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Allaiter, un acte politique : l’OMS redéfinit la santé publique mondiale

04 août 2025 - 11:02

En misant sur l’allaitement maternel comme levier stratégique de santé publique, l’OMS ne prône pas une habitude individuelle, mais une refonte des priorités sociales et économiques à l’échelle mondiale.

Chaque premier août, la Semaine mondiale de l’allaitement refait surface dans le calendrier symbolique. Mais cette année, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en fait bien plus qu’un simple rappel pédagogique. Dans un manifeste aux accents politiques assumés, l’institution appelle les États à inscrire l’allaitement dans leurs stratégies sanitaires nationales, à interdire le marketing des substituts au lait maternel et à investir massivement dans un accompagnement institutionnel et humain des mères.

Derrière ce plaidoyer, une conviction : promouvoir l’allaitement exclusif pendant les six premiers mois de vie revient à investir dans l’avenir cognitif, immunitaire et économique des sociétés. L’allaitement n’est donc plus présenté comme un choix personnel éclairé, mais comme un pilier de santé publique, au même titre que les politiques de vaccination ou la prévention du diabète.

L’OMS ne s’y trompe pas : l’industrialisation galopante du marché des laits infantiles, appuyée par des campagnes marketing invasives, a transformé une pratique ancestrale en un marché lucratif. En réaction, l’organisation appelle à restreindre strictement toute forme de publicité ou d’incitation à utiliser des substituts, et insiste sur la nécessité de surveiller les programmes en place de manière continue.

Mais ce changement de paradigme ne peut reposer sur les seules épaules des mères. Pour créer un environnement réellement propice à l’allaitement, il faut agir sur les leviers systémiques : congés maternité élargis, soutiens paternels, personnel médical formé dès la grossesse, infrastructures de santé favorables. C’est à ce prix que l’allaitement cessera d’être un privilège ou un fardeau et deviendra un droit soutenu par l’État.

Depuis 2013, la part des nourrissons allaités exclusivement jusqu’à six mois a progressé de 10 % dans le monde. Dans certains pays, les gains atteignent 20 %. Ces avancées confirment qu’un changement culturel est en cours, mais l’OMS prévient : sans volonté politique ferme, ces efforts pourraient s’essouffler.

Allaiter, c’est nourrir. Mais c’est aussi transmettre une protection immunitaire irremplaçable, réduire les infections respiratoires, limiter les cas de diarrhée, et parfois même sauver des vies. Derrière chaque goutte de lait maternel, il y a une économie invisible de soins évités, de développement psychomoteur renforcé, de liens familiaux consolidés.

En plaçant la question dans un cadre de justice sociale et de développement durable, l’OMS rappelle que la nutrition des enfants ne peut dépendre d’une logique de marché. Allaiter devient alors un geste éminemment politique, qui interroge la manière dont une société protège ses plus vulnérables, à commencer par ses nourrissons.

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