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Sahara marocain: le projet américain peut-il rebattre les cartes des négociations et de la MINURSO ?

25 octobre 2026 - 11:48

L’autonomie sous souveraineté marocaine comme seule base de négociation, une transformation de la MINURSO et de nouvelles dispositions concernant les camps de Tindouf : le projet de résolution américain esquisse une évolution majeure du cadre onusien. Pour le chercheur Salem Abdel Fattah, le véritable enjeu sera de convertir cette nouvelle orientation diplomatique en processus politique viable, malgré les menaces de retrait du Polisario.

À quelques jours de l’expiration du mandat de la MINURSO, le 31 octobre, le projet de résolution présenté par les États-Unis au Conseil de sécurité ouvre la perspective d’une profonde réorganisation du dossier du Sahara. Au-delà du renouvellement de la mission onusienne, Washington propose de redéfinir le cadre des négociations, de transformer progressivement la présence des Nations unies sur le terrain et de revoir l’approche internationale de la situation humanitaire dans les camps de Tindouf.

Datée du 20 octobre, cette première version du texte fait de la proposition marocaine d’autonomie élargie et actualisée l’unique base des négociations. Elle présente également une véritable autonomie sous souveraineté marocaine comme la seule solution réalisable au différend.

Le Front Polisario a aussitôt contesté cette orientation, menaçant de se retirer du processus politique si le projet était adopté sans modifications substantielles.

Dans une analyse consacrée aux implications de cette initiative américaine, le chercheur et analyste politique Salem Abdel Fattah, spécialiste du dossier du Sahara, examine les conséquences possibles de ce changement de cap, aussi bien pour les négociations que pour l’avenir de la MINURSO et le rôle des acteurs régionaux.

Le Polisario peut-il réellement quitter les négociations ?

Pour Salem Abdel Fattah, la menace de retrait formulée par le Polisario constitue d’abord un moyen de pression sur les membres du Conseil de sécurité.

L’objectif serait d’obtenir une modification du projet avant son adoption, en contestant notamment la place centrale accordée à l’initiative marocaine d’autonomie.

Le chercheur estime que le passage d’une négociation portant sur plusieurs scénarios de règlement à une discussion fondée exclusivement sur l’autonomie réduirait sensiblement la marge de manœuvre du mouvement.

Le débat ne porterait plus principalement sur le choix entre différentes options politiques, mais sur les conditions, les compétences et les garanties d’un régime d’autonomie.

Une rupture effective n’est toutefois pas exclue, notamment si le Polisario considère que le texte définitif ne lui laisse pas suffisamment d’espace pour défendre ses positions.

Selon l’analyste, une telle décision ne modifierait pas automatiquement l’orientation du Conseil de sécurité. Elle pourrait, en revanche, réduire la capacité du mouvement à peser sur les modalités d’un éventuel règlement.

Cette lecture reste une appréciation politique. De son côté, le Polisario soutient que le projet américain prédétermine l’issue des négociations et compromet, selon lui, l’exercice du droit à l’autodétermination du peuple sahraoui.

Pour le Maroc, souligne Salem Abdel Fattah, l’enjeu principal ne serait donc pas le retrait du Polisario, mais la consolidation d’un cadre de négociation permettant d’aborder les modalités concrètes de l’autonomie.

Salem Abdel Fattah

L’autonomie marocaine passerait-elle du statut de référence à celui de cadre exclusif ?

C’est l’une des évolutions les plus importantes relevées par le chercheur.

La résolution 2797, adoptée le 31 octobre 2025, avait déjà consacré la proposition marocaine d’autonomie comme base des négociations, tout en maintenant l’objectif d’une solution politique juste, durable et mutuellement acceptable, permettant l’autodétermination de la population du Sahara occidental.

Le nouveau projet américain va plus loin dans sa formulation.

Il propose que l’initiative marocaine constitue la seule base des discussions et qualifie l’autonomie sous souveraineté marocaine de seule solution réalisable.

Pour Salem Abdel Fattah, cette différence n’est pas simplement terminologique. Elle pourrait modifier la structure même du processus politique.

Dans cette perspective, les discussions seraient appelées à porter davantage sur les institutions d’une éventuelle autonomie, la répartition des compétences, les garanties juridiques et les mécanismes de mise en œuvre.

Mais le chercheur insiste sur une réserve essentielle : la portée de cette évolution dépendra du texte finalement adopté par le Conseil de sécurité, et non de la seule version initiale proposée par Washington.

Les négociations entre les membres du Conseil peuvent encore conduire à modifier, atténuer ou supprimer certaines dispositions.

Vers la fin de la MINURSO dans sa forme actuelle ?

Le projet américain prévoit également une transformation substantielle du dispositif des Nations unies déployé au Sahara depuis 1991.

Selon les dispositions rendues publiques, la MINURSO verrait son mandat de maintien de la paix prendre fin le 30 avril 2027. Une mission politique spéciale lui succéderait à compter du 1er mai, dans le cadre d’une période transitoire.

Le texte envisage parallèlement de retirer la référence au référendum du nom de la mission et de réduire d’au moins 50 % ses effectifs en uniforme autorisés d’ici au 31 janvier 2027.

Pour Salem Abdel Fattah, ces changements traduiraient une redéfinition de la fonction de la présence onusienne.

La priorité passerait progressivement d’un dispositif historiquement associé au plan de règlement et à l’organisation d’un référendum à une structure davantage tournée vers l’accompagnement du processus politique.

Cette transition soulèverait néanmoins plusieurs difficultés pratiques.

La réduction des effectifs militaires pourrait notamment avoir des conséquences sur la surveillance du terrain, les mécanismes de liaison entre les parties et la prévention des incidents.

L’analyste souligne ainsi la nécessité de préserver les fonctions essentielles de stabilisation pendant toute éventuelle transformation de la mission.

Il ne s’agirait donc pas seulement de modifier le nom ou le statut de la MINURSO, mais de déterminer comment les Nations unies continueraient à exercer leurs responsabilités sur le terrain.

Camps de Tindouf : une nouvelle approche de la question humanitaire ?

Le projet américain introduit aussi une dimension humanitaire importante concernant les populations des camps de Tindouf, situés en Algérie.

Il prévoit notamment de renforcer la recherche de solutions individuelles, volontaires et durables, tout en accordant une place à l’enregistrement des réfugiés par le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR).

Pour Salem Abdel Fattah, cette orientation témoigne d’une volonté de dépasser la seule gestion des besoins humanitaires immédiats.

L’approche proposée consisterait à examiner davantage les perspectives à long terme des personnes concernées, en tenant compte de leurs droits et de leurs choix individuels.

Le retour volontaire, la réintégration et le regroupement familial figurent parmi les possibilités évoquées par le chercheur, selon les situations personnelles et les garanties disponibles.

Il insiste cependant sur le caractère volontaire de ces démarches : aucune solution durable ne saurait justifier un retour imposé aux populations concernées.

Sur le plan politique, cette évolution pourrait modifier la place du dossier humanitaire dans les discussions impliquant le Polisario et l’Algérie.

Elle ne signifierait toutefois ni la suppression automatique de l’aide internationale ni l’imposition d’une solution unique aux réfugiés. Les obligations concrètes dépendraient des dispositions finalement retenues et des règles internationales applicables.

Quel rôle pour l’Algérie en cas de blocage ?

L’hypothèse d’un retrait du Polisario pose une autre question : le processus politique pourrait-il se poursuivre sans sa participation ?

Pour Salem Abdel Fattah, une telle décision ne provoquerait pas automatiquement l’arrêt de l’action des Nations unies.

Le Conseil de sécurité conserverait la responsabilité de définir le mandat de la mission et le cadre des efforts diplomatiques, tandis que le secrétaire général et son envoyé personnel pourraient poursuivre les consultations.

Mais l’absence de l’un des principaux acteurs du différend compliquerait nécessairement la recherche d’un accord négocié.

Les États-Unis, à l’origine du projet, devraient alors concilier leur volonté de maintenir l’autonomie au centre du processus avec la nécessité de réunir un soutien suffisant au sein du Conseil de sécurité.

Le chercheur insiste également sur le rôle de l’Algérie, compte tenu de ses relations avec le Polisario, de l’accueil des camps de Tindouf sur son territoire et de sa place dans les discussions diplomatiques.

Selon lui, une implication effective des acteurs régionaux serait indispensable pour éviter qu’une évolution du cadre onusien ne débouche sur une nouvelle impasse.

Le véritable test : passer d’une orientation diplomatique à un règlement négocié

Pour Salem Abdel Fattah, le projet américain pourrait constituer une nouvelle étape dans l’évolution de l’approche internationale du dossier du Sahara.

Après la résolution 2797 de 2025, qui avait déjà placé l’initiative marocaine d’autonomie au cœur des négociations, Washington cherche désormais à renforcer cette orientation et à lui donner des conséquences institutionnelles sur la présence des Nations unies.

Mais plusieurs interrogations demeurent.

Le Conseil de sécurité conservera-t-il les formulations les plus affirmées du projet ? Quelle architecture remplacera éventuellement la MINURSO dans sa configuration actuelle ? Comment seront garanties la stabilité sur le terrain, la participation des acteurs concernés et les droits des populations ?

Surtout, le cadre proposé permettra-t-il de parvenir à un accord politique durable ?

L’analyse de Salem Abdel Fattah conduit à distinguer deux étapes : la consolidation d’une référence diplomatique favorable à l’initiative marocaine et la négociation effective des modalités d’un règlement.

La première pourrait progresser avec la prochaine résolution. La seconde dépendra des discussions, des garanties retenues et de l’engagement des parties.

À l’approche du vote attendu au Conseil de sécurité, l’enjeu dépasse donc le seul avenir de la MINURSO : il concerne la capacité de l’ONU à transformer une évolution du cadre des négociations en perspective de règlement politique.

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