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Le droit international entre la norme juridique et la logique de la puissance : pourquoi son enseignement demeure indispensable

06 janvier 2026 - 13:54

                                                                 Dr. Said Saddiki 

Alors que certaines pratiques récentes en relations internationales relancent le débat sur la fragilité du multilatéralisme et la primauté du rapport de force, Dr. Said Saddiki, professeur de relations internationales et de droit international à l’Université Sidi Mohamed Ben Abdellah (USMBA) de Fès, s’interroge sur le sens et la pertinence de l’enseignement du droit international à l’université. À rebours d’une lecture naïve ou idéaliste des normes juridiques, il rappelle que la valeur du droit ne réside pas dans une application parfaite — qui n’a jamais existé — mais dans sa capacité à fournir des outils critiques permettant de comprendre les règles, leurs limites et les déséquilibres de pouvoir qui structurent l’ordre international contemporain.

Certaines pratiques observées dans les relations internationales contemporaines, telles que l’arrestation d’un chef d’État souverain en dehors des cadres reconnus par le droit international, comme ce fut le cas du président vénézuélien Nicolás Maduro par l’actuelle administration américaine, mettent en lumière la contradiction structurelle qui traverse l’ordre international. Elles révèlent la tension permanente entre les normes juridiques internationales et la logique de la puissance qui continue de régir, dans une large mesure, le fonctionnement du système international.

Cette réalité ne saurait toutefois conduire à considérer le droit international comme dépourvu de valeur, ni à conclure que son enseignement universitaire aurait perdu toute pertinence. Elle souligne plutôt le caractère sélectif de son application et les limites objectives de son efficacité dans un contexte marqué par de profonds déséquilibres de pouvoir. Dès lors, la violation répétée, voire flagrante, des règles juridiques internationales ne peut constituer un argument sérieux en faveur d’une remise en cause de leur valeur scientifique et pédagogique. À suivre ce raisonnement, il faudrait également douter de la pertinence de l’enseignement du droit pénal, du droit commercial, du droit civil, du code de la route, des législations anticorruption, du droit de la famille et du statut personnel, ou encore du droit électoral, autant de domaines où les infractions sont quotidiennes, souvent commises par des acteurs puissants ou dans des contextes de faible effectivité du droit.

La valeur fondamentale de l’enseignement du droit, y compris du droit international, réside ailleurs. Elle tient à sa capacité à fournir aux étudiants les outils conceptuels nécessaires pour comprendre le cadre normatif qui structure les relations internationales, mais aussi pour analyser l’écart entre la norme juridique et la pratique effective. Elle permet de développer une conscience critique des rapports de force internationaux et des limites réelles du droit dans le monde contemporain, sans céder à l’illusion d’une application idéale qui n’a jamais existé, ni hier ni aujourd’hui.

Ce texte constitue un extrait d’une de mes interventions pédagogiques destinées aux étudiants de licence en droit international public.

Caractéristiques du droit international

Le droit international se distingue des systèmes juridiques nationaux par un certain nombre de traits structurels spécifiques.
Il s’agit d’un ordre juridique horizontal et non centralisé.
Il n’existe pas de hiérarchie institutionnelle des pouvoirs en droit international : les États y sont juridiquement égaux et souverains.
Le droit international ne dispose ni d’une autorité supérieure centralisée ni d’un mécanisme d’exécution pleinement effectif.
En cas de violation de leurs droits, les États recourent principalement à des mécanismes d’auto-assistance.
Les sanctions prévues par le droit international sont généralement moins contraignantes que celles prévues par les ordres juridiques internes.
Cela ne signifie pas que le droit international soit intrinsèquement moins ou plus efficace que le droit national, mais qu’il obéit à une logique de fonctionnement distincte.

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