Le Banque des règlements internationaux (BRI), souvent qualifiée de « banque des banques centrales », met en garde contre une conjonction de risques susceptibles de fragiliser l’économie mondiale dans les prochaines années. Dans son Rapport annuel 2026, présenté à Bâle par son directeur général, Pablo Hernández de Cos, l’institution appelle les banques centrales à maintenir la priorité sur la lutte contre l’inflation, tout en alertant sur les conséquences de l’essor de l’intelligence artificielle et sur la montée des vulnérabilités liées à la dette publique.
L’inflation demeure la priorité
Pour le BRI, le conflit au Moyen-Orient, notamment autour de l’Iran et du détroit d’Ormuz, continue de faire peser un risque durable sur les prix de l’énergie et sur l’inflation mondiale.
Même si les tensions devaient s’apaiser, l’institution estime que les effets économiques pourraient perdurer. La hausse des coûts de l’énergie, des matières plastiques et des engrais risque d’alimenter durablement les pressions inflationnistes.
Le rapport souligne que la guerre a provoqué une réduction historique de l’offre mondiale de pétrole, supérieure, en volume, aux chocs pétroliers des années 1970. Le Brent a brièvement atteint 120 dollars le baril avant de reculer avec les perspectives d’un apaisement du conflit.
Dans ce contexte, le BRI recommande aux banques centrales de privilégier la stabilité des prix, même si cela implique un ralentissement de la croissance économique à court terme.
L’intelligence artificielle : promesse et source d’incertitudes
Le rapport consacre également un large chapitre à l’intelligence artificielle, considérée comme un puissant moteur potentiel de productivité, mais aussi comme une source de profondes transformations du marché du travail.
Selon Pablo Hernández de Cos, les premiers signes montrent que les secteurs les plus exposés à l’IA enregistrent déjà un ralentissement des créations d’emplois, notamment aux États-Unis.
Si l’automatisation peut améliorer durablement la productivité, elle pourrait également réduire la part des revenus du travail, freiner la consommation et modifier les équilibres macroéconomiques.
Le BRI souligne par ailleurs que les investissements massifs réalisés dans l’intelligence artificielle — plus de 1 000 milliards de dollars prévus entre 2025 et 2026 par les principaux géants du numérique — pourraient alimenter des tensions inflationnistes mais aussi accroître les risques de correction sur les marchés financiers si les attentes des investisseurs venaient à être déçues.
Les hedge funds de plus en plus exposés à la dette publique
Troisième sujet d’inquiétude : la montée en puissance des hedge funds dans le financement de la dette souveraine.
Selon le BRI, ces fonds très endettés occupent désormais une place beaucoup plus importante sur les marchés obligataires, aussi bien aux États-Unis qu’en Europe.
Cette évolution rappelle, selon Pablo Hernández de Cos, les déséquilibres observés dans le secteur bancaire avant la crise financière mondiale de 2008. Si les banques ont depuis renforcé leurs fonds propres et réduit leur exposition aux dettes souveraines, une partie de ces risques s’est progressivement déplacée vers des acteurs financiers moins régulés.
Avec un endettement public mondial revenu à des niveaux comparables à ceux de l’après-Seconde Guerre mondiale, cette concentration des risques pourrait accroître la probabilité de fortes turbulences sur les marchés obligataires.
Un appel à la vigilance
À travers son rapport annuel, le BRI dresse le portrait d’une économie mondiale confrontée à trois défis simultanés : une inflation encore fragile, une révolution technologique aux effets incertains et une vulnérabilité croissante des marchés financiers.
Pour l’institution, ces évolutions imposent aux banques centrales de rester prudentes et aux gouvernements de renforcer la résilience de leurs économies face à un environnement international marqué par les tensions géopolitiques, l’endettement élevé et les mutations technologiques rapides.