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Le chef des droits de l’homme de l’ONU accuse Israël de provoquer la famine à Gaza

22 août 2025 - 11:22

Volker Türk, haut-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, a tenu Israël pour directement responsable de la famine désormais déclarée dans la bande de Gaza. En qualifiant la faim d’« arme de guerre », il a replacé le conflit sur le terrain du droit international humanitaire et mis la communauté internationale face à un dilemme d’action et de crédibilité.

À Genève, Türk a affirmé sans détour : « La famine déclarée dans la gouvernorat de Gaza est le résultat direct des mesures adoptées par le gouvernement israélien ». Selon lui, les restrictions illégales imposées à l’entrée et à la distribution de l’aide humanitaire constituent un crime de guerre, aggravé par ses conséquences immédiates : la mort de civils par inanition.

L’accusation est d’une gravité exceptionnelle. Qualifier de « meurtre intentionnel » les décès liés à la faim imposée place la stratégie israélienne dans le champ juridique le plus sensible, celui des crimes de guerre. La famine, comprise comme l’aboutissement planifié d’un siège, représente un seuil d’atrocité rarement reconnu avec autant de clarté par une instance multilatérale.

Le contexte est implacable : depuis des mois, Gaza vit sous un blocus quasi total. Accès à l’eau, à la nourriture, aux médicaments : tout est limité. Les ONG dénoncent l’impossibilité d’acheminer l’aide, tandis que les images d’enfants émaciés circulent sur les réseaux sociaux. Pour Türk, ces images ne sont plus seulement des symboles, mais des preuves potentielles.

Tel-Aviv rejette ces accusations, invoquant sa lutte contre le Hamas. Mais l’ONU souligne une responsabilité directe de l’État israélien en tant que puissance occupante, estimant qu’il a transformé le contrôle des approvisionnements en arme militaire. Le débat se déplace ainsi du terrain sécuritaire au terrain moral et juridique, où les marges de justification s’amenuisent.

Cette dénonciation met aussi la communauté internationale face à ses contradictions. Rester passif devant une famine officiellement reconnue par l’ONU mine la crédibilité du système multilatéral. Si la faim est bien un crime de guerre, les puissances qui se réclament du droit international se retrouvent obligées d’agir, et pas seulement de publier des communiqués. L’Europe, partagée entre son alliance stratégique avec Israël et ses engagements en matière de droits humains, se trouve dans une impasse. Les États-Unis, principal allié de Tel-Aviv, devront répondre à une accusation qui place leur partenaire au rang de potentiel criminel de guerre.

L’usage de la faim comme arme de guerre renvoie aux pages les plus sombres de l’histoire. Qu’une telle accusation soit formulée aujourd’hui, au XXIᵉ siècle, par la voix la plus haute en matière de droits de l’homme aux Nations unies, illustre jusqu’où Gaza est devenue un laboratoire d’impunité. La vraie question est désormais de savoir si la communauté internationale acceptera que la famine soit normalisée comme tactique militaire, ou si ce sera enfin le moment où la rhétorique des droits humains se traduira en action concrète.

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