La création de six sociétés régionales de distribution pourrait contribuer à réorganiser les circuits de commercialisation des produits agricoles au Maroc. Mais pour Hassan Aït Ali, président de l’Observatoire marocain de protection du consommateur, la réussite de cette réforme dépendra avant tout de sa capacité à réduire les coûts de distribution et à faire bénéficier les consommateurs des économies réalisées.
Alors que le gouvernement marocain envisage la création de six sociétés régionales de distribution afin de restructurer les circuits de commercialisation des produits agricoles, de mieux encadrer les marchés et de lutter contre la spéculation, l’Observatoire marocain de protection du consommateur appelle à privilégier les résultats concrets plutôt que la seule mise en place de nouvelles structures.
Dans une déclaration accordée au quotidien Al Yaoum 24, Hassan Aït Ali, président de l’Observatoire, estime que cette initiative pourrait constituer une avancée importante pour rapprocher les producteurs des consommateurs, à condition de s’inscrire dans une réforme globale du système de commercialisation et de distribution.
Selon lui, le dispositif devra reposer sur une gouvernance transparente, des mécanismes de contrôle efficaces et une évaluation régulière de ses performances.
Réduire les intermédiaires sans créer de nouvelles charges
Pour le président de l’Observatoire, la création de sociétés régionales ne garantit pas, à elle seule, une diminution des prix des denrées alimentaires.
Leur efficacité devra notamment se traduire par une amélioration des opérations de collecte, de transport et de stockage des produits agricoles, ainsi que par une réduction des pertes et du gaspillage tout au long de la chaîne de distribution.
L’enjeu consiste également à faciliter l’accès des agriculteurs aux marchés, particulièrement les petits producteurs et les coopératives, dans des conditions commerciales équitables.
Hassan Aït Ali met toutefois en garde contre le risque de voir ces nouvelles sociétés devenir des intermédiaires supplémentaires, dont les frais administratifs et de fonctionnement seraient finalement supportés par les producteurs et les consommateurs.
Moderniser les marchés de gros et renforcer la transparence
L’Observatoire souligne la nécessité de distinguer les intermédiaires qui fournissent un véritable service économique de ceux dont l’intervention contribue à augmenter les prix sans apporter de valeur ajoutée.
Dans cette perspective, Hassan Aït Ali préconise d’accompagner la création des sociétés régionales par une modernisation des marchés de gros, une plus grande transparence des transactions commerciales et une généralisation des mécanismes de facturation et de traçabilité.
Il appelle également à renforcer la lutte contre les situations de monopole, les pratiques anticoncurrentielles et les ententes entre opérateurs, tout en garantissant un accès équitable aux services des futures sociétés régionales et en prévenant les conflits d’intérêts.
Comment garantir une baisse des prix pour le consommateur ?
L’une des principales préoccupations soulevées par l’Observatoire concerne la transmission effective des économies réalisées jusqu’aux prix de vente au détail.
Une réduction des coûts de transport, de stockage ou de commercialisation ne se traduit pas nécessairement par une baisse automatique des prix payés par les ménages.
Hassan Aït Ali recommande donc d’inscrire explicitement la protection du pouvoir d’achat parmi les objectifs des cahiers des charges des sociétés régionales.
Il propose également de conditionner tout soutien public à des engagements mesurables, vérifiables et régulièrement réévalués.
Un système de suivi des prix, de la ferme au commerce de détail
Pour mesurer les effets réels de la réforme, le président de l’Observatoire suggère la mise en place d’un dispositif public de suivi des prix d’un panier de produits alimentaires essentiels.
Ce mécanisme permettrait d’observer l’évolution des prix à chaque étape de la chaîne de commercialisation, depuis les exploitations agricoles jusqu’aux marchés de gros et aux points de vente au détail.
Des indicateurs périodiques devraient être publiés en tenant compte de la qualité des produits, de leur saisonnalité et des spécificités régionales.
L’objectif serait notamment de déterminer quels acteurs bénéficient des économies générées par la réforme et d’identifier d’éventuelles augmentations des marges commerciales dépourvues de justification économique apparente.
L’Observatoire recommande parallèlement de soumettre les coûts et les tarifs des services proposés par les sociétés régionales à des audits, de favoriser la concurrence entre les circuits de distribution et de faciliter l’approvisionnement direct des commerces de proximité et des coopératives.
Associer les associations de consommateurs à l’évaluation
Hassan Aït Ali plaide également pour une participation effective des associations de protection des consommateurs au suivi et à l’évaluation de cette réforme.
Celles-ci devraient pouvoir formuler leurs observations et accéder à des bilans périodiques rendus publics, permettant de mesurer les progrès accomplis au regard des objectifs annoncés.
Concernant la surveillance des prix, il insiste sur l’importance de fonder les contrôles sur des éléments objectifs, notamment les factures, les données relatives aux stocks et les coûts de commercialisation.
Il rappelle qu’une hausse des prix ne constitue pas, à elle seule, une preuve de spéculation. De la même manière, l’annonce d’une réduction des coûts de distribution ne suffit pas à démontrer que les consommateurs en bénéficient réellement.
Le pouvoir d’achat comme véritable indicateur de réussite
Pour l’Observatoire marocain de protection du consommateur, le succès des futures sociétés régionales ne devra donc pas être évalué uniquement à travers leur création ou leur fonctionnement administratif.
Il devra se mesurer à leur capacité à faire baisser les prix des produits alimentaires pour les ménages, à garantir une rémunération équitable aux agriculteurs, à améliorer la qualité des produits et à assurer un approvisionnement régulier des marchés.
Au-delà de la réorganisation des circuits commerciaux, c’est donc l’impact concret de la réforme sur le pouvoir d’achat des Marocains qui constituera son principal test.