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Transition juste : à Madrid, Abdelkader Amara plaide pour une Afrique qui ne soit plus seulement un fournisseur de ressources

01 novembre 2026 - 09:09

Lors d’une rencontre internationale consacrée aux grandes transitions économiques, énergétiques et numériques, le président du Conseil économique, social et environnemental du Maroc a appelé à un partage plus équitable des financements, des technologies et de la valeur ajoutée. Une approche qui place l’emploi, la souveraineté productive et le développement humain au cœur des priorités africaines.

La transition énergétique et numérique mondiale ne pourra être véritablement juste si l’Afrique demeure cantonnée au rôle de fournisseur de matières premières, sans bénéficier pleinement des richesses, des emplois et des technologies générés par ces transformations.

C’est le message défendu vendredi 30 octobre à Madrid par Abdelkader Amara, président du Conseil économique, social et environnemental (CESE) du Maroc et de l’Union des conseils économiques et sociaux et institutions similaires d’Afrique (UCESA).

Intervenant lors d’un colloque consacré au thème « La transition juste : un défi mondial », organisé dans le cadre d’une rencontre réunissant l’Association internationale des conseils économiques et sociaux et institutions similaires (AICESIS), le Réseau ibéro-américain des conseils économiques et sociaux (RICESIS) et l’UCESA, le responsable marocain a appelé à repenser les modalités de la transition à partir des réalités économiques et sociales du continent africain.

Une transition qui doit créer de la richesse en Afrique

Pour Abdelkader Amara, l’Afrique dispose d’atouts considérables : des ressources naturelles, un potentiel énergétique important et un capital humain susceptible de soutenir une transformation profonde de ses économies.

Encore faut-il que ces atouts se traduisent par le développement de capacités industrielles, la création de valeur ajoutée locale et l’émergence d’emplois décents.

Le président du CESE a ainsi insisté sur la nécessité de dépasser une conception de la transition limitée à la réduction des émissions ou au déploiement de nouvelles technologies.

L’enjeu est également économique et social : permettre aux pays africains de participer à la production, à la transformation et à l’innovation, plutôt que de rester principalement des marchés de consommation ou des fournisseurs de ressources.

Cette orientation suppose une meilleure articulation entre les politiques énergétiques, les stratégies industrielles, la formation professionnelle et la recherche scientifique.

Le financement, au cœur des inégalités mondiales

Abdelkader Amara a également soulevé la question du partage des efforts et des bénéfices liés aux grandes transitions.

L’Afrique figure parmi les régions les plus exposées aux conséquences du changement climatique, alors même que plusieurs de ses économies supportent des coûts de financement particulièrement élevés.

Dans ces conditions, a-t-il souligné, la réussite d’une transition équitable exige un accès à des financements adaptés aux besoins d’investissement du continent.

Il ne s’agit pas uniquement de mobiliser davantage de capitaux, mais aussi de permettre aux économies africaines de développer leurs compétences, leurs infrastructures et leurs capacités productives.

La question du financement rejoint ainsi celle de la justice économique internationale : les pays qui doivent investir massivement pour s’adapter aux transformations mondiales ne disposent pas toujours des mêmes conditions d’accès aux ressources financières et technologiques.

Emploi informel : le défi social de la transition

Le président du CESE a accordé une attention particulière à l’emploi, rappelant que huit postes de travail sur dix en Afrique relèvent de l’économie informelle, selon les données évoquées lors de son intervention.

Cette réalité impose, à ses yeux, de placer la formation, l’amélioration des qualifications et l’intégration progressive des activités informelles dans l’économie structurée au centre des politiques publiques.

Une transition juste ne saurait se mesurer uniquement au volume des investissements engagés. Elle doit également être évaluée à l’aune de ses retombées sur les revenus, la qualité des emplois et les perspectives offertes aux populations, notamment aux jeunes.

Amara a plaidé, dans cette perspective, pour une meilleure coordination entre politiques industrielles, énergétiques, éducatives et territoriales.

L’intelligence artificielle, nouveau terrain de l’équité internationale

Au-delà des enjeux climatiques et énergétiques, le responsable marocain a élargi son intervention à la transformation numérique.

Les données, les infrastructures numériques et l’intelligence artificielle occupent désormais une place croissante dans la création de valeur et les dynamiques d’innovation.

Pour l’Afrique, le risque serait de subir ces mutations sans participer suffisamment à la définition de leurs orientations ni à la répartition de leurs bénéfices économiques.

Abdelkader Amara a donc appelé à garantir une participation pleine et effective des pays africains aux discussions et aux décisions qui façonnent l’avenir numérique mondial.

Cette ambition suppose notamment un renforcement des compétences, de la recherche et des capacités technologiques du continent.

Renforcer les partenariats entre l’Afrique et les autres régions

Face à l’interdépendance croissante des économies, le président du CESE a plaidé pour une coopération renforcée entre l’Afrique, l’Europe, l’Asie et l’Amérique latine.

Les domaines prioritaires identifiés concernent le financement, le transfert de technologies, la formation des compétences et la recherche scientifique.

L’objectif est de favoriser une répartition plus équilibrée de la valeur ajoutée générée par les grandes transformations économiques mondiales.

Amara a également souligné le rôle que peuvent jouer les conseils économiques et sociaux dans l’élaboration des politiques publiques et les processus de décision multilatéraux.

Ces institutions, qui associent différentes composantes de la société, peuvent contribuer à rapprocher les grandes orientations internationales des préoccupations concrètes des citoyens et des territoires.

Une présence marocaine active dans les instances internationales

En marge du colloque, Abdelkader Amara s’est entretenu avec ses homologues portugais et bulgare. Les échanges ont notamment porté sur les missions des conseils économiques et sociaux, leurs méthodes de travail et les mécanismes permettant de renforcer la participation des jeunes.

Le responsable marocain avait également pris part, jeudi, aux réunions du conseil d’administration et de l’assemblée générale de l’AICESIS.

À cette occasion, l’assemblée générale a salué la contribution du CESE marocain à l’élaboration d’un projet d’avis destiné au Forum politique de haut niveau des Nations unies de 2026.

Ce document formule des propositions visant à accélérer la mise en œuvre de l’Agenda 2030, notamment en matière de financement, de transfert de technologies, de renforcement des capacités et de gouvernance des transitions.

L’assemblée a également mis en avant la participation du CESE marocain et de l’UCESA au Sommet mondial sur la croissance inclusive, le travail décent et l’investissement, organisé en septembre 2026 à Victoria Falls, au Zimbabwe.

Au-delà de sa dimension institutionnelle, l’intervention de Madrid rappelle un enjeu fondamental : la transition mondiale ne sera équitable que si l’Afrique peut en devenir un acteur productif, technologique et social à part entière, et non simplement un espace d’extraction des ressources ou de déploiement de solutions conçues ailleurs.

 

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