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Gouvernance en Afrique : le Maroc intègre le Top 10, sur fond de recul des libertés sur le continent

31 octobre 2026 - 09:45

Le dernier Indice Ibrahim de la gouvernance en Afrique révèle une évolution contrastée : le continent progresse dans les infrastructures et le développement humain, mais recule sur le terrain des droits et de la participation démocratique. Dans ce paysage contrasté, le Maroc se hisse pour la première fois parmi les dix pays africains les mieux classés.

L’Afrique gouverne-t-elle mieux qu’il y a dix ans ? La réponse apportée par le nouvel Indice Ibrahim de la gouvernance en Afrique (IIAG), publié samedi 31 octobre, est nuancée. Si la performance globale du continent s’est légèrement améliorée entre 2016 et 2025, cette progression masque de profondes disparités entre les pays et, surtout, entre les différentes dimensions de la gouvernance.

Selon la Fondation Mo Ibrahim, qui évalue 54 pays africains, la note moyenne du continent est passée de 49,3 à 50,1 points sur 100 en dix ans. Un gain limité de 0,8 point, qui témoigne davantage d’une progression fragile que d’une transformation générale des institutions africaines.

Plus révélateur encore : bien que 30 pays aient amélioré leurs résultats, plus de la moitié des Africains vivent dans des États où la qualité de la gouvernance a reculé.

Le Maroc rejoint les dix pays les mieux classés

Pour le Maroc, l’édition 2026 du rapport marque une évolution notable. Le Royaume figure pour la première fois parmi les dix pays africains affichant les meilleures performances en matière de gouvernance, occupant la septième position.

Il se classe derrière les Seychelles, Maurice, le Cap-Vert, le Botswana, l’Afrique du Sud et la Namibie, mais devant le Sénégal, le Ghana et le Kenya.

Cette position inscrit le Maroc dans le groupe de tête du continent, dont les performances globales se situent nettement au-dessus de la moyenne africaine.

Elle constitue un indicateur favorable de son positionnement comparatif, sans pour autant signifier que toutes les dimensions de sa gouvernance progressent au même rythme.

L’intérêt du classement réside précisément dans son approche multidimensionnelle, qui tient compte aussi bien des perspectives économiques et du développement humain que de l’État de droit, des libertés publiques et de la participation citoyenne.

Une Afrique qui progresse économiquement, mais s’affaiblit démocratiquement

L’un des principaux enseignements du rapport concerne le décalage croissant entre les progrès matériels et l’évolution des institutions politiques.

Sur le plan économique et social, plusieurs indicateurs affichent une amélioration sensible.

La catégorie des infrastructures gagne 7,7 points en dix ans. L’accès à Internet progresse de 10,2 points, tandis que les communications mobiles enregistrent une hausse de 16,8 points.

Ces avancées traduisent les transformations technologiques et les investissements qui ont contribué à améliorer la connectivité et l’accès à certains services.

Mais cette dynamique ne s’accompagne pas d’une amélioration comparable des droits et des institutions.

La catégorie « Sécurité et État de droit » recule de 1,7 point, tandis que celle consacrée à la « Participation, aux droits et à l’inclusion » perd un point.

Plus préoccupant encore, la participation citoyenne enregistre une chute de cinq points, la plus importante parmi les sous-catégories étudiées.

Le rapport met notamment en évidence les restrictions pesant sur l’espace civique, la liberté d’expression et les mécanismes de responsabilité publique.

Le poids des grands pays dans le bilan continental

Les moyennes nationales ne racontent pas toute l’histoire.

Le Nigeria, la République démocratique du Congo et l’Afrique du Sud, trois des pays les plus peuplés du continent, enregistrent une dégradation de leurs résultats sur la période étudiée.

Cette évolution explique un paradoxe statistique majeur : une majorité de pays africains peuvent progresser alors qu’une majorité de la population du continent vit dans des États dont les indicateurs se détériorent.

Au total, 30 pays, représentant 49,6 % de la population africaine, améliorent leur score entre 2016 et 2025. Vingt-trois pays reculent et un reste stable.

La distinction entre le nombre de pays et le poids démographique de chacun est donc essentielle pour comprendre la portée réelle des résultats.

Instabilité politique et détérioration de la gouvernance

Le rapport attire également l’attention sur sept pays dont les performances connaissent une dégradation accélérée : le Burkina Faso, la Guinée, la Guinée-Bissau, le Mozambique, le Niger, le Soudan et la Tunisie.

La Fondation Mo Ibrahim souligne le lien entre les crises politiques, l’affaiblissement institutionnel et la dégradation de certains services publics.

Cette relation doit néanmoins être interprétée avec prudence : l’instabilité peut contribuer à la détérioration de la gouvernance, mais elle peut aussi résulter de dysfonctionnements institutionnels et socioéconomiques plus anciens.

À l’autre extrémité du classement, les Seychelles occupent la première place avec 78,6 points et enregistrent la plus forte progression depuis 2016, soit 8,3 points.

Le Soudan du Sud ferme la marche, à la 54e place, avec 20,4 points, devant la Somalie, classée 53e avec 26,6 points.

Pour le Maroc, un classement encourageant et des questions de fond

L’entrée du Royaume dans le Top 10 africain mérite d’être relevée, mais elle appelle aussi une lecture plus approfondie.

Une position élevée dans un indice composite ne permet pas, à elle seule, de conclure à une amélioration homogène de la gouvernance. Il faudrait notamment examiner les résultats marocains dans chacune des grandes catégories et leur évolution au cours de la décennie.

C’est sur ce terrain que se mesure la portée réelle d’un classement : la qualité des services publics, l’efficacité des institutions, les opportunités économiques, mais aussi les garanties juridiques, la participation citoyenne et l’accès aux droits.

Le rapport Ibrahim rappelle ainsi qu’une gouvernance durable ne peut être réduite à la seule modernisation économique ou au développement des infrastructures.

Pour le Maroc comme pour le reste du continent, le défi consiste désormais à faire converger les progrès économiques et sociaux avec le renforcement de l’État de droit, de la particip

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