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Israël : les partis arabes en position d'arbitres après des élections sans majorité

29 octobre 2026 - 06:38

Ni le bloc de Benyamin Netanyahou ni celui de son rival centriste Gadi Eisenkot ne disposent, à ce stade, des 61 sièges nécessaires pour gouverner. Avec 17 députés selon les projections provisoires, les formations arabes pourraient jouer un rôle décisif dans les négociations.

Les élections législatives israéliennes ont débouché sur une situation politique incertaine, dans laquelle les partis représentant principalement les citoyens arabes d’Israël pourraient détenir la clé de la formation du prochain gouvernement.

Selon les résultats partiels communiqués mercredi 28 octobre, après le dépouillement de 85 % des suffrages, le bloc du Premier ministre sortant, Benyamin Netanyahou, obtiendrait 54 des 120 sièges de la Knesset, contre 49 pour la coalition d’opposition conduite par Gadi Eisenkot.

Les partis arabes disposeraient, quant à eux, de 17 sièges, une représentation sans précédent selon les premières estimations.

Dans une assemblée où la majorité absolue est fixée à 61 députés, leur position pourrait se révéler déterminante. Mais les équilibres arithmétiques ne suffisent pas à effacer les divergences politiques.

Une mobilisation électorale qui redistribue les cartes

Avec une participation proche de 78 %, la plus élevée depuis 1999, ce scrutin se distingue notamment par une forte mobilisation de l’électorat arabe.

Pour Gideon Rahat, politologue à l’Université hébraïque de Jérusalem, cette progression de la participation a profondément modifié le paysage électoral.

Yussef Jabareen, dirigeant de la Liste unifiée, coalition de gauche à majorité arabe, a appelé à la constitution d’une véritable alliance judéo-arabe susceptible de mettre fin à la longue domination politique de Netanyahou.

Cette proposition introduit une perspective nouvelle dans les discussions sur la formation du gouvernement. Elle se heurte néanmoins à des réticences persistantes au sein de la classe politique israélienne.

L’hypothèse d’une coalition judéo-arabe

Les citoyens arabes représentent environ 20 % de la population israélienne. Malgré leur poids démographique, leur intégration aux coalitions gouvernementales demeure politiquement délicate.

Les tensions intercommunautaires, accentuées depuis les attaques du 7 octobre 2023 et la guerre menée à Gaza, rendent cette question particulièrement sensible.

Au sein de l’opposition, Yair Golan, figure de la gauche israélienne, s’est prononcé en faveur d’une coopération avec les formations arabes.

Il estime qu’une telle alliance pourrait permettre la constitution d’un gouvernement de changement.

Mais cette orientation ne fait pas l’unanimité parmi les partenaires potentiels de Gadi Eisenkot.

Selon Ilana Shpaizman, professeure de sciences politiques à l’Université Bar-Ilan, l’opposition devra choisir entre une coalition incluant les partis arabes et la recherche d’une formule gouvernementale minoritaire.

Deux scénarios qui, pour l’heure, soulèvent d’importantes difficultés politiques.

Le Likoud conteste les résultats provisoires

Face à la progression des formations arabes, le Likoud de Benyamin Netanyahou a publié un communiqué dénonçant de supposées irrégularités électorales.

Le parti accuse notamment certaines formations arabes d’avoir recouru à des pratiques illégales pour mobiliser leurs électeurs.

Ces accusations relèvent, à ce stade, des déclarations du Likoud. Les informations disponibles ne font état d’aucune conclusion officielle établissant les fraudes alléguées.

Le président israélien Isaac Herzog a, de son côté, appelé les partis à tout mettre en œuvre pour parvenir à un accord gouvernemental et éviter de nouvelles élections.

En cas d’échec des négociations, Benyamin Netanyahou pourrait rester à la tête d’un gouvernement chargé d’expédier les affaires courantes jusqu’à la formation d’un nouvel exécutif.

Gaza au cœur des inquiétudes

Au-delà des équilibres parlementaires, le scrutin intervient dans un contexte régional particulièrement tendu, marqué par les conséquences de la guerre à Gaza, les affrontements avec l’Iran et la poursuite des violences en Cisjordanie.

À Gaza, les résultats suscitent davantage d’incertitude que d’espoir immédiat.

Huda Al Huli, une Palestinienne déplacée, a confié à l’AFP redouter l’arrivée au pouvoir de responsables politiques encore plus hostiles à la population palestinienne.

Sur les questions sécuritaires, les divergences entre Netanyahou et Eisenkot restent limitées sur plusieurs points essentiels. Le chef de l’opposition a soutenu l’offensive israélienne à Gaza après le 7 octobre.

Il s’est toutefois engagé à favoriser une société israélienne plus inclusive et à agir contre les violences commises par certains colons en Cisjordanie.

Une influence politique inédite, mais fragile

L’émergence des partis arabes comme acteurs potentiellement décisifs constitue l’un des principaux enseignements de ce scrutin.

Leur représentation pourrait leur donner une capacité de négociation inhabituelle, sans pour autant garantir leur participation au prochain gouvernement.

Tout dépendra des résultats définitifs, attendus entre jeudi soir et vendredi matin, puis des discussions entre les différentes formations.

Dans l’immédiat, Israël se retrouve confronté à une équation politique délicate : aucun des deux grands blocs ne peut gouverner seul, tandis que l’alliance susceptible de dégager une majorité demeure politiquement incertaine.

Cette situation pourrait ouvrir une nouvelle phase de négociations prolongées, voire conduire à un nouveau scrutin si aucun compromis n’émerge.

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