Le Parti authenticité et modernité (PAM) a décidé de suspendre Mounir Limouri, maire de Tanger et secrétaire provincial du parti à Tanger-Assilah, de l’ensemble de ses structures. Une décision prise dans le sillage de l’enquête judiciaire ouverte sur les incidents ayant marqué le scrutin législatif du 23 septembre dans la circonscription de Tanger-Assilah.
La Commission nationale d’arbitrage et d’éthique du Parti authenticité et modernité a décidé, vendredi 2 octobre, de geler l’adhésion de Mounir Limouri à l’ensemble des instances du parti. Le responsable politique cumule les fonctions de président du Conseil communal de Tanger et de secrétaire provincial du PAM à Tanger-Assilah. La décision a été prise dans le cadre du dossier disciplinaire n° 2.26, après saisine de la commission par le bureau politique du parti.
Cette mesure intervient dans un contexte particulièrement sensible, quelques jours après les élections législatives du 23 septembre. L’affaire concerne des irrégularités présumées autour de bulletins de vote dans la circonscription de Tanger-Assilah et fait désormais l’objet d’une procédure judiciaire.
Le PAM prend toutefois soin de distinguer les deux niveaux de responsabilité. Sa commission d’éthique affirme que la procédure disciplinaire interne est indépendante de l’éventuelle responsabilité pénale de Limouri. Elle insiste parallèlement sur le respect de l’indépendance de la justice et de la présomption d’innocence, la responsabilité pénale ne pouvant être établie que par une décision judiciaire définitive.
Des bulletins retrouvés dans deux sacs
L’affaire a pris une nouvelle dimension au fil des investigations. Selon les éléments communiqués par le parquet, les enquêteurs ont exploité des enregistrements de vidéosurveillance relatifs à un appartement situé dans une unité hôtelière. Plusieurs suspects y auraient été présents alors que deux sacs contenant des bulletins de vote se trouvaient sur place.
Les investigations portent notamment sur les conditions dans lesquelles ces bulletins auraient été manipulés avant de se retrouver dans des bureaux de vote. Les autorités judiciaires cherchent ainsi à reconstituer la circulation des documents et à déterminer précisément le rôle éventuel des différentes personnes mises en cause.
L’enquête technique a également fait apparaître des communications téléphoniques entre certains suspects avant et pendant la journée électorale. D’autres personnes ont été interpellées au fur et à mesure de l’élargissement des investigations.
L’un des suspects aurait, selon les premiers éléments rapportés par le parquet, participé au marquage de bulletins sur le symbole d’un parti politique à la demande de son employeur. Ces éléments restent toutefois soumis à l’enquête et à l’appréciation de la justice.
Limouri placé en détention provisoire
L’affaire a franchi vendredi un nouveau seuil judiciaire. Plusieurs médias marocains rapportent que le juge d’instruction près la Cour d’appel de Tanger a décidé de poursuivre Mounir Limouri en détention provisoire dans le cadre de cette enquête.
La suspension prononcée par le PAM intervient donc alors que le dossier dépasse désormais largement le cadre d’un incident survenu dans un bureau de vote. Il touche directement l’une des principales figures politiques et institutionnelles de Tanger et place la direction du parti face à une affaire susceptible d’avoir des répercussions sur son organisation locale.
En choisissant de suspendre Limouri sans attendre l’issue définitive de la procédure judiciaire, tout en rappelant explicitement la présomption d’innocence, le PAM sépare sa gestion disciplinaire interne du travail de la justice. L’évolution du dossier dépend désormais des investigations judiciaires et des éléments qui seront retenus par l’instruction.