Le ministre délégué chargé du Budget, Fouzi Lekjaa, a présenté les orientations gouvernementales en matière de soutien au pouvoir d’achat et de fiscalité. Au programme : une revalorisation progressive de l’aide sociale directe à partir de janvier 2027, une réforme de l’impôt sur le revenu et une taxation accrue de certains produits de luxe et secteurs à forte rentabilité. Des annonces qui soulèvent aussi la question de leur financement et de leur application concrète.
Le gouvernement marocain entend agir simultanément sur deux leviers pour soutenir le pouvoir d’achat des ménages : augmenter les transferts sociaux et alléger la pression fiscale sur les revenus du travail.
Invité de l’émission Saâat Assaraha, diffusée sur la chaîne 2M, le ministre délégué chargé du Budget, Fouzi Lekjaa, a détaillé plusieurs mesures envisagées dans le cadre de la politique économique et sociale du gouvernement.
Ces annonces interviennent dans un contexte où le coût de la vie demeure une préoccupation majeure pour de nombreux ménages, particulièrement ceux dont les revenus permettent difficilement d’absorber les dépenses de logement, d’alimentation, de transport et de santé.
Au-delà des montants annoncés, deux questions seront déterminantes : quels ménages bénéficieront réellement des mesures et dans quels délais les engagements seront-ils appliqués ?
L’aide sociale directe : de 500 à 600 dirhams dès janvier 2027
La première annonce concerne le dispositif d’aide sociale directe, dont le montant minimal est actuellement présenté par le ministre comme étant de 500 dirhams par mois.
Selon Fouzi Lekjaa, ce minimum devrait passer à 600 dirhams à compter de janvier 2027, avant de connaître de nouvelles augmentations annuelles de 100 dirhams.
L’objectif affiché est d’atteindre progressivement un plancher de 1 000 dirhams mensuels.
Cette progression représenterait, à terme, un doublement du montant minimal initial. Elle ne signifie toutefois pas que toutes les familles recevront immédiatement 1 000 dirhams : le calendrier annoncé repose sur plusieurs étapes.
Le ministre a précisé que les crédits nécessaires ont été pris en compte dans les documents budgétaires.
Il a également estimé qu’une augmentation de 100 dirhams représenterait une dépense supplémentaire d’environ trois milliards de dirhams pour les finances publiques.
Le programme concernerait plus de quatre millions de ménages, soit plus de douze millions de personnes selon les chiffres avancés lors de son intervention.
Ces données donnent la mesure de l’enjeu budgétaire. Elles appellent également à distinguer le nombre total de bénéficiaires du programme de celui des ménages concernés par une augmentation précise.
Un changement attendu dans les critères d’éligibilité
L’une des annonces les plus importantes concerne la méthode utilisée pour déterminer quels ménages peuvent bénéficier de l’aide.
Fouzi Lekjaa a évoqué une évolution vers une appréciation davantage fondée sur les revenus réels des familles, plutôt que sur certains indicateurs susceptibles de donner une image inexacte de leur situation économique.
Pour illustrer les limites du dispositif actuel, le ministre a cité le cas d’un ménage contraint d’acheter un téléphone afin de rester en contact avec un proche hospitalisé.
Une telle dépense, bien qu’exceptionnelle et nécessaire, pourrait peser sur l’évaluation de sa situation sans traduire une amélioration durable de ses ressources.
L’objectif annoncé est donc d’éviter qu’une famille perde son aide en raison d’un achat ponctuel qui ne reflète pas sa véritable capacité financière.
La portée de cette réforme dépendra cependant des critères définitifs retenus, des modalités de contrôle et des possibilités de recours offertes aux ménages exclus.
Impôt sur le revenu : une exonération annoncée jusqu’à 10 000 dirhams
Sur le volet fiscal, le ministre a présenté une réforme destinée à améliorer le revenu disponible des salariés.
Selon ses explications, les personnes percevant un salaire mensuel net ne dépassant pas 10 000 dirhams pourraient bénéficier d’une exonération totale de l’impôt sur le revenu.
D’autres catégories, notamment celles dont les rémunérations se situent autour de 11 000 à 12 000 dirhams ou au-delà, pourraient enregistrer un gain allant jusqu’à environ 500 dirhams par mois, suivant les conditions prévues.
Cette annonce mérite toutefois une clarification technique essentielle : le salaire net, le revenu imposable et les seuils d’exonération ne sont pas des notions interchangeables. Les barèmes et textes d’application devront permettre d’établir précisément qui sera exonéré et dans quelle proportion.
Pour les salariés, l’intérêt réel de la réforme se mesurera à son effet sur le salaire effectivement perçu à la fin du mois.
Alcool, tabac, voitures de luxe et sociétés pétrolières dans le viseur
En parallèle des allègements annoncés, le gouvernement envisage de renforcer la fiscalité sur certaines catégories de produits et d’entreprises.
Fouzi Lekjaa a notamment évoqué les boissons alcoolisées haut de gamme, les cigarettes et les véhicules de luxe.
Concernant le tabac et l’alcool, le ministre a mis en avant des objectifs de santé publique et de réduction des comportements addictifs, notamment chez les jeunes.
Il a également annoncé une taxation accrue des sociétés pétrolières déclarant des bénéfices annuels supérieurs à 100 millions de dirhams, soit dix milliards de centimes.
La portée économique de ces mesures dépendra des taux effectivement adoptés, de l’assiette fiscale retenue et des conditions d’application.
La question sera notamment de savoir dans quelle mesure les recettes supplémentaires pourront contribuer au financement des politiques sociales, sans provoquer de répercussions indésirables sur les prix ou l’activité économique.
Retraites : la situation des veuves également évoquée
Au cours de son intervention, Fouzi Lekjaa est également revenu sur les conditions d’attribution de certaines pensions de réversion.
Il a rappelé que le maintien de la pension du conjoint décédé peut être soumis à des conditions particulières, notamment en cas de remariage.
Selon ses déclarations, cette restriction peut demeurer applicable même lorsque le nouveau conjoint ne dispose pas d’emploi.
Cette question met en lumière les difficultés rencontrées par certaines veuves et les limites que peuvent présenter des règles de protection sociale lorsqu’elles ne tiennent pas suffisamment compte de la situation économique réelle des bénéficiaires.
Entre ambition sociale et soutenabilité budgétaire
Les annonces du ministre dessinent une orientation politique associant transferts sociaux, réduction ciblée de l’impôt et prélèvements supplémentaires sur certains produits ou secteurs.
Mais leur efficacité ne dépendra pas seulement des montants inscrits dans les budgets.
Elle reposera aussi sur la capacité à identifier correctement les ménages vulnérables, à garantir la transparence des critères d’accès aux aides et à préserver l’équilibre des finances publiques.
L’augmentation progressive du soutien social pourrait constituer une amélioration sensible pour les familles les plus modestes. Encore faudra-t-il que son calendrier soit respecté et que les modalités d’éligibilité ne créent pas de nouvelles situations d’exclusion.
La véritable mesure de ces réformes sera donc moins leur portée dans les annonces gouvernementales que leur traduction concrète dans le budget mensuel des ménages marocains.