derrière le rideau fermé jusqu’à 20 h 53, lorsque le microphone a été coupé et qu’ils ont été invités à quitter les lieux.

Pendant ce temps, les avocats de Pike ont déposé plusieurs recours d’urgence, estimant que la poursuite de la procédure pouvait constituer un traitement cruel et inhabituel au regard de la Constitution américaine.

Une ambulance est finalement arrivée à Riverbend. Christa Pike a quitté la prison vivante.

Quand le protocole arrive au bout de ses propres règles

Le Tennessee utilise désormais un protocole reposant sur le pentobarbital. Si le détenu est toujours vivant après la première administration, une seconde série de seringues peut être utilisée.

Le cas Pike soulève une difficulté que le protocole ne semble pas résoudre : que faire lorsque la personne est encore en vie après cette deuxième administration ?

Les autorités pénitentiaires affirment avoir effectué toutes les opérations autorisées. Le Département correctionnel assure que le produit utilisé avait jusqu’ici démontré son efficacité et souligne qu’aucune intervention supplémentaire n’est prévue une fois les différentes étapes du protocole achevées.

Des spécialistes de la peine capitale ont décrit la situation comme exceptionnelle. Les États-Unis ont déjà connu des exécutions interrompues après l’échec de la pose d’une voie intraveineuse. La particularité de l’affaire Pike tient au fait qu’elle a survécu après l’administration, selon ses avocats, des deux doses prévues.

Il s’agit par ailleurs du deuxième échec d’une exécution au Tennessee cette année. En mai, celle de Tony Carruthers avait dû être abandonnée après l’impossibilité d’établir correctement une voie intraveineuse.

Condamnée pour un meurtre commis à 18 ans

Christa Pike a été condamnée à mort pour le meurtre de Colleen Slemmer, 19 ans, commis à Knoxville en janvier 1995. Les deux jeunes femmes fréquentaient alors le même centre de formation professionnelle.

Pike avait 18 ans au moment des faits. Avec son petit ami Tadaryl Shipp, alors âgé de 17 ans, et une troisième personne, elle avait attiré Slemmer dans une zone boisée, où la jeune femme avait été battue et tuée. L’extrême violence du crime et certains éléments alors associés au satanisme avaient donné à l’affaire un retentissement national.

Pike a été la seule condamnée à mort. Shipp a été condamné à la prison à vie avec possibilité de libération conditionnelle.

À l’approche de l’exécution, ses avocats avaient demandé la commutation de sa peine en invoquant notamment son très jeune âge au moment du crime, les graves violences subies durant son enfance et les troubles psychiatriques diagnostiqués ultérieurement. Pike n’a jamais nié sa responsabilité dans le meurtre.

La mère de Colleen Slemmer avait, de son côté, publiquement soutenu l’exécution et s’était rendue à Nashville pour y assister après trois décennies d’attente.

Une première depuis 1820 qui n’a finalement pas eu lieu

Le Tennessee n’avait plus exécuté de femme depuis 1820. Christa Pike aurait donc été la première en plus de deux siècles.

À l’échelle des États-Unis, les exécutions de femmes restent extrêmement rares. Depuis le rétablissement de la peine capitale en 1976, seules 18 femmes avaient été exécutées avant la tentative de mercredi, soit environ 1 % du total.

Mais l’affaire dépasse désormais cette dimension historique. L’État avait obtenu le feu vert de la justice, engagé la procédure, administré les deux doses prévues par son propre protocole et pourtant Christa Pike a finalement quitté Riverbend en ambulance.

L’enquête indépendante ordonnée par le gouverneur devra déterminer pourquoi l’exécution a échoué et ce qui s’est précisément produit dans la chambre de Riverbend.

Une autre question se profile déjà derrière l’enquête technique : après avoir tenté d’exécuter une condamnée jusqu’à épuiser les étapes prévues par son protocole, le Tennessee peut-il légalement essayer une nouvelle fois ?

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