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Banque mondiale : les prix alimentaires pourraient bondir de 18 % d’ici 2027

29 octobre 2026 - 06:38

Conflits armés, tensions pétrolières et menace d’un épisode El Niño exceptionnel : la Banque mondiale redoute une nouvelle vague de renchérissement des denrées alimentaires. Les ménages modestes et les pays fortement dépendants des importations figurent parmi les plus exposés.

La perspective d’une nouvelle flambée des prix alimentaires ravive les inquiétudes sur la sécurité alimentaire mondiale. Dans son dernier rapport consacré aux marchés des matières premières, publié mercredi 28 octobre, la Banque mondiale prévoit une hausse cumulée de 18 % des prix des produits alimentaires sur la période 2026-2027 par rapport à leur niveau de 2025.

Cette projection repose sur plusieurs facteurs de risque qui se renforcent mutuellement : les conflits armés, le renchérissement de l’énergie, les perturbations des chaînes d’approvisionnement et les conséquences attendues d’un épisode climatique El Niño particulièrement intense.

Pour les économies importatrices, notamment en Afrique du Nord, cette combinaison pourrait accentuer les pressions sur les budgets publics et le pouvoir d’achat des ménages.

Le pétrole, premier facteur d’incertitude

Selon la Banque mondiale, les prix de l’énergie devraient progresser de 32 % en 2026, avant de connaître un reflux partiel l’année suivante.

Le baril de Brent, principale référence du marché pétrolier international, passerait d’une moyenne de 69 dollars en 2025 à 91 dollars cette année.

Cette augmentation s’explique principalement par les tensions au Moyen-Orient et leurs répercussions sur les marchés énergétiques.

L’institution prévoit néanmoins un recul du Brent à 79 dollars en moyenne en 2027, sous réserve que le conflit opposant Israël et les États-Unis à l’Iran ne reprenne pas après les élections américaines de mi-mandat du 3 novembre.

Dans un scénario de reprise des hostilités, le cours moyen du Brent pourrait atteindre 105 dollars en 2027.

Une telle évolution provoquerait, selon les estimations de la Banque mondiale, une augmentation supplémentaire de 12 % des prix alimentaires par rapport à son scénario de référence.

Ces chiffres illustrent la sensibilité des marchés agricoles aux événements géopolitiques, même lorsque les affrontements se déroulent loin des grandes régions de production.

El Niño, une menace pour les récoltes

Aux incertitudes énergétiques s’ajoute un risque climatique majeur.

La Banque mondiale évoque les effets possibles d’un épisode exceptionnel du phénomène El Niño, susceptible de bouleverser les régimes de précipitations et les températures dans plusieurs régions agricoles.

Sécheresses prolongées, pluies excessives et perturbations des calendriers agricoles peuvent entraîner des pertes de rendement et réduire les volumes disponibles à l’exportation.

Les conséquences diffèrent selon les cultures et les régions, mais elles peuvent rapidement se répercuter sur les prix internationaux.

Pour les pays qui importent une part importante de leurs besoins céréaliers, cette instabilité représente un défi supplémentaire.

Le Maroc, comme plusieurs économies d’Afrique du Nord, suit avec attention l’évolution des marchés agricoles internationaux, notamment en raison de la variabilité des récoltes nationales et de l’importance de certaines importations alimentaires.

L’ampleur des effets sur les prix à la consommation dépendra toutefois de nombreux facteurs locaux, dont les conditions climatiques, les taux de change et les dispositifs publics de soutien.

Les engrais également concernés

Le rapport prévoit une hausse de 14 % du prix des engrais en 2026, avant un retour vers les niveaux de 2025 au cours de l’année suivante.

Cette évolution constitue un autre élément de pression pour les producteurs agricoles.

Le coût des intrants influence directement les dépenses de production et peut peser sur les décisions d’investissement, particulièrement dans les exploitations disposant de faibles marges financières.

Une hausse prolongée des prix des engrais pourrait ainsi compliquer les efforts visant à maintenir les rendements agricoles, notamment dans les pays les plus vulnérables.

Une menace pour les populations les plus pauvres

Ayhan Kose, économiste en chef adjoint de la Banque mondiale, souligne que les marchés des matières premières subissent plusieurs chocs majeurs simultanément.

Il appelle les gouvernements et les partenaires internationaux à faire de la protection des populations défavorisées une priorité, tout en soutenant les pays à faible revenu déjà confrontés à un endettement important.

L’enjeu dépasse la seule évolution des cours mondiaux.

Dans les ménages modestes, l’alimentation représente une part élevée des dépenses quotidiennes. Une augmentation des prix peut donc se traduire rapidement par une dégradation du pouvoir d’achat et une réduction des possibilités de consommation.

Des métaux portés par les nouvelles technologies

La hausse annoncée ne concerne pas uniquement les produits agricoles et énergétiques.

La Banque mondiale prévoit également une progression de 25 % des prix des métaux en 2026, avec des records possibles pour l’aluminium, le cuivre et l’étain.

Cette dynamique serait alimentée par les investissements dans les énergies renouvelables, les véhicules électriques et les centres de données nécessaires au développement de l’intelligence artificielle.

Elle souligne la coexistence de deux tendances : une demande croissante de matières premières stratégiques pour la transition technologique et des tensions persistantes sur les produits essentiels à la vie quotidienne.

Face à ces risques, la Banque mondiale insiste sur la nécessité de renforcer les dispositifs de protection sociale et de soutenir les économies les moins capables d’absorber une nouvelle hausse des prix alimentaires.

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