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Criminalité : le Maroc mise sur la « Déclaration d’Abou Dhabi » pour renforcer la coopération judiciaire internationale

02 octobre 2026 - 03:37

Le Maroc a salué l’adoption de la « Déclaration d’Abou Dhabi », principal résultat politique du 15e Congrès des Nations Unies pour la prévention du crime et la justice pénale. Rabat y voit une feuille de route pour les cinq prochaines années, à l’heure où la criminalité organisée, les réseaux transnationaux, le numérique et l’intelligence artificielle imposent aux systèmes judiciaires de nouvelles formes de coopération. Pour la délégation marocaine, l’enjeu est désormais de transformer les engagements internationaux en résultats concrets pour les citoyens.

Le Maroc veut inscrire sa politique de prévention du crime et de modernisation de la justice dans la dynamique ouverte par la « Déclaration d’Abou Dhabi ». Adopté lors du 15e Congrès des Nations Unies pour la prévention du crime et la justice pénale, le texte doit servir de cadre de référence à la coopération internationale en matière de prévention, de justice pénale et d’État de droit au cours des cinq prochaines années.

Lors de la séance de clôture du Congrès, Ahmed Ouali Alami, secrétaire général de la Présidence du Ministère public, a présenté la Déclaration comme une « boussole » permettant à la communauté internationale d’adapter ses réponses aux formes nouvelles et évolutives de criminalité.

Composée de 18 articles et de 67 paragraphes, la Déclaration fixe un cadre commun destiné à rapprocher les politiques nationales autour d’une conviction : face à des phénomènes criminels qui franchissent de plus en plus facilement les frontières, l’efficacité de la réponse judiciaire dépend aussi de la capacité des États à coopérer.

Du crime organisé aux défis du numérique

Les discussions d’Abou Dhabi ont largement dépassé les formes classiques de criminalité. Criminalité organisée, corruption, cybercriminalité, infractions financières et environnementales, protection des victimes, réhabilitation et réinsertion ont côtoyé des sujets directement liés à la transformation technologique de la justice.

La numérisation, la collecte et l’analyse des données ainsi que l’utilisation de l’intelligence artificielle occupent désormais une place croissante dans cette réflexion. Les États cherchent à exploiter les possibilités offertes par ces technologies sans affaiblir les garanties fondamentales entourant les procédures judiciaires.

C’est précisément sur cet équilibre que la délégation marocaine a insisté. La modernisation de la justice, selon l’approche défendue à Abou Dhabi, ne peut conduire à effacer sa dimension humaine. La technologie doit demeurer un instrument au service du justiciable et de l’État de droit, et non se substituer aux garanties sur lesquelles repose la justice.

Cette problématique devrait prendre une importance croissante avec le développement de systèmes capables d’automatiser l’analyse de données, d’accélérer certaines investigations ou d’assister les professionnels de la justice.

Le Maroc veut passer des engagements à l’application

Ahmed Ouali Alami a également mis en avant l’engagement national présenté par le Royaume lors du Congrès. Celui-ci s’inscrit dans la poursuite des réformes judiciaires et dans la volonté de traduire les engagements internationaux en programmes et mesures susceptibles d’être évalués.

La délégation marocaine a défendu une approche associant prévention, coopération internationale, dignité humaine, renforcement des institutions et solidarité entre États.

Le Maroc entend également poursuivre sa coopération avec l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime ainsi qu’avec les partenaires internationaux et régionaux, à la fois pour partager son expérience et pour intégrer les pratiques développées ailleurs.

Les rencontres bilatérales et multilatérales organisées en marge du Congrès ont notamment porté sur la justice pénale, la numérisation, la lutte contre la corruption et la criminalité organisée, le renforcement des capacités et la coopération judiciaire.

Une justice davantage centrée sur la victime

Un autre axe important des travaux concerne la place de l’être humain dans le système pénal. Les participants ont échangé sur la protection des victimes, les peines alternatives, la réhabilitation des condamnés et leur réinsertion sociale.

Cette évolution accompagne une conception de la politique pénale qui ne se limite plus à la répression. La prévention en amont, la protection de la victime et la réinsertion après la peine deviennent des composantes d’une même stratégie.

Pour le Maroc, cette orientation rejoint plusieurs chantiers engagés dans le domaine judiciaire, notamment le recours aux peines alternatives et la modernisation des procédures.

Mais l’ambition affichée à Abou Dhabi pose également la question de l’effectivité. L’adoption de normes internationales ou de stratégies nationales ne suffit pas : leur impact doit pouvoir être mesuré à travers l’expérience quotidienne du citoyen face aux institutions judiciaires.

Plus de 5 100 participants réunis à Abou Dhabi

Organisé pendant six jours, le Congrès a rassemblé plus de 5 100 participants, parmi lesquels plus de 40 ministres de la Justice. Des représentants d’États, d’organisations internationales, d’institutions spécialisées et de la société civile ont participé aux débats.

Plus de 170 événements et réunions parallèles ont été organisés, parallèlement à plusieurs plateformes d’exposition et au lancement de nouvelles initiatives consacrées notamment à la prévention du crime, à la justice centrée sur l’être humain, aux nouvelles technologies et aux différentes formes de criminalité transnationale.

L’ampleur de la rencontre traduit aussi la transformation du phénomène criminel. Cyberattaques, flux financiers illicites, réseaux criminels internationaux ou exploitation des technologies numériques rendent de plus en plus difficile une réponse strictement nationale.

Après la déclaration, l’épreuve de la mise en œuvre

C’est finalement sur ce terrain que le Maroc situe le principal défi de l’après-Abou Dhabi : passer des déclarations à leur application, de la coordination institutionnelle à une coopération judiciaire réellement opérationnelle et du partage des expériences au développement de capacités concrètes.

Pour la délégation marocaine, la réussite de cette feuille de route ne se mesurera donc pas seulement au nombre d’accords conclus ou de mécanismes créés. Elle devra également se traduire dans la sécurité des citoyens, la protection de leurs droits et leur confiance dans la justice.

La « Déclaration d’Abou Dhabi » fixe le cap pour cinq ans. Pour le Maroc comme pour les autres États signataires, la prochaine étape sera de démontrer que cette ambition internationale peut produire des effets tangibles dans les systèmes judiciaires nationaux.

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