>

Paraguay : Pedro Alliana succède à Santiago Peña, destitué et arrêté sur fond de crise bancaire

07 novembre 2026 - 10:07

La faillite de fait d’Ueno Bank, qui a privé des millions de clients de l’accès à leurs fonds, a précipité la chute du président paraguayen. Son successeur promet une indemnisation intégrale des épargnants, tandis qu’une enquête judiciaire vise les liens présumés entre l’ancien chef de l’État et l’établissement financier.

Le Paraguay connaît une crise politique et financière majeure. Pedro Alliana a prêté serment vendredi en qualité de nouveau président de la République, quelques heures après la destitution de Santiago Peña par le Sénat, au terme d’une procédure de mise en accusation accélérée.

La chute du chef de l’État intervient dans le contexte de l’effondrement d’Ueno Bank, un établissement financier comptant près de trois millions de clients, dont les opérations ont été interrompues après une intervention de la Banque centrale du Paraguay pour des problèmes de solvabilité.

Santiago Peña a été arrêté peu après sa destitution. D’abord assigné à résidence, il a ensuite été transféré dans une installation militaire pour des raisons de sécurité, alors que la colère des épargnants continuait de s’exprimer dans la capitale.

L’ancien président doit être entendu samedi par le parquet dans le cadre d’une enquête portant notamment sur des soupçons d’abus de confiance, de trafic d’influence et d’utilisation de fonctions publiques à des fins personnelles.

Il conteste les accusations portées contre lui.

Une destitution votée à une écrasante majorité

Le Sénat a prononcé la destitution de Santiago Peña pour mauvaise gestion de ses fonctions, par 44 voix favorables sur les 45 sièges que compte l’assemblée, un sénateur étant absent.

Cette décision a conclu une procédure engagée la veille par la Chambre des députés.

L’ancien président avait proposé sa démission avant le vote, mais le Parlement a poursuivi la procédure de destitution.

L’enjeu était également juridique. Une démission aurait pu lui permettre d’accéder au statut de sénateur à vie, assorti de certaines prérogatives. Sa destitution l’a privé de cette perspective.

La défense de Santiago Peña a dénoncé la rapidité de la procédure et le manque de temps accordé pour préparer sa réponse aux accusations.

Son avocat, Ricardo Preda, a notamment mis en cause le respect des garanties élémentaires du droit à la défense.

Les parlementaires favorables à sa destitution ont, de leur côté, estimé que les faits reprochés au président justifiaient sa révocation.

À l’extérieur du Congrès, plusieurs centaines de manifestants ont accueilli la décision avec soulagement, réclamant à la fois la restitution de leur argent et des poursuites contre les responsables présumés du scandale.

Pedro Alliana promet une indemnisation complète

Âgé de 52 ans, Pedro Alliana était jusqu’alors vice-président de la République. Membre du Parti colorado, il devra achever le mandat présidentiel en cours, qui prendra fin en août 2028.

Lors de sa prestation de serment devant le Congrès, le nouveau chef de l’État a placé la protection des épargnants au centre de ses premières priorités.

Il a assuré que les citoyens touchés par la crise financière seraient intégralement indemnisés et que les autorités ne les abandonneraient pas.

Alliana a annoncé des mesures immédiates pour accélérer les remboursements, en donnant la priorité aux personnes disposant des ressources les plus modestes.

Il a également exigé des résultats rapides de la part des responsables chargés de mettre en œuvre les dispositifs d’urgence.

Le sénateur Antonio Barrios a été désigné vice-président de la République, complétant la nouvelle direction de l’exécutif.

Ueno Bank, au cœur d’un scandale politico-financier

L’affaire trouve son origine dans les graves difficultés financières d’Ueno Bank, établissement qui avait connu une expansion rapide grâce à un modèle fondé sur les services bancaires numériques.

La Banque centrale du Paraguay est intervenue mardi, invoquant des problèmes de solvabilité. La suspension des opérations a empêché de nombreux clients d’accéder à leurs dépôts, salaires et autres ressources financières.

