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Sahara marocain : Bourita dévoile la stratégie marocaine derrière le veto russe et annonce une nouvelle bataille à l’ONU

01 novembre 2026 - 09:09

Le Maroc avait anticipé l’opposition de Moscou au projet de résolution américain. Plutôt que d’en atténuer la portée, Rabat a choisi d’y voir une occasion de tourner la page de la MINURSO. Prochaine étape annoncée par le chef de la diplomatie : remettre en question l’examen du dossier du Sahara par la Quatrième Commission de l’Assemblée générale des Nations unies.

Le veto russe du 30 octobre n’a pas pris le Maroc au dépourvu. Mieux encore, Rabat avait envisagé les conséquences d’un blocage du projet de résolution américain et décidé de ne pas sacrifier ses principales dispositions pour obtenir un compromis au Conseil de sécurité.

C’est l’un des enseignements majeurs de l’entretien accordé samedi soir à la chaîne 2M par Nasser Bourita, ministre des Affaires étrangères, de la Coopération africaine et des Marocains résidant à l’étranger.

Au cours de cette intervention, le chef de la diplomatie marocaine a développé deux orientations complémentaires : considérer la non-reconduction du mandat de la MINURSO comme une occasion de modifier les règles qui encadraient jusqu’ici le dossier du Sahara, puis porter cette dynamique au sein d’autres instances des Nations unies, à commencer par la Quatrième Commission de l’Assemblée générale.

Le veto russe, un scénario anticipé plutôt qu’une surprise

Selon Nasser Bourita, les intentions de Moscou étaient connues plusieurs jours avant le vote. Des échanges diplomatiques avaient permis à Rabat d’identifier le risque d’un veto contre le projet américain, lequel entendait renforcer la centralité de l’initiative marocaine d’autonomie dans la recherche d’une solution politique.

Deux possibilités se présentaient alors à la diplomatie marocaine.

La première consistait à rechercher un compromis avec la Russie, au prix d’amendements susceptibles d’affaiblir les dispositions les plus importantes du texte américain. La seconde revenait à maintenir l’ambition politique du projet, quitte à accepter son rejet, et à tirer les conséquences de l’absence de renouvellement du mandat de la MINURSO.

Rabat a privilégié cette seconde approche, conformément aux orientations de S. M. le Roi Mohammed VI, a expliqué le ministre.

Le raisonnement exposé par Bourita marque une évolution : il ne s’agissait plus seulement d’obtenir une résolution favorable, mais de remettre en cause les mécanismes qui, selon l’analyse marocaine, avaient contribué à prolonger le différend sans permettre son règlement.

La question n’était donc plus de négocier quelques formulations supplémentaires dans un texte, mais de déterminer si le cadre institutionnel hérité des décennies précédentes correspondait encore aux réalités diplomatiques actuelles.

Onze voix favorables, mais aucune résolution adoptée

Le 30 octobre, le projet américain a obtenu le soutien de onze membres du Conseil de sécurité, dont trois membres permanents, avant d’être bloqué par le veto russe.

Le projet alternatif présenté par Moscou n’a pas davantage été adopté, faute de réunir les neuf voix nécessaires.

Cette double impasse a empêché la reconduction du mandat de la MINURSO, arrivé à échéance le 31 octobre 2026.

Pour Bourita, le soutien recueilli par le texte américain témoigne d’une évolution des positions internationales sur la question du Sahara. Le ministre a notamment évoqué les relations du Maroc avec les États-Unis, la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne, ainsi que les appuis enregistrés en Afrique et en Europe.

Il considère que cette dynamique doit désormais se traduire dans le fonctionnement même des institutions internationales.

La distinction est essentielle : le projet américain n’a pas été adopté et ne constitue donc pas une nouvelle résolution du Conseil de sécurité. Son résultat politique, tel que l’interprète Rabat, réside à la fois dans le niveau de soutien obtenu et dans l’expiration du mandat de la mission onusienne.

Tourner la page de la MINURSO sans rompre avec la diplomatie

Créée en 1991, la MINURSO avait été conçue dans un contexte diplomatique et sécuritaire profondément différent de celui d’aujourd’hui.

Trente-cinq ans plus tard, Bourita estime que sa dénomination, ses missions et son mode de fonctionnement ne correspondent plus à l’évolution du dossier.

L’initiative marocaine d’autonomie, présentée en 2007, occupe désormais une place centrale dans la stratégie diplomatique du Royaume. Dans cette perspective, la reconduction périodique de la MINURSO apparaissait, aux yeux de Rabat, comme le prolongement d’un cadre devenu inadapté.

Le ministre a néanmoins insisté sur le caractère responsable que le Maroc entend donner à la transition. Il a assuré que les moyens et facilités nécessaires seraient accordés pour permettre le départ du personnel et des équipements de la mission dans de bonnes conditions.

Cette position distingue la fin d’un mandat onusien d’une expulsion précipitée de ses agents.

Bourita a également réaffirmé l’attachement du Maroc au cessez-le-feu, soulignant que l’expiration du mandat de la MINURSO ne signifiait pas, dans la lecture marocaine, l’abandon des engagements en faveur de la stabilité régionale.

La Quatrième Commission, prochain objectif diplomatique

La seconde annonce du ministre concerne directement l’architecture institutionnelle des Nations unies.

Interrogé sur le passage du communiqué du Cabinet Royal du 30 octobre évoquant de prochaines démarches auprès d’autres organes de l’ONU, Bourita a désigné explicitement la Quatrième Commission de l’Assemblée générale, chargée notamment des questions politiques spéciales et de la décolonisation.

L’objectif annoncé est de mettre fin à l’examen de la question du Sahara dans cette instance.

Le ministre considère que les évolutions diplomatiques enregistrées ces dernières années devraient conduire les États favorables à l’initiative marocaine d’autonomie à traduire leurs positions dans les travaux de l’Assemblée générale.

Il a notamment souligné une différence institutionnelle majeure avec le Conseil de sécurité : aucun État ne dispose d’un droit de veto à l’Assemblée générale.

La réussite d’une telle démarche dépendrait donc de la capacité du Maroc à réunir les soutiens nécessaires parmi les États membres, dans le respect des procédures applicables.

Une ambition politique qui reste à concrétiser

L’annonce de Bourita ne signifie pas que le Sahara a déjà été retiré de l’ordre du jour de la Quatrième Commission, ni de la liste des territoires non autonomes établie dans le cadre des Nations unies.

Ces deux questions doivent être distinguées : l’examen d’un dossier par une commission de l’Assemblée générale et le statut d’un territoire dans les mécanismes onusiens ne relèvent pas nécessairement des mêmes démarches.

La stratégie annoncée par Rabat ouvre donc une nouvelle séquence diplomatique, mais sa concrétisation dépendra de décisions institutionnelles qui ne peuvent être prises unilatéralement par le Maroc.

Elle nécessitera un travail de mobilisation des partenaires internationaux, de négociation et de clarification juridique.

Cette dimension constitue désormais l’un des principaux enjeux de l’après-MINURSO.

Du changement de mandat au changement de cadre

L’entretien de Nasser Bourita éclaire la logique diplomatique qui sous-tend les événements des 30 et 31 octobre 2026.

En refusant d’affaiblir le projet américain pour contourner le veto russe, Rabat a choisi d’assumer une issue institutionnelle inhabituelle : l’expiration du mandat de la MINURSO sans adoption d’une résolution de remplacement.

Le Maroc entend désormais prolonger cette évolution en contestant la pertinence de certains mécanismes onusiens hérités du processus de règlement initial.

La démarche annoncée à l’égard de la Quatrième Commission traduit ainsi une ambition plus large : faire correspondre, selon la vision marocaine, le traitement multilatéral du Sahara aux soutiens diplomatiques obtenus par le Royaume et à la place accordée à son initiative d’autonomie.

Après la fin du mandat de la MINURSO, la prochaine épreuve diplomatique ne se jouera donc pas uniquement sur le terrain, mais aussi dans les procédures et les équilibres de l’Assemblée générale des Nations unies.

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