Le gouvernement de Fatima Ezzahra El Mansouri prévoit de percevoir 23,3 milliards de dirhams de recettes fiscales sur le tabac et les boissons alcoolisées en 2027, soit plus que les 19,97 milliards attendus des droits d’importation. Selon les chiffres du projet de loi de finances (PLF 2027), présenté vendredi 23 octobre au Parlement, ces produits devraient générer 3,33 milliards de dirhams de recettes supplémentaires par rapport aux droits d’importation.
Le tabac, le vin, les spiritueux et la bière occupent une place importante dans les prévisions fiscales du Maroc pour 2027. Les recettes attendues de leur taxation devraient atteindre 23,3 milliards de dirhams, contre 21,168 milliards inscrits dans la loi de finances 2026.
Cette progression de 2,132 milliards de dirhams, soit environ 10 %, illustre le poids croissant des taxes intérieures de consommation (TIC) appliquées à ces produits dans les ressources budgétaires de l’État.
La comparaison avec les droits d’importation est particulièrement révélatrice : les recettes fiscales attendues du tabac et des boissons alcoolisées dépasseraient de plus de 3,3 milliards de dirhams les 19,97 milliards prévus au titre des droits d’importation en 2027.
Cette différence concerne toutefois deux catégories précises de prélèvements et ne signifie pas que le tabac et l’alcool rapportent davantage que l’ensemble des recettes fiscales perçues par l’administration douanière.
Le tabac représente à lui seul 83 % des recettes attendues
Le tabac manufacturé constitue de loin la principale source de revenus de cet ensemble fiscal. Le gouvernement prévoit d’en tirer 19,32 milliards de dirhams en 2027, contre 17,717 milliards dans les prévisions budgétaires de 2026.
La hausse attendue dépasse ainsi 1,6 milliard de dirhams en un an.
À lui seul, le tabac représenterait près de 83 % des recettes fiscales prévues sur l’ensemble du tabac et des boissons alcoolisées.
Cette évolution s’inscrit dans une tendance haussière des prévisions de recettes liées au tabac. Celles-ci étaient estimées à 12,5 milliards de dirhams en 2024, puis à 13,7 milliards en 2025, avant d’atteindre 17,7 milliards en 2026.
Entre 2024 et 2027, leur progression dépasserait ainsi 6,8 milliards de dirhams.
Près de 4 milliards de dirhams attendus des boissons alcoolisées
Les boissons alcoolisées devraient, pour leur part, générer près de 4 milliards de dirhams de recettes fiscales en 2027.
Les revenus attendus des taxes sur les vins et les alcools passeraient de 1,487 milliard de dirhams en 2026 à 1,829 milliard en 2027, soit une hausse d’environ 23 %.
Concernant la bière, les recettes prévisionnelles atteindraient 2,15 milliards de dirhams, contre 1,963 milliard en 2026, ce qui représente une augmentation de 187 millions de dirhams.
Au total, les taxes sur les boissons alcoolisées devraient rapporter 3,979 milliards de dirhams au Trésor public.
Les recettes fiscales liées au tabac seraient ainsi près de cinq fois supérieures à celles provenant des boissons alcoolisées.
Vins, bières et spiritueux : une nouvelle structure de taxation
La progression des recettes attendues intervient dans un contexte de révision du régime fiscal applicable au tabac et aux boissons alcoolisées.
Le PLF 2027 propose notamment l’introduction d’une composante proportionnelle à la valeur du produit, dite ad valorem, accompagnée d’un minimum de perception.
Pour les bières concernées, le projet prévoit un taux de 30 %, assorti d’un minimum de perception de 1 705 dirhams par hectolitre.
Le même taux de 30 % serait appliqué aux vins, avec un minimum fixé à 1 265 dirhams par hectolitre.
Pour certaines catégories d’alcools et de spiritueux, la composante proportionnelle atteindrait 50 %, avec un minimum de perception de 33 150 dirhams par hectolitre d’alcool pur.
Cette réforme vise à accroître les ressources budgétaires de l’État tout en adaptant les mécanismes de taxation à la valeur des produits concernés.
Cigarettes : une augmentation fiscale programmée jusqu’en 2031
Le projet de loi de finances prévoit également une nouvelle trajectoire fiscale pour les cigarettes, avec des ajustements progressifs jusqu’en 2031.
Pour 2027, le dispositif prévoit une composante spécifique de 645 dirhams pour 1 000 cigarettes et une composante proportionnelle de 57,5 %, avec un minimum de perception fixé à 1 025 dirhams pour 1 000 cigarettes.
Ce minimum serait progressivement relevé à 1 097 dirhams en 2028, puis à 1 176 dirhams en 2029 et à 1 261 dirhams en 2030, avant d’atteindre 1 346 dirhams à partir de janvier 2031.
Cette programmation pluriannuelle permet d’anticiper l’évolution de la fiscalité du tabac, tout en inscrivant les hausses dans un calendrier progressif.
Des recettes importantes, mais encore prévisionnelles
La place occupée par le tabac et les boissons alcoolisées dans le budget soulève également la question de l’évolution de la fiscalité de consommation.
La progression des recettes attendues ne traduit pas nécessairement une augmentation équivalente des volumes consommés. Elle peut aussi résulter du relèvement des taux, de la modification des mécanismes de calcul ou de changements dans la structure des ventes.
Les chiffres présentés dans le PLF 2027 demeurent par ailleurs des prévisions budgétaires, et non des recettes effectivement encaissées.
Reste que les montants annoncés mettent en évidence le poids considérable de ces produits dans les ressources fiscales de l’État, au moment où le nouvel exécutif entend mobiliser davantage de recettes pour financer ses engagements budgétaires et ses politiques publiques.