L’établissement entretenait des liens avec plusieurs entreprises et institutions publiques. Des fonds provenant notamment de l’Institut de prévoyance sociale y avaient été placés.

Santiago Peña avait lui-même entretenu des relations d’affaires avec le groupe lié à la banque.

Les enquêteurs cherchent désormais à déterminer si des décisions prises au niveau de l’exécutif ou des autorités de régulation ont favorisé indûment l’établissement.

L’attention porte notamment sur Carlos Carvallo, ancien dirigeant d’Ueno Bank devenu président de la Banque centrale, dont la nomination et la gestion font l’objet de questions.

Des perquisitions ont été menées dans plusieurs propriétés associées au groupe financier, tandis que des responsables bancaires ont été arrêtés.

À ce stade, les soupçons de conflits d’intérêts et de mauvaise gestion ne constituent pas des condamnations judiciaires. Il appartient à la justice d’établir les responsabilités individuelles.

Des millions de clients confrontés à l’incertitude

La crise bancaire a provoqué plusieurs journées de manifestations à Asunción et dans d’autres villes du pays.

Des milliers de personnes ont réclamé la restitution de leurs économies, parfois immobilisées du jour au lendemain.

Les forces de l’ordre ont dispersé certains rassemblements au moyen de gaz lacrymogènes et de canons à eau.

Face à la pression sociale, la Banque centrale a commencé jeudi à rembourser une partie des dépôts par l’intermédiaire du Fonds de garantie des dépôts.

Selon José Maciel, responsable de l’administration de ce fonds, les premiers versements concernent certaines catégories de clients et peuvent atteindre environ 1 600 dollars dans cette phase initiale.

Le calendrier et les modalités des remboursements suivants doivent être communiqués progressivement.

La difficulté dépasse toutefois la question des comptes individuels. Les perturbations affectent aussi les petites entreprises, les retraités et les ménages dépendant de paiements transitant par Ueno Bank.

Des répercussions jusqu’en Argentine et dans le football

L’effondrement de la banque produit également des effets au-delà des frontières paraguayennes.

En Argentine, environ un millier de salariés de l’entreprise technologique ITTI, appartenant au même groupe économique, ont été suspendus temporairement sans rémunération.

Le football sud-américain est lui aussi concerné.

Selon une source de la Confédération sud-américaine de football (Conmebol) citée par l’AFP, l’organisation détenait environ 13 millions de dollars dans l’établissement.

Cette même source a toutefois assuré que la situation ne compromettait pas le fonctionnement de la confédération.

Ces conséquences illustrent l’étendue des ramifications économiques de la crise bancaire et les difficultés auxquelles les autorités doivent désormais faire face.

Une succession constitutionnelle, mais une confiance à reconstruire

La prise de fonctions de Pedro Alliana assure la continuité institutionnelle, sans provoquer d’alternance partisane.

Le nouveau président, comme son prédécesseur, appartient au Parti colorado, formation dominante de la vie politique paraguayenne depuis plusieurs décennies.

Tous deux ont bénéficié du soutien de l’ancien président Horacio Cartes, dont l’influence reste importante au sein de cette formation.

Cette continuité soulève une interrogation politique majeure : le nouveau gouvernement pourra-t-il conduire les réformes et garantir la transparence nécessaires pour surmonter une crise impliquant des personnalités proches du pouvoir ?

La rapidité de la destitution rappelle par ailleurs celle de Fernando Lugo, écarté de la présidence en 2012 à l’issue d’une procédure parlementaire controversée.

Les circonstances diffèrent, mais les deux épisodes mettent en lumière la place centrale du Parlement dans les crises institutionnelles paraguayennes et les débats récurrents sur les garanties procédurales.

Pour Pedro Alliana, les premières semaines de mandat seront déterminantes.

Il devra accélérer les remboursements, prévenir une aggravation des tensions financières et démontrer que les enquêtes judiciaires pourront se poursuivre sans entraves.

Le Paraguay dispose désormais d’un nouveau président. Mais la sortie de crise dépendra avant tout de la capacité des institutions à rendre leur argent aux épargnants et à rétablir la confiance dans le système financier et politique.

Partager l'article

Partagez vos idées

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *