Le ministère du Transport prépare une nouvelle cartographie des besoins en transport mixte dans les provinces marocaines. Objectif : mieux desservir les zones rurales et montagneuses, tout en simplifiant les procédures administratives. Reste à traduire ces mesures en une amélioration concrète de la mobilité des habitants.
Rabat, 28 octobre 2026. Dans de nombreuses régions rurales du Maroc, se déplacer demeure une difficulté quotidienne. Rejoindre un centre de santé, se rendre au marché hebdomadaire, accéder à une administration ou poursuivre des études peut nécessiter de longs trajets, souvent tributaires d’une offre de transport limitée.
C’est à cette réalité que le ministère du Transport et de la Logistique entend répondre à travers une étude destinée à identifier, province par province, les besoins en transport mixte dans le monde rural.
Le ministre Abdessamad Kayouh en a présenté les grandes lignes mardi 27 octobre, lors de la séance des questions orales à la Chambre des conseillers, en réponse à une question du groupe du Rassemblement national des indépendants (RNI).
Selon le ministre, cette étude, réalisée en coordination avec les différents départements et acteurs concernés, doit permettre d’adapter les services de transport aux caractéristiques de chaque territoire. Ses résultats devraient être rendus publics prochainement, sans qu’une date précise ait été annoncée.
Une offre de transport adaptée aux réalités locales
Le transport mixte, qui permet de répondre à différents besoins de déplacement dans les territoires insuffisamment desservis, occupe une place particulière dans l’organisation de la mobilité rurale.
Dans certaines provinces, il constitue un lien essentiel entre les douars, les communes rurales et les centres urbains les plus proches.
Mais les besoins ne sont pas identiques d’une région à l’autre. Les distances, le relief, l’état des routes, la dispersion de l’habitat et la fréquence des déplacements varient considérablement entre les plaines agricoles, les zones montagneuses et les territoires enclavés.
L’étude annoncée par le ministère devra précisément tenir compte de ces différences.
Abdessamad Kayouh a expliqué que l’analyse reposera notamment sur les données relatives aux déplacements au sein des bassins de mobilité, afin de déterminer les besoins de chaque province.
L’enjeu consiste à éviter une répartition uniforme des autorisations, qui ne correspondrait pas nécessairement à la demande réelle des populations.
Plus de 2 000 autorisations accordées en deux ans
Le ministre a également présenté un bilan des autorisations de transport mixte délivrées au cours des deux dernières années.
Selon ses déclarations, plus de 2 000 autorisations ont été accordées durant cette période.
Ce chiffre témoigne d’une volonté d’élargir l’offre, mais ne renseigne pas à lui seul sur la répartition territoriale des services ni sur leur fréquence effective.
L’amélioration de la mobilité rurale dépend en effet non seulement du nombre d’autorisations, mais aussi de leur implantation géographique, de la régularité des dessertes et de leur accessibilité financière pour les usagers.
La future étude pourrait contribuer à mieux apprécier ces besoins, à condition que ses conclusions se traduisent par des mesures opérationnelles.
Des procédures administratives réduites à quinze jours
L’une des annonces les plus concrètes concerne la simplification des démarches administratives.
D’après Abdessamad Kayouh, les délais de traitement des demandes d’autorisation, qui pouvaient auparavant varier de six mois à un an, ont été ramenés à un maximum de quinze jours.
Cette réduction s’explique par une modification du circuit administratif.
Auparavant, les dossiers devaient être transmis aux services centraux du ministère à Rabat, ce qui allongeait considérablement les délais.
Le nouveau dispositif accélère le traitement des demandes examinées par les commissions provinciales présidées par les gouverneurs, en limitant les étapes administratives centralisées.
Le ministre a précisé que cette procédure est déjà entrée en vigueur.
Il s’agit donc, selon les informations communiquées par le département, d’une réforme administrative appliquée, et non d’une simple mesure envisagée.
La décentralisation au cœur de la réforme
Au-delà du transport rural, cette évolution s’inscrit dans une orientation plus générale : rapprocher les décisions administratives des territoires concernés.
Le ministère souhaite renforcer le rôle des provinces et des régions dans l’identification des besoins et le traitement des dossiers.
Abdessamad Kayouh a notamment mis en avant la connaissance du terrain dont disposent les gouverneurs, les walis et les représentants territoriaux de son département.
Cette approche repose sur un constat : les administrations locales sont souvent mieux placées pour apprécier les besoins spécifiques des habitants, notamment dans les régions où l’offre de transport est dispersée ou insuffisante.
La décentralisation des procédures pourrait ainsi favoriser une meilleure réactivité administrative.
Elle devra néanmoins s’accompagner de critères transparents d’attribution des autorisations et d’un suivi de leur mise en œuvre, afin que la simplification profite effectivement aux territoires les moins desservis.
Le désenclavement rural, un enjeu de développement
La question du transport ne se limite pas à la circulation des véhicules. Elle touche directement à l’accès aux services publics, à l’emploi et aux opportunités économiques.
Dans les zones montagneuses, les difficultés de déplacement peuvent accentuer les inégalités entre les habitants des centres urbains et ceux des communes éloignées.
Pour les familles rurales, disposer d’un transport régulier peut faciliter l’accès aux soins, aux établissements d’enseignement et aux marchés locaux.
Pour les petits producteurs et commerçants, une meilleure connexion avec les centres économiques peut également contribuer à réduire certaines contraintes logistiques.
Le développement du transport mixte s’inscrit donc dans une problématique plus large d’aménagement du territoire et de réduction des disparités territoriales.
Il ne saurait toutefois répondre à lui seul à l’ensemble des difficultés de mobilité, qui dépendent également de la qualité des infrastructures routières et de l’organisation des autres modes de transport.
De l’annonce administrative à l’amélioration du service
Le ministre a réaffirmé l’engagement de son département à poursuivre cette politique durant l’actuelle législature.
Deux évolutions sont désormais à suivre : la publication des résultats de l’étude provinciale et l’application effective du délai maximal de quinze jours pour le traitement des demandes.
Ces éléments permettront de mesurer la portée des annonces gouvernementales.
Car, pour les habitants des territoires ruraux, la réussite de cette réforme ne se jugera pas uniquement au nombre d’autorisations délivrées ou à la rapidité des procédures, mais à la disponibilité réelle de moyens de transport adaptés à leurs besoins.
L’enjeu est de faire du désenclavement une réalité quotidienne, au-delà des engagements administratifs